Dans le cadre d’une série spéciale, Droit-inc ira à la rencontre des différents doyens des Facultés de droit québécoises.

Sébastien Lebel-Grenier, doyen de la faculté de droit de Sherbrooke
Sébastien Lebel-Grenier, doyen de la faculté de droit de Sherbrooke
« Ce n’est pas au doyen de mettre en place toutes les initiatives, annonce d’emblée Sébastien Lebel-Grenier, surperviseur passionné et dévoué de la Faculté de droit de Sherbrooke. L’ensemble du personnel s’y consacre, je joue plutôt le rôle de chef d’orchestre...» Ce fonctionnement particulier, ce travail d’équipe, c’était son souhait depuis le départ, lui qui avait affiché très vite sa volonté d’une « gestion participative » de la faculté.

Et le pari semble réussi. « Nous avons inclus les étudiants et les autres employés dans le processus, explique Sébastien Lebel-Grenier. Nous avons des rencontres en continu avec les étudiants et sur une base régulière avec les employés. Le but est essentiellement d’échanger avec eux autour des stratégies d’orientation de la faculté.»

Les étudiants participent aussi à un processus d’évaluation du baccalauréat de droit de Sherbrooke. « Le corps professoral a également joué un rôle très important, rappelle le doyen. De façon globale, nous avons réussi à avoir une gestion très participative! »

Une stratégie à long terme

Mais comment Sébastien Lebel-Grenier qui, de son propre aveu, s’imaginait plutôt suivre des études d’architecte, en est-il venu à assumer ce poste avec brio? « Je suis arrivé aux études de droit par hasard, reconnaît-il. Mais j’ai rencontré des professeurs qui m’ont beaucoup influencé.» Parmi eux, cet enseignant émérite qui a marqué le parcours de nombreux juristes : Rod Macdonald, son directeur lors de sa thèse sur le « pluralisme juridique radical ».

Sébastien Lebel-Grenier a rejoint la faculté de droit de Sherbrooke en 2001 comme professeur. « J’ai exercé en pratique privée dans un grand cabinet à Montréal. C’était un cabinet exceptionnel mais je cherchais plus de liberté dans les choix des mandats réalisés », reconnaît l’actuel doyen. Un an plus tard, on lui confie la mise en place du programme de common law. « Ce n’était pas prévu mais j’ai eu beaucoup de plaisir à le faire!, confie-t-il. J’ai travaillé sur une perspective de stratégie à long terme, en essayant de répondre aux nouveaux besoins juridiques du marché. C’était vraiment intéressant.»

Son histoire au sein de la fac de Sherbrooke est alors en marche. « Allumé », dit-il, par sa première mission, Sébastien Lebel-Grenier se passionne pour la responsabilité de l’avenir des jeunes qu’il voit poindre dans sa carrière professorale. Il devient alors vice-doyen. « On a choisi de pousser le développement des cycles supérieurs, explique-t-il. C’était la continuité d’une réflexion amorcée par mes prédécesseurs. » Reconnue pour son excellence, la formation de base semble désormais insuffisante pour répondre aux besoins du marché. La faculté de droit de l’Université de Sherbrooke mise alors sur les cycles de spécialisation. « Il fallait prendre une place plus importante sur certains créneaux d’avenir », estime le doyen.

Pluralité des perspectives de carrière

La faculté a choisi de briser les frontières disciplinaires en proposant des spécialisations « à cheval ». Ainsi, Sherbrooke offre par exemple un parcours droit et sciences de la vie, pour former des juristes qui veulent pouvoir interagir avec le monde scientifique. « C’est sûr que ce n’est pas simple d’enseigner ainsi à plusieurs, sourit-il, mais en termes d’enrichissement, pour les professeurs comme pour les étudiants, c’est extraordinaire.» Ce type de programme répond, selon lui, aux besoins de réorienter les perspectives des étudiants. « Le rôle de l’université c’est de montrer la pluralité des perspectives de carrière.»

Le choix de Sherbrooke comme lieu de travail est pour Sébastien Lebel-Grenier un hasard. C’est son épouse qui, la première, lui a fait découvrir l’endroit. « C’est une ville extrêmement dynamique, avec une très grande capacité d’innovation, explique-t-il. C’est quelque chose que l’on ressent dans toute la ville, et notamment à la faculté. On est une grande université de région donc nous n’avions pas de recrutement naturel. On a dû se questionner et se positionner pour savoir ce qui était important pour nos étudiants et innover en ce sens. »

S’il s’est installé durablement dans les Cantons-de-l’Est - au terme de son deuxième mandat, il y sera depuis 18 ans - le doyen de la faculté se dit « de partout. Je suis de la Côte-Nord, de Manicouagan, souligne-t-il. Et puis j’ai fait mes études de droit à Ottawa… » Il a aussi réalisé son doctorat à l’Université McGill, à Montréal et a été professeur invité à Montpellier, Lyon et Toulouse, trois grandes villes françaises.

Refonte de la bibliothèque

Pluriel et toujours, si ce n’est plus, convaincu de la responsabilité des professeurs envers les étudiants, mais aussi des juristes envers la société, Sébastien Lebel-Grenier intervient régulièrement dans les médias québécois et canadiens. « Pour moi, les juristes ont une place privilégiée mais aussi une responsabilité qui en découle », martèle-t-il.

De son deuxième mandat, l’actuel doyen pourra tirer, déjà, satisfaction d’une belle refonte, visible et palpable : la bibliothèque. Datant de 1971, elle reflétait une autre vision et une autre époque.

Créée grâce au soutien des anciens diplômés et des partenaires du milieu juridique que possède la faculté, la nouvelle bibliothèque est « une grande source de fierté » pour Sébastien Lebel-Grenier. « Ça va devenir un carrefour et permettre de voir les choses sous une toute autre perspective. C’est très enthousiasmant dans ce contexte de morosité des financements des facs. » Elle sera désormais un lieu central de rencontres, d’apprentissage et de partage, ainsi que l’ont voulu tous les membres de la faculté. Une volonté orchestrée avec passion par le doyen, donc.