Question:

Bonjour M. Arcand,

J'aimerais vous questionner sur mes possibilités de devenir avocate criminaliste. J'ai 27 ans, et je me considère vieille pour m'embarquer dans des études supérieures en droit. N'ayant pas mon secondaire V, j'ai effectué un DEP en secrétariat en 2014 et j'ai fait un stage dans un cabinet d'avocats criminaliste.

Lors de ce stage, on m'a confiée des tâches de technicienne juridique et j'ai adoré le domaine, en graduant je me suis directement inscrite dans un AEC en technique juridique que je viens tout juste de terminer. Tout en suivant mon AEC, j'ai aussi complété le ASP secrétariat juridique à distance.

De plus, je me suis inscrite à l'Université de Montréal durant ma dernière session du AEC et j'ai été acceptée dans un programme ACCÈS-FEP (pour les personnes qui comme moi n'ont pas été au cégep).

J'ai réussi à suivre les trois écoles en même temps. Accès FEP permet d'intégrer le certificat de notre choix par la suite. Pendant mes études, j'ai travaillé comme technicienne juridique dans un cabinet d'avocat pénal et statutaire. Maintenant, avec un DEP, un ASP et un AEC en juridique, j'ai envie de tenter ma chance au certificat de droit pour ensuite tenter d'être transférée en deuxième année au BAC en droit.

Pensez-vous qu’avec mon parcours, il est impossible ou trop risqué de viser une pratique comme criminaliste ?

Réponse:

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Je tiens d’abord à vous féliciter car votre parcours à ce jour est atypique mais quand même impressionnant. Juste le fait de « raccrocher » après avoir quitté avant l’obtention de votre diplôme d’études secondaires est en quelque sorte une démonstration de motivation et de persévérance. D’avoir continué votre formation avec une technique juridique ajoute à votre mérite. Maintenant vous visez le certificat en droit et éventuellement le Barreau… je suis impressionné et je ne peux que vous encourager dans cette direction.

Non, votre parcours ne rend pas votre projet impossible ou trop risqué. Sans adhérer à 100% au principe que rien n’est impossible si l'on s’en donne la peine, j’ai tendance à croire que peu de choses le sont et celle de vous voir assermentée un jour comme avocate n’en fait pas partie.

Je ne connais pas le programme ACCES FEP mais j’assume qu’il vous permettra effectivement d’entrer au certificat en droit de la Faculté d’Éducation Permanente (FEP) de l’Université de Montréal. Une fois inscrite audit certificat, vous aurez définitivement l’opportunité de passer à la FAC.

Ayant passé moi-même par la FEP, je peux dire que la transition vers le baccalauréat se fait habituellement assez facilement dans la mesure où vous obtenez des résultats satisfaisants. En effet, plusieurs étudiants de la FAC quittent pendant leur 1ere année d’études laissant ainsi vacantes des places pour l’année suivante. Ce sont ces places qui seront offertes aux meilleurs étudiants inscrits au certificat.

Il faudra par contre vous planter solidement les pieds car l’obtention de bons résultats au certificat n’est pas garantie. Pour ma part, j’ai trouvé plus difficile d’obtenir des A au certificat qu’à la Fac mais cela ne constitue pas un échantillonnage suffisant pour en tirer une conclusion.

Assumant que vous entrez à la Fac, vous en sortez et faites votre Barreau. Est-ce possible de pratiquer un jour comme criminaliste malgré votre parcours et votre âge ? Oui sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs il s’agit probablement d’un domaine de pratique ou justement votre parcours et votre âge seront des atouts et non des handicaps.

Les criminalistes pratiquent souvent dans de petites structures, soit des cabinets de 3-4 avocats, en association nominale (partage de dépenses), soit en pratique solo. Ils prennent des stagiaires qui sont plus ou moins rémunérés, leur donnent l’opportunité de compléter leur formation et de plaider leurs premiers dossiers.

À la fin de leur stage, les jeunes diplômés se voient rarement offrir un emploi au sens courant du terme. Leur maître de stage ou d’autres avocats vont plutôt leur offrir de devenir travailleur autonome de façon à leur donner un coup de main dans leurs dossiers et être rémunéré en fonction du travail effectué et facturé. Parallèlement à cela, la jeune juriste est fortement incitée à développer sa propre clientèle.

Le fait d’en avoir probablement arraché un peu financièrement combiné à une plus grande maturité en étant assermentée à l’âge canonique de 32 ans, vous aideront assurément à vous débrouiller dans la réalité d’un travailleur autonome. De plus, vous n’aurez pas l’air d’avoir 18 ans lorsque vous rencontrerez vos premiers clients, ce qui aide évidemment au niveau crédibilité.

Sans que ce soit une certitude, je me permets aussi de croire que votre parcours vous aidera à être crédible auprès de vos futurs clients. Il est même probable que vous paraîtrez plus empathique à leur réalité que ne le serait un autre juriste issu de Brébeuf ou Grasset (J’utilise ici le verbe « paraître » parce que je ne crois pas que le parcours influence le degré d’empathie mais définitivement la perception que les gens en ont).

Je termine en vous encourageant à ne pas abandonner, à vous fixer des objectifs ambitieux mais réalisables et à aller au-delà de ce que les gens pensent être à votre portée. Quand vous aurez atteint votre but, souvenez-vous toujours de vos origines et peut-être en redonner aux jeunes décrocheurs qui verront en vous une source d’inspiration et un modèle à suivre.

Je vous souhaite la meilleure des chances dans la poursuite de votre formation.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.