Question:

Je pratique depuis 7 ans au sein d’un grand cabinet et on ne m’a toujours pas parlé de l’opportunité de devenir associé. Je regarde autour de moi, et il me semble qu’il y a peu de monde chez nous qui sont invités à faire le saut. Est-ce pareil dans les autres cabinets ?

Réponse:

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Il y a probablement autant de mécanisme d’accession au statut d’associé qu’il y a de cabinets d’avocats. Cependant, depuis au moins 5 ans, nous pouvons noter une certaine tendance, bien qu’elle ne soit pas suivie par toutes les firmes.

Il y a quelques années la majorité des cabinets de plus de 20 avocats avaient des politiques claires quant à l’accession au statut d’associé. Celles-ci variaient d’un cabinet à l’autre, mais établissaient habituellement à plus ou moins 7 années de pratique le stade d’éligibilité au statut d’associé. Certains cabinets offraient un statut sans participation, d’autres n’avaient qu’une seule catégorie d’associés et par conséquent, ils offraient immédiatement la pleine association. Il y avait des exceptions, mais dans l’ensemble, c’est ce à quoi pouvaient s’attendre les jeunes juristes.

Aujourd’hui, bien que le délai minimum demeure, il n’est plus que cela, un délai minimum, et non une étape d’un processus d’accession au statut d’associé. Une fois ce délai minimum atteint, les associés vont étudier l’opportunité d’offrir l’association à tel ou tel salarié, mais sur une base de rentabilité future, et non sur une base de promotion méritée comme c’était le cas jadis.

Cette rentabilité future est analysée sous plusieurs aspects. Habituellement, la capacité actuelle ou éventuelle à développer sa propre clientèle demeure un facteur déterminant dans plusieurs cabinets et domaines de pratique. Je parle de domaines de pratique, car au sein d’un même cabinet, les attentes en termes de développement de clientèle peuvent variées en fonction du type de pratique. En litige général, on vous demandera d’amener de l’eau au moulin plus rapidement qu’en assurances, ou les clients sont des joueurs majeurs et les pitch de vente faits par les associés séniors.

Il est donc révolu le temps ou après 6 ou 7 ans, on invitait presque tous les jeunes à joindre le grand club. Il est donc normal que vous constatiez cette situation au sein de votre cabinet, et que vous constateriez probablement la même chose dans 90% des autres cabinets. Ça ne veut pas dire que l’invitation n’arrivera jamais. Elle se fera plus tard dans la majorité des cas. Mais dans le cas contraire, les cabinets ont prévu des mécanismes leur permettant de garder motivés les juristes qui demeurent salariés. Comment ? Principalement en leur offrant une rémunération si près de celle offerte aux associés que leur orgueil blessé cicatrisera rapidement.

Ceci étant dit, vous devez être conscient d’une chose: un avocat en pratique privé est une PME, et cette PME doit être rentable peu importe dans quel environnement elle évolue. Que vous soyez en grand ou petit cabinet, vous devez apporter de l’eau au moulin et justifier, par cet apport, votre rémunération. Si vous ne le faites pas, on vous invitera à quitter le navire, associé ou non.

Par conséquent, la meilleure façon de faire avancer votre carrière en pratique privée, et de la sécuriser par la même occasion, est de vous assurer d’être rentable. Ça ouvrira les portes de l’association et plus important encore, cela vous permettra d’y demeurer.

Essentiellement, il y a trois façons de le faire et il est préférable d’en combiner au moins deux sinon trois :

1- Travailler un nombre élevé d’heures: ce qui a pour conséquences d’augmenter votre ratio coûts/revenus au sein du cabinet. De cette façon par contre, vous êtes toujours tributaire des mandats que vos collègues vous confient. S’ils n’ont plus de mandats, vous aurez beau vouloir travailler fort, il n’y aura personne à qui envoyer la facture.

2- Développer une expertise particulière: ce qui fait que le cabinet peut augmenter votre taux horaire et donc votre rentabilité, en plus de vous rendre indispensable auprès de vos collègues. Le même problème qu’au point précédant se posera si vos collègues n’ont plus de mandats.

3- Développer votre propre clientèle: de cette façon, si vos associés ou patrons veulent se débarrasser de vous, ils perdront votre clientèle, et si ladite clientèle représente une somme supérieure à ce que vous coûtez, ils préfèreront vous garder avec eux. Dans le cas contraire, votre clientèle vous permettra de trouver facilement un cabinet qui vous accueillera à bras ouvert dans la mesure où votre comportement général est empreint de civilité.

En conclusion et pour répondre à votre question, oui, il est encore possible de devenir associé, mais travailler fort n’est plus suffisant.

En espérant que ma réponse vous sera utile, je vous souhaite une belle semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.