1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession?

Me Hélène V. Gagnon est vice-présidente, Affaires publiques et communications mondiales à CAE
Me Hélène V. Gagnon est vice-présidente, Affaires publiques et communications mondiales à CAE
Ayant toujours eu de l’intérêt envers les politiques publiques, le droit me semblait être la meilleure formation pour me diriger vers ce domaine. J’avais par ailleurs grandi dans le milieu juridique, avec deux parents détenant des études en droit.

Après un baccalauréat en droit à McGill et une maîtrise en politiques publiques au LSE, j’ai débuté ma carrière chez Fasken en droit de l’environnement. Le champ de pratique était encore nouveau et était à la frontière du droit et des politiques publiques à plusieurs égards. En effet, certains de nos clients influençaient la politique et la réglementation en place, alors que mon mandat impliquait non seulement le litige, mais aussi une pratique de représentation des intérêts des clients et de lobbying.

2. Quel est le plus grand défi professionnel que vous avez rencontré au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi a été, après environ cinq ans de pratique, de laisser le droit et de bifurquer vers les affaires publiques et les communications. Je conserve à ce jour mon titre d’avocate, mais je ne donne plus de conseils juridiques au quotidien.

Après avoir travaillé chez Noranda, je me suis joint à Bombardier Transport puis à Bombardier Aéronautique, pour aujourd’hui travailler chez CAE dans des fonctions de communications, affaires publiques et responsabilité sociale de l’entreprise.

Sur le plan des défis, je me rappelle plus particulièrement du défi qu’a représenté, juste avant la Conférence de Copenhague, le fait de rallier tous les concurrents de Bombardier Aéronautique fabriquant des avions d’affaires dans le but que tous prennent l’engagement de réduire les gaz à effet de serre. Vers 2009, un mouvement ciblait, en Europe, l’aviation comme étant un grand contributeur des gaz à effet de serre au niveau mondial. Or, les compagnies fabriquant des avions d’affaires avaient de façon générale moins de sensibilité vis-à-vis de cette situation. En effet, il s’agissait d’un marché avant tout américain (alors que la pression venait surtout de l’Europe). La clientèle achetant les avions d’affaires était par ailleurs instinctivement moins préoccupée par la nécessité de réduire les gaz à effet de serre que ne l’étaient les lignes aériennes. Il n’empêche que nous pouvions tous gagner à ce que toute l’aviation ait, quant aux avions commerciaux, une position unifiée et le même engagement en matière de gaz à effet de serre. Mon défi, à l’époque, fut de démontrer comment nous pouvions tous ensemble améliorer les technologies et réussir à rallier, au niveau international, les concurrents à l’aube de la Conférence de Copenhague.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je réduirais les longs délais qui découragent non seulement les citoyens mais aussi les entreprises à avoir recours aux tribunaux, et qui minent aussi la confiance envers le système de justice. Si je suis en faveur de l’accélération des processus, je ne prétends évidemment pas pour autant avoir les solutions pour le faire…!

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Sur la question des délais, je crois que, malheureusement, la perception est la même. Travaillant en communications, j’ai cependant une vision un peu différente des choses et constate que les avocats sont plus présents qu’avant dans les médias. S’ils ne peuvent pas nécessairement donner beaucoup de détails sur les dossiers en cours, ils sont davantage présents devant les caméras et disent ce qu’ils sont autorisés à expliquer, contribuant ainsi à démystifier la profession de façon positive.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière en droit et…voulant en sortir en connaissant du succès, comme vous?

Il est important, dès le début de sa carrière, de faire beaucoup de réseautage plutôt que d’attendre d’être « établi ». Il est vrai que les heures sont souvent longues en début de carrière et qu’on peut se demander si on a vraiment besoin d’y ajouter les petits déjeuners, les cocktails et tout le reste…mais oui, ça fait une réelle différence! C’est, en effet, de cette façon qu’on bénéficie à terme de plusieurs opportunités auxquelles on n’aurait pas autrement eu accès. Le fait de faire du réseautage et de donner du temps en étant membre de conseils d’administration et d’OSBL, en faisant partie de la Jeune Chambre de commerce, etc., vaut définitivement la peine. Ma carrière a certainement été tributaire de toutes les relations que j’ai bâties au fil des ans, autant pendant mes études qu’au début de ma carrière.

N’attendez donc pas, et impliquez-vous dans des réseaux qui sont à votre portée et à votre niveau : ces réseaux grandiront ensuite avec vous.

Il faut aussi avoir « la bonne attitude » et ne pas miser que sur les compétences…parce qu’à compétences égales, c’est l’attitude qui fait la différence.

· Le dernier bon livre qu’elle a lu : Respire, bébé, respire ! (auteur : Dr Annie Janvier), qui lui a fait revivre des moments qu’elle a elle-même vécus avec un enfant prématuré.

· Elle adore la télésérie : The Good Wife (réalisateurs : Michelle et Robert King).

· Elle aime beaucoup… la musique lounge.

· Ses dictons préférés – «Be the change you want to see» et « L’attitude est une petite chose, mais qui fait une très grande différence » (Winston Churchill)

· Son péché mignon – tout ce qui est salé, des frites jusqu’au pop-corn!

· Son restaurant préféré – Les Enfants Terribles et la Brasserie Bernard (tous deux sur l’avenue Bernard) .

· Elle aimerait visiter…la Croatie.

· Le personnage historique qu’elle admire le plus est…Gandhi, pour ses transformations et révolutions par la non-violence.

· Si elle n’avait pas laissé le droit pour les communications, elle travaillerait aujourd’hui…en tourisme!

Me Hélène V. Gagnon est vice-présidente, Affaires publiques et communications mondiales à CAE depuis février 2015. Elle gère la réputation de CAE et renforce les relations et les communications avec les principaux intervenants internes et externes partout dans le monde, y compris les 8 000 employés de CAE, les médias, les collectivités et les gouvernements.

Avant sa nomination à CAE, Me Gagnon a travaillé 11 ans chez Bombardier, dont 8 ans en tant que vice-présidente, Affaires publiques, Communications, Responsabilité sociale d’entreprise et Système atteindre l’excellence chez Bombardier Aréronautique, le troisième plus important fabricant d’avions civils au monde. De 2003 à 2007, elle était directrice principale, Affaires publiques, chez Bombardier Transport.

Elle a amorcé sa carrière en 1995 au cabinet d’avocats Fasken en tant que spécialiste en droit de l’environnement. En 2000, elle s’est jointe à la multinationale du secteur des mines et métaux Noranda Inc./Falconbridge Limited (aujourd’hui XStrata) à titre de directrice des Affaires publiques et de l’entreprise pour le Québec.

Me Gagnon a toujours joué un rôle très actif dans la collectivité. Elle s’est impliquée au sein de plus de 50 organisations au cours des 22 dernières années, y compris des conseils consultatifs gouvernementaux, des groupes de pression, des organismes culturels et caritatifs et des associations professionnelles, et a siégé à 24 conseils d’administration.

Elle a joué le rôle d’intervenante ou de panéliste dans des conférences partout dans le monde sur des sujets comme l’environnement, la responsabilité sociale d’entreprise, les enjeux de politique publique, la gestion de crise, la gestion des enjeux et les médias sociaux. Elle a remporté plus de 50 bourses d’études, récompenses, distinctions et prix d’excellence, dont le prestigieux prix Top 100 des Canadiennes les plus influentes décerné par le Réseau des femmes exécutives en 2007.

Diplômée en droit civil (B.C.L) et en droit commun (LL.B.) de l’Université McGill, Me Gagnon est également titulaire d’une maîtrise en administration et politiques publiques (M.Sc) de la London School of Economics. Elle est membre du Barreau du Québec depuis 1995 et détient aussi le titre d’agréée en relations publiques (APR) de la Société canadienne des relations publiques.