Question:

Je considère effectuer une maîtrise d’un an à l'étranger à la suite du stage du barreau. Je suis encore très jeune, et je désire continuer à étudier quelque peu avant de me lancer sur le marché du travail.

Toutefois, je me questionne quant à l'impact que cela pourrait avoir sur ma recherche d'emploi à la fin de cette maîtrise. Serait-ce un fardeau pour ma recherche d'emploi, n'ayant qu'un an et demi d'expérience (grâce au programme coopératif et au stage), et après avoir quitté pour l'étranger pour une année ?

Réponse:

Cher lecteur,

Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
Pierre Arcand, recruteur juridique, répond à vos questions
C’est une question qui me revient régulièrement surtout en provenance de jeunes avocats ayant été assermentés après un parcours académique sans détour. Ces avocats arrivent sur le marché du travail rapidement, et plusieurs ne se sentent pas prêts à s’établir professionnellement de façon permanente. Ils regardent donc différentes options afin de retarder d’une certaine façon cette transition.

Entre aller parcourir le monde avec votre sac à dos ou n’en voir qu’une partie mais avec un livre en guise de compagnon, d’un point de vue purement professionnel, l’option que vous semblez vouloir privilégier est sans aucun doute la meilleure. Est-ce qu’elle aura un impact sur votre carrière ? Oui, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, si vous ne vous sentez pas prêt, poursuivre votre carrière pourrait s’avérer une décision encore plus lourde de conséquence.

Quel sera l’impact ? La pire période pour la recherche d’un emploi est lorsqu’on est fraîchement assermenté. On apporte à l’employeur très peu de plus qu’un stagiaire ne le ferait à moindre coût. Lorsque vous aurez terminé votre maîtrise, vous serez exactement dans cette position et donc en compétition avec tous les stagiaires ou avocats récemment assermentés. Non, votre maîtrise ne vous donnera pas un avantage marqué, à moins que son sujet soit immédiatement et directement utilisable dans le cadre de votre pratique, ce qui est rarement le cas.

Ceci dit, vous devez vous poser la question: vous ne vous sentez pas prêt à vous lancer tout de suite sur le marché du travail, ou ne pas vouloir travailler tout de suite ? Si c’est le deuxième cas qui s’applique, partir faire votre maîtrise et prendre un peu de maturité est probablement la meilleure chose à faire.

Par contre, si c’est la peur d’entrer de façon définitive dans la vie adulte qui vous rechigne, je vous conseillerais d’attendre un peu avant de partir. Afin de dédramatiser cette transition, dites-vous que vous partirez dans trois ans et donc, que vous n’entrerez pas sur le marché du travail de façon irrévocable.

Pourquoi attendre ? Premièrement parce qu’avec trois années d’expérience sur le marché du travail, votre réinsertion après une année à l’étranger sera beaucoup plus facile. Mais en plus, ces trois années vous permettront peut-être de mieux préciser quelle maîtrise pourrait vous intéresser ET vous être utile dans la poursuite de votre carrière. Qui sait, peut-être que votre employeur du moment y verra une belle opportunité. Sans aller jusqu’à vous payer vos études, il pourrait même s’engager à vous garder une place à votre retour. Et même si ce n’était pas le cas, une démarche impliquant des études supérieures est beaucoup plus crédible lorsqu’elle survient après que le candidat ait touché au domaine de droit concerné.

Il y a une énorme différence entre une maîtrise qu’on fait parce qu’on est passionné par un sujet et une autre, parce qu’on ne se sent pas prêt à entrer sur le marché du travail. Même si cette différence n’était qu’une perception du futur employeur, vous la trouverez certainement fort utile.

Vous comprenez pourquoi il est préférable d’attendre ?

Vous n’avez pas d’emploi pour le moment ? Si c’est le cas, peut-être qu’une maîtrise immédiatement serait une bonne idée mais je vous conseillerais de la faire au Québec afin de rester disponible pour saisir une opportunité. C’est moins sexy mais beaucoup plus stratégique…

J’aborde ici les impacts professionnels d’une telle décision, c’est un peu mon rôle. Mais il demeure que quelques fois à trop planifier on passe à côté de merveilleuses expériences. Je termine donc en vous disant que si vous devez être malheureux pendant trois ans et que l’étranger vous appelle, allez-y… La vie est courte.. Mais cependant assez longue pour que vous puissiez vous replacer à votre retour.

J’espère que ma réponse vous sera utile et je vous souhaite une excellente semaine.

La Question au Recruteur

Chaque semaine, le recruteur juridique Pierre Arcand répond à une question posée par vous, chers lecteurs.

La Question au Recruteur de la semaine est choisie parmi toutes celles reçues sur le site. Toutes les questions sont bonnes pour autant qu’elles concernent votre carrière de juriste.

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.