Me Véronique Marquis est associée de l’équipe des marchés des capitaux à l’étude Eversheds
Me Véronique Marquis est associée de l’équipe des marchés des capitaux à l’étude Eversheds
Au bout du fil, on devine la foule derrière Me Véronique Marquis, qui nous parle depuis le Stade de Wimbledon, où elle a amené des clients. Le prestigieux tournoi offre un répit du brouhaha causé par le récent vote sur le Brexit.

En pleine turbulence politique depuis la semaine dernière, « les rumeurs évoluent de minute en minute », à Londres, explique Me Marquis, associée de l’équipe des marchés des capitaux à l’étude Eversheds.

Vus de l’extérieur, les bouleversements issus du Brexit contiennent autant de rebondissements qu’une série télévisée. Par contre, « les milieux juridiques se préparaient depuis quelques mois à une potentielle sortie de l’Europe, mais la situation actuelle est tellement changeante » qu’on ne sait pas encore dans quelle direction le vent va souffler.

« On ne sait pas qui fera quoi ni quand, et on s’abstient donc de commenter avant au moins septembre », quand le parti Conservateur aura alors un nouveau chef et l’Angleterre, du coup, un nouveau premier ministre.

« Business as usual »

Dans l’immédiat, des dizaines d’avocats se sont rués aux portes du barreau irlandais pour y obtenir la licence permettant de pratiquer en Europe, dont une cinquantaine la semaine dernière, selon l’agence Bloomberg.

Il reste que la fébrilité actuelle, dans les milieux juridiques, n’a rien d’anormale, observe la spécialiste du litige en valeurs mobilières.

« Peu de temps après mon arrivée à Londres, le monde entrait dans la crise du subprime, puis le gel du crédit, et ensuite les scandales financiers. »

Pratiquer dans l’une des capitales financières du monde dans ces conditions exigeait tout autant, sinon plus, d’adrénaline. Le récent scandale des assurances crédit, en Angleterre, s’est soldé par des jugements forçant les banques à indemniser quelque 10 millions de clients pour une valeur de 26 milliards de livres (44 milliards $CAD).

Le Brexit, en comparaison, « c’est business as usual pour la plupart d’entre nous ».

De Montréal à Londres

Le cabinet Eversheds, né de la fusion de quatre petites pratiques anglaises dans les années 1980, compte aujourd’hui plus d’un millier d’avocats dans cinquante bureaux s’étendant de l’Atlantique au Pacifique en passant par l’océan Indien.

Véronique Marquis s’y est jointe en 2012, comme associée. « Gravir les échelons pour devenir associé est très long en Angleterre, où il faut compter au moins une douzaine d’années pour y arriver. »

Au début du millénaire, fraîchement diplômée de McGill, elle fait son entrée chez Ogilvy Renault (aujourd’hui Norton Rose) après un stage à Londres. C’est alors qu’elle tombe dans la marmite du secteur financier, et voyage souvent entre Montréal, New York et Londres pour plaider des dossiers.

Pour quiconque pratique sur les marchés des capitaux, la City, c’est un peu La Mecque. Elle décide donc de s’y installer en 2006, alors que les marchés sont en pleine effervescence.

Des différences avec le Canada

L’adaptation n’est pas des plus faciles. « En matière de litige financier, plusieurs différences existent avec le Canada : il n’y a pas vraiment de recours collectifs ici, notamment, puisque les contraintes sont énormes pour la poursuite, qui doit payer tous les frais si elle perd sa cause. »

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs grandes causes européennes sont plaidées devant les tribunaux Londoniens.

« Les juges y sont très sophistiqués », et tendent à insister sur l’importance des droits des institutions financières, contrairement à ce qu’elle a pu constater en Amérique du Nord.

Autre grande différence : l’existence des barristers, essentiellement des plaideurs. Les sollicitors, eux, gèrent les dossiers et documentent les points de loi. Tous les deux sont des avocats, mais la pratique légale anglaise a ainsi scindé la profession en deux rôles distincts, qui tendent cependant à s’entremêler de plus en plus.

« Mais travailler avec un barrister m’a rendue plus efficace. Et surtout, ça m’a permis d’éviter bien des soucis », causés par les différences culturelles.

Grand tabou de la pratique anglaise

Par exemple, la rencontre avec des témoins et leur préparation pour un procès est un des grands tabous de la pratique anglaise. Lors d’un de ses premiers dossiers, elle a voulu discuter d’une rencontre avec les témoins.

« Le barrister m’a regardé bizarrement, en m’expliquant qu’il y avait là une ligne à ne pas franchir. Il pouvait bien leur serrer la main, si j’insistais, mais pas question de leur parler. »

L’aventure de Me Marquis se poursuivra ailleurs, cependant, car elle se rend à Hong Kong le mois prochain pour y diriger l’équipe des marchés des capitaux de Eversheds, pour l’Asie.

« Mais Londres restera ma ville », confie-t-elle.

Et à ceux qui aimerait qu’il en soit ainsi, son conseil est tout simple : « Si vous voulez venir vous établir à Londres, assurez-vous de régler cela rapidement, car les conditions d’immigration pourraient bientôt changer…»