1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession? Était-ce le hasard ou encore de famille?

Me André Morrissette président du C.A de BCF et coresponsable de l’équipe stratégique Fusions et acquisitions
Me André Morrissette président du C.A de BCF et coresponsable de l’équipe stratégique Fusions et acquisitions
Je n’avais aucun modèle d’avocat autour de moi…en fait, je n’avais même aucun modèle de gens ayant vraiment étudié. Je ne savais honnêtement pas trop ce que c’était que d’être avocat!

Ce que je savais, cependant, c’était que je voulais apprendre et tout connaître.

À l’époque, le métier qui me paraissait permettre d’ainsi tout apprendre et tout connaître était celui de journaliste. Pour pouvoir progresser dans cette direction, je devais à mon avis me doter d’une bonne culture générale. J’ai donc postulé en droit, en économie et en sciences politiques et, bien qu’ayant longuement hésité entre le droit et l’économie, ai choisi le droit, sans trop que je ne me souvienne aujourd’hui pourquoi.

J’ai fait mon baccalauréat sans avoir de « coup de foudre »: je ne peux, en effet, prétendre que j’étais un passionné du droit. Pour être franc, je trouvais même cela ennuyeux parfois! En sortant du baccalauréat, je n’avais plus envie d’être journaliste, mais je n’avais pas non plus le désir d’être avocat. La fiscalité, cependant, était facile et même ludique pour moi, et le jeu intellectuel de la discipline me stimulait. À l’université, le temps passait vite dans mes cours de fiscalité!!

J’ai donc décidé, en sortant du baccalauréat (et même si j’ai alors quand même complété le Barreau), de devenir non pas avocat mais plutôt fiscaliste. J’ai commencé ma carrière au Ministère du Revenu et ai ensuite travaillé en cabinet comptable. Je suis, en quelque sorte, entré en droit par « la porte d’en arrière », un peu timidement, cinq ans plus tard. Très vite, je suis ensuite passé de la fiscalité au droit des affaires, que je pratique aujourd’hui.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Il y a eu bien des défis mais, si je dois en choisir un, il s’agit de celui qu’ont représenté les cinq à sept premières années de l’ouverture de BCF. Nous n’avions presque rien : nous étions jeunes, sans argent, sans client et sans réseau, avec des ressources et une technologie très limitées. Lancer un nouveau cabinet d’avocats alors que nous étions déjà entourés d’excellents bureaux d’avocats était un vrai défi…mais nous avions décidé qu’il était temps d’en ouvrir un autre!, dit-il dans un rire.

Démarrer un cabinet, c’est un peu comme de faire décoller une fusée : on brûle une quantité énorme de carburant avant que la fusée ne quitte le sol. Au début, nous « montions » très lentement, mais en brûlant une incroyable quantité d’efforts : mes collègues et moi étions un peu comme des hommes-orchestres, travaillant comme des fous! Ce fut une période très exigeante, pendant laquelle j’ai tout donné ce que j’avais.

Ce fut, en fait, non seulement mon plus grand défi, mais aussi ma plus grande source de bonheur professionnel. BCF ne représentait pas pour moi la possibilité d’avoir une carrière en cabinet d’avocats. Au contraire, c’était un projet, qui est toujours et encore en construction aujourd’hui. L’idée de « m’installer quelque part » pour pratiquer le droit jusqu’à ma retraite m’ennuyait parfaitement et totalement. Avec BCF, il s’agissait de travailler avec d’autres pour faire en sorte que la fusée décolle du sol, jusqu’à ce qu’elle compte les 200 professionnels qui la compose aujourd’hui.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Je ne crois pas que nous ayons besoin de baguette magique! A mon avis, la profession vit présentement la plus belle période de son histoire : je ne pourrais souhaiter pratiquer le droit dans un contexte autre que celui dans lequel nous vivons actuellement.

Il y a à peine cinquante ans de cela, les avocats ne pouvaient déployer autant leur sens de l’innovation et de l’audace. Il fallait être plus conformiste et il n’y avait pas cette même possibilité d’exprimer sa créativité. Je crois que les avocats, tant en cabinet qu’en entreprise, se retrouvent aujourd’hui dans une zone très stimulante, faisant davantage preuve de leur sens de l’entrepreneuriat et étant beaucoup plus ouverts au changement.

