Question :

J'occupe depuis un an et demi un poste un peu à l'extérieur du domaine juridique. Mes tâches sont divisées à peu près moitié-moitié en droit (analyse de lois et de documents gouvernementaux, recherches occasionnelles) et en gestion de projets.

Je suis présentement heureuse dans mon travail, mais je crains avoir de la difficulté à me trouver un emploi dans l'éventualité d'une fermeture d'entreprise (ils ont coupé plusieurs postes récemment) ou encore, d'un désir personnel de retourner à la pratique plus « traditionnelle ».

Est-ce une crainte bien fondée? Aurais-je des chances de me retrouver un emploi si je reste longtemps dans ce poste? Aussi, y a-t-il quelque chose que je peux faire pour me «préparer» à un retour, comme prendre des cours qui combleraient ma lacune d'expérience en litige?

Merci!

Réponse:

Chère lectrice,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Vos craintes sont malheureusement fondées dans le cadre d’un éventuel retour à une pratique plus traditionnelle et c’est d’autant plus vrai si vous visez une pratique en litige.

Pourquoi ? Essentiellement parce que 90% des postes en litiges impliquent la pratique privée. L’employeur potentiel sera donc un cabinet. Les associés ne voient habituellement pas d’un bon œil un candidat ayant œuvré en périphérie du droit. Ils veulent des gens de litige comptant quelques années au compteur à défaut de quoi, ils vont opter pour un candidat fraîchement gradué.

Si vous visez une pratique traditionnelle en cabinet, mais en droit commercial, vos chances seront meilleures, surtout si vous contactez des cabinets ayant une pratique similaire à ce que vous faites actuellement dans vos tâches reliées au droit. Vos chances seront encore meilleures si le cabinet compte sur une clientèle dans l'industrie ou vous évoluez actuellement et dans ce cas, même votre expérience en gestion de projets pourrait être pertinente.

Une troisième option, qui ne correspond peut-être pas à votre définition de pratique traditionnelle mais qui en est une malgré tout, serait de vous tourner vers un poste de conseiller juridique interne. Les entreprises ayant des projets similaires à ceux que vous gérez actuellement pourraient être très favorables à une candidature comme la vôtre.

Il y a donc de l’espoir, malgré le fait que vos craintes soient fondées. Par contre, s’il y a une chose qui est indéniable, c’est que plus vous resterez longtemps dans votre rôle actuel, plus vous serez identifiée à ce dernier. Cette réalité ne vous est pas exclusive, elle est partagée par tous, sans exception. Un ex vice-président aura de la difficulté à obtenir un poste de directeur car il sera considéré comme surqualifié. Un plaideur pourra se voir exclu des postes en entreprise car on pensera qu’il ne connaît rien au droit des affaires. Un criminaliste pourra difficilement revenir au droit civil, etc.

Est-ce problématique d’être cataloguée ? Non, mais il faut considérer le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Si vous êtes très spécialisée, il y aura peu d’ouvertures, mais peu de candidats aptes à combler lesdites ouvertures. Vous aurez probablement votre chance. À contrario, un généraliste pourra postuler sur plus de postes, mais risquera de ne pas se démarquer des autres candidats.

Pour ce qui est des compressions de postes, il est normal de s’en inquiéter, mais il ne faut pas arrêter de vivre pour autant. Par contre, il est recommandé de garder les yeux ouverts afin de ne pas manquer une opportunité.

Votre dernière question concerne une éventuelle formation. Je ne crois pas que vous puissiez faire quoique ce soit pour combler vos lacunes en litige, car aucune formation théorique ne vous donnera l’expérience recherchée. Par contre, se préparer à un nouveau poste devrait être une habitude de vie pour la majorité des gens, et pas seulement pour ceux se retrouvant dans une situation d’incertitude. Se préparer à un nouveau poste peut être aussi utile dans le cadre d’une promotion que d’une mise à pied.

Comment le faire ? Le plus facile est d’utiliser le programme de formation continue du Barreau afin d’améliorer constamment vos connaissances. D’un autre côté, à un certain niveau, les employeurs recherchent de l’expérience, alors il faut faire en sorte d’en acquérir un maximum. La meilleure façon pour ce faire est d’élargir votre champ de compétence en ramassant tout ce qui passe et vous intéresse minimalement. Que ce soit des projets, l’implantation de système, la gestion d’équipe, etc. Vous serez surprise et heureuse lorsque deux ans plus tard, lors d’une entrevue de sélection, vous pourrez dire : « oui, j’ai déjà fait ça ».

Il n’y a rien de mieux qu’un candidat spécialisé et polyvalent…. C’est une denrée rare.
J’espère que ma réponse vous sera utile et je vous souhaite une bonne semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.