Question:

Je suis un barreau 2008, et je pratique dans un cabinet de bonne dimension. J’attends mon deuxième enfant et je souhaiterais travailler 4 jours semaine à mon retour de congé de maternité. Le bureau où je suis présentement ne semble pas très ouvert à ce sujet. Y a-t-il d’autres bureaux plus flexibles sur les horaires de travail? Merci de votre aide.

Réponse:

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Il s’agit d’une question qui m’est posée assez régulièrement alors si vous avez l’impression d’avoir déjà lu une réponse similaire, vous ne rêvez pas! La conciliation travail-famille, ou encore la recherche d’un meilleur équilibre, sont parmi les motifs les plus fréquemment mentionnés lorsque je demande à des candidats ce qui les poussent à chercher un nouvel emploi. L’arrivée des enfants est bien souvent une des raisons pour mieux balancer ses priorités, mais ce n’est la seule. Bon nombre de juristes ne veulent simplement pas travailler le week-end, enfants ou pas.

Les administrateurs de cabinets sont bien conscients de cette réalité. De plus en plus tentent d’être plus conciliants et d’offrir des horaires flexibles.... Cependant, la nature même du travail rend les choses difficiles. En pratique privée, une situation d’urgence peut apparaître à tout moment. En plus des urgences de dernières minutes, il y a les périodes d’audition et la préparation de celle-ci pour les avocats en litige, et celles de « closing » pour ceux et celles qui pratiquent en transactionnel. Ceci est encore plus vrai dans les grands cabinets. Pourquoi ? Parce que généralement, qui dit grands cabinets, dit gros dossiers et gros clients. Mais plus important encore, gros honoraires et grosse compétition pour avoir lesdits clients. Donc, on fait des promesses, on s’engage à livrer la marchandise et tous nos collaborateurs en paient le prix.

S’il est souvent difficile de se tenir loin du bureau le samedi, vous pouvez vous imaginer qu’il est encore plus difficile de ne pas y être le vendredi. Est-ce donc impossible d’avoir un horaire de 4 jours semaine en pratique privée ? Non ce n’est pas impossible, mais dans l’éventualité ou votre cabinet y consentirait, il y aura quelques deuils à faire et les deux principaux seront les suivants:

1- La rémunération : un horaire de 4 jours semaine ne vous permettra pas d’obtenir 80% de la rémunération normalement offerte. En partie parce que le cabinet doit supporter les mêmes coûts fixes (assurances, formation, équipement, bureau, etc.) que pour un professionnel travaillant 5 jours. Mais surtout, parce que dans la majorité des cabinets, la rémunération n’est pas basée sur 5 jours de travail, mais sur des objectifs annuels qui, de façon réaliste, exigent presque 6 jours de travail.

2- La qualité des dossiers : il y a de fortes chances que vous ne soyez pas impliquée dans les dossiers les plus sexy. Pourquoi ? Parce que ceux-ci requiert habituellement une plus grande disponibilité et que les associés séniors vont préférer impliquer les avocats plus aptes à s’adapter aux exigences du dossier et du client.

Si vous êtes prête à accepter un ajustement de votre rémunération et de prendre en charge des dossiers moins glamour, il y a probablement moyen d’obtenir ce que vous recherchez, au sein de votre cabinet ou ailleurs. Si depuis 2004 vous avez su développer votre propre clientèle, du moins en partie, il vous sera encore plus facile d’obtenir les ajustements nécessaires car votre départ pourrait avoir un impact sur les revenus du cabinet, ce qui est toujours pris en considération par les administrateurs.

Vous vous demandez peut-être pourquoi les administrateurs ne tiennent pas compte de votre dévouement passé, de l’engagement du cabinet en ce qui a trait à la présence des femmes ou encore, du fait que l’ajustement demandé n’est que passager. Ils en tiennent compte, n’en doutez pas, mais ces facteurs ne seront jamais, à tort ou à raison, aussi importants que la rentabilité, le service offert aux clients et l’équité envers les autres juristes du cabinet.

Un dernier conseil: avant d’aller faire votre demande, préparez votre argumentation en fonction des facteurs qui sont importants pour votre interlocuteur. Si vous parvenez à la convaincre que votre demande sera rentable pour le cabinet, équitable envers vos collègues et bénéfique pour les clients, vous obtiendrez probablement ce que vous voulez.

Sur ce, je vous souhaite une bonne chance dans votre démarche.

Bonne semaine!

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.