À mon avis, les changements qui s’imposent peuvent être faits sans baguette magique. Nous passons, en effet, d’une culture de services où les avocats étaient centrés sur eux-mêmes vers une culture davantage orientée sur le client. Ce changement de paradigme conditionne toutes les facettes de notre profession en pratique privée, et mon souhait serait de voir s’accélérer cette transition que je trouve normale, souhaitable et excitante.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

L’industrie du droit passe d’un mode où les avocats étaient centrés sur eux-mêmes vers un milieu où ils sont centrés vers le client : je vois donc mal comment cela pourrait avoir un impact négatif sur la perception qu’a le public de la profession. Cela dit, je remarque qu’il y a généralement un certain décalage entre la réalité et la perception de la réalité dans notre milieu : les gens ont souvent, en effet, l’impression que nous sommes ce que nous étions il y a cinq ans. L’actuelle culture de services est plus adéquate et respectueuse des clients, ce qui est très sain et ce que les clients, s’ils ne l’ont pas déjà compris, ne vont pas tarder à comprendre avec le temps.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant connaître le succès dans la profession?

Je donnerai ici les mêmes conseils que ceux que je donne à mes enfants. J’ai souvent vu des jeunes qui, malheureux de leurs choix de carrière, ne performaient pas en dépit de leur grand talent puisqu’ils se retrouvaient dans une situation ne permettant pas de mettre leurs forces à contribution.

L’important est de choisir un métier ou une profession qui permette, justement, de mettre ses forces en valeur, qu’il s’agisse de devenir avocat, journaliste, entrepreneur ou autre.

Heureusement, la pratique du droit est tellement variée qu’on peut presque toujours trouver une facette qui nous permette de le faire. Identifier ses forces et le domaine de droit qui nous convient le mieux peut prendre quelques années, évidemment, mais il vaut certainement la peine de se donner le temps de trouver ce qu’on aura du plaisir à faire jour après jour sans se lasser, en ayant toujours envie de s’améliorer.

Je crois aussi qu’il est nécessaire de ne jamais rester dans sa zone de confort : le fait de se mettre dans une situation où l’on est forcé de puiser dans nos ressources internes nous permet non seulement d’avancer, mais c’est aussi souvent dans ce contexte que nous identifions, justement, nos forces.


· Son livre préféré : il aime relire, tous les 4-5 ans, « The first and Last Freedom » (auteur : Jiddu Krishnamurti)

· Le dernier bon film qu’il a vu – The Martian (Réalisateur : Ridley Scott).

· Sa chanson fétiche – Everybody Hurts (R.E.M)

· Une expression qu’il répète souvent à ses enfants, collaborateurs et collègues, et à tout le monde qu’il aime, en fait: « On ne peut pas faire plus que son mieux ».

· Ses péchés mignons – Schwartz’s (boulevard St-Laurent) et… les sports de combat!

· Son restaurant préféré – Laloux (Ave des Pins E), où il aime aller avec son amoureuse!

· Il visite…Le Japon à l’heure où vous lisez ces lignes!

· Le personnage historique qu’il admire le plus est…Muhammad Ali pour sa fougue, sa vitalité, son audace et son charisme, mais surtout parce qu’il était très humain.

· S’il n’était pas avocat, il serait…probablement entrepreneur ou journaliste!

Me André Morrissette pratique le droit commercial et le droit fiscal depuis 1985. Il conseille des familles en affaires, des entreprises technologiques émergentes ainsi que des grandes entreprises lors de transactions d’importance. Il est reconnu pour ses talents de négociateur et pour sa capacité à résoudre les problèmes complexes de façon créative.

Me Morrissette est président du conseil d’administration de BCF et coresponsable de l’équipe stratégique Fusions et acquisitions. Il est membre du Barreau du Québec depuis 1985, et détenteur d’un baccalauréat en droit de l’Université de Montréal.