Me André Sasseville, avocat au cabinet Langlois
Me André Sasseville, avocat au cabinet Langlois
Un bon avocat est-il un avocat disponible 24h/24, 7 jours sur 7? « L’accessibilité est une grande qualité, ce qui ne veut pas dire être toujours pendu à son téléphone », dit Me André Sasseville, avocat au cabinet Langlois, pour qui se rendre indisponible dès 17h reflète un manque de responsabilité.

Avec ses 36 années d’expérience, il a vécu la révolution numérique et la juge salvatrice. Il se souvient : « Avant, on était enchaîné à nos bureaux. J’ai connu cette époque durant laquelle les communications étaient plus limitées, c’était une période de grandes contraintes ».

Aujourd’hui, il est possible de siroter un gin à la maison tout en répondant au courriel d’un client en demande. Du moins, après avoir jugé de l’urgence de sa requête. « Notre profession fait que parfois, il y a des affaires auxquelles il faut répondre parce qu’elles ne peuvent pas attendre », concède Me David Couturier, de Dunton Rainville.

Me David Couturier, de Dunton Rainville
Me David Couturier, de Dunton Rainville
Mais il est vrai que les clients s’attendent de plus en plus à des réponses rapides, concède Me Marie-Hélène Jolicoeur, du cabinet Lavery: « Ils semblent plus pressés, plus impatients, et ne comprennent pas que parfois, leurs questions nécessitent un temps de réflexion, de la recherche… ».

Tous concèdent en revanche que la plupart des gens sont vraiment respectueux. Rares sont ceux qui se permettent de déranger leurs avocats tard le soir, pendant leurs congés, ou durant la fin de semaine.

Peur de perdre un contrat?

Me Marie-Hélène Jolicoeur, du cabinet Lavery
Me Marie-Hélène Jolicoeur, du cabinet Lavery
Y a-t-il un risque de perdre un client si on ne se rend pas disponible dans l’heure pour lui? « Je n’ai jamais eu peur de perdre un contrat pour ça », assure Me Jolicoeur.

Me Sasseville ne partage pas tout à fait cette opinion : « C’est un risque oui, d’autant plus que la concurrence est très rude en ce moment ».

Me Raphaël Buruiana, lui aussi chez Langlois, rappelle que dans un cabinet, il est facile de déléguer à des collègues, de laisser un message d’absence pour informer les clients, puis de les référer à un confrère.

Me Raphaël Buruiana chez Langlois
Me Raphaël Buruiana chez Langlois
Mais tout le monde ne peut pas se permettre ce luxe. C’est le cas de Me Salima Taha, avocate à son compte : « Je dois rester en contact avec ma secrétaire tout le temps pour suivre ce qu’il se passe. Parfois, ne pas pouvoir totalement déconnecter, parce qu’il faut rester aux aguets, ça peut être pesant. Et moi, je ne peux pas déléguer », raconte-t-elle, sans pour autant regretter son choix de ne pas intégrer de cabinet.

Savoir dire non

Me Salima Taha, avocate à son compte
Me Salima Taha, avocate à son compte
Alors elle s’est fixé une limite claire : « Passé 18 h et les fins de semaine, je ne décroche plus, car je ne me sens pas disponible à 100% pour donner de bons conseils. En plus, je hais le téléphone… Je suis prête à perdre un client s’il faut le rencontrer un samedi. Je ne me considère pas comme une avocate disponible 24 h/24 ».

Ceux qui ont une vie de famille se voient aussi un peu imposer un certain lâcher prise. « Depuis que j’ai des enfants, je décroche plus facilement de travail. Je fais aussi parfois le choix de ne pas répondre à des appels ou des courriels qui peuvent attendre », confie Me Couturier.

Me Jolicoeur aussi, s’accorde du temps pour elle sans culpabiliser : « Je ne regarde pas toujours mon cellulaire. Lorsque je suis avec mon conjoint, que je fais de l’exercice… »

Tous préfèrent se dire que la multiplication des outils de communication leur ont donné une certaine liberté et de la flexibilité. Le tout est de savoir s’organiser.