Me Hans Mercier
Me Hans Mercier
Le centre-ville fumait encore, au lendemain de la tragédie de Lac-Mégantic, en juillet 2013, que des avocats américains étaient sur place, en promettant juste réparation aux familles endeuillées.

La firme texane Garcia Law Group a ainsi signé des conventions avec les familles endeuillées de 40 des 47 disparus dans la tragédie de Lac-Mégantic. À elle seule, elle aurait empoché de 10 à 15 millions de dollars de l’argent destiné aux victimes, selon les révélations de l’émission Enquête. Et cela, sans avoir vraisemblablement accompli de travail d'ordre juridique.

Elle était associée avec deux autres cabinets américains, Webster Law Firm, de Houston, ainsi que Meyers & Flowers, de Chicago. L’avocat québécois Hans Mercier était du groupe.

Les procédures ont-elles été engagées trop rapidement? Me Gloriane Blais, qui représente un autre groupe de familles de victimes de la catastrophe, le croit.

À l’instar de certains proches des victimes, l’avocate spécialisée en responsabilité civile admet avoir été prise au dépourvu lorsque des conventions ont été signées peu de temps après la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic. Selon elle, il était trop tôt pour conclure de telles ententes.

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Me Gloriane Blais représente un autre groupe de familles de victimes de la catastrophe
Me Gloriane Blais représente un autre groupe de familles de victimes de la catastrophe
Dans la nuit du 5 au 6 juillet, un convoi de wagons-citernes, contenