Dans le cadre d’une série spéciale, Droit-inc ira à la rencontre des différents doyens des Facultés de droit québécoises.

Hugo Cyr, doyen actuel de la faculté de droit de l’UqaM
Hugo Cyr, doyen actuel de la faculté de droit de l’UqaM
Lorsqu’il parle d’enseignement, ses yeux s’illuminent. Hugo Cyr, doyen actuel de la faculté de droit de l’UqaM, est professeur de carrière. « J’ai su dès ma première année de droit que je voulais prendre cette orientation », avoue-t-il. Aucun questionnement. Au contact de François Chevrette et de Rod MacDonald, professeurs de droit constitutionnel, il comprend que la matière est moins importante que la façon dont on l’enseigne.

Et des techniques, il en a à la pelle. « Avant, comme professeur, on avait le monopole de l’attention, disputé parfois avec la fenêtre, sourit-il. Maintenant, on a la concurrence des courriels et de Facebook. » Alors, pour maintenir la concentration de ses élèves, il ruse, revêt des habits tantôt sérieux, tantôt casual, utilise des mises en scène et joue le jeu de l’approche pratique. À ceux qui suivent son cours optionnel sur la théorie des fondements du droit, il propose d’étudier des oeuvres d’arts populaires. « On va commencer par le Parrain, et on comparera les liens juridiques en regardant ensuite Cendrillon », promet-il. Et ça marche!

Doyen par popularité

Cette popularité comme professeur lui a réussi. Car à l’UQAM, point de nomination, le doyen est élu grâce à une consultation large des enseignants, du personnel de soutien et des étudiants. Indispensable donc d’être un bon professeur, collègue et responsable si l’on veut prétendre au poste! À 42 ans, il est un jeune doyen, même s’il avoue en riant que «ses cheveux le trahissent».

Le maître mot de son mandat de cinq ans, c’est le rapprochement. D’abord avec les autres départements de la faculté, comme celui des sciences politiques, avec lequel il aimerait mettre en place des programmes conjoints. Avec l’international, ensuite. « On voudrait pouvoir développer un réseau avec l’Afrique subsaharienne, faire des cours conjoints et se jumeler avec d’autres universités, énumère-t-il. Et l’on étudie également la possibilité de mettre en place des double diplômes, entre le Québec et la France, par exemple. »

«Un secret bien gardé»

Selon Hugo Cyr, les possibilités de la faculté de droit de l’UQAM sont l’un des secrets «les mieux gardés.»
Selon Hugo Cyr, les possibilités de la faculté de droit de l’UQAM sont l’un des secrets «les mieux gardés.»
Un autre segment de rapprochement est celui du public. Selon Hugo Cyr, les possibilités de la faculté de droit de l’UQAM sont l’un des secrets «les mieux gardés.» Nous avons un processus d’admission très sélectif avec une côte R de 29,8. Nous avons également huit étudiants qui ont été stagiaires à la Cour Suprême du Canada ces dix dernières années alors que nous n’accueillons qu’un quart des étudiants en droit qu'accueille l'UdeM», cite-t-il. Avant de remarquer que «tout ceci, le public l’ignore».

Lorsqu’il parle de sa fac, Hugo Cyr a mille idées et la conviction qu’à l’échelle des possibles, elle est aussi grande que les autres, même si elle est la plus jeune. Il est l’un des rares doyens de faculté à ne pas être devenu doyen de son alma mater. Reste que le choix est délibéré, et peut-être même plus éclairé. «J’ai souhaité être professeur à l’UQAM parce que j’étais convaincu par l’approche plus pragmatique qu’offrait l’enseignement.» Et des universités, il en connaît beaucoup, lui qui est diplômé d’un baccaulauréat en droit de McGill, d’une maîtrise de l’Université américaine Yale et qui a réalisé un doctorat à l’UdeM.

Au coeur de l’ADN de l’UQAM

Mais conscient que chacun apprend à son rythme, il apprécie particulièrement l’attention portée aux élèves et l’accent mis sur leur apprentissage et leur individualité. «À l’UQAM, c’est dans notre ADN», assure-t-il. Il dit être devenu doyen parce qu’il aimait enseigner. «C’est une autre forme de pédagogie, il s’agit d’enrichir l’expérience du plus grand nombre...» Une pédagogie qui nécessite de jongler avec des finances difficiles, comme dans toutes les facultés du Québec. Le budget dépend du nombre d’étudiants que réussit à attirer la faculté. « Cela créé parfois des tensions entre les universités », regrette Hugo Cyr.

Ses idées à foison trouvent parfois porte close lorsqu’il est question de les financer. Mais le professeur ne se laisse pas décontenancer. « Ce que l’on a pas dans le porte-monnaie, on le compense avec le coeur », sourit-il. L’envie de donner le meilleur aux élèves sera toujours la plus forte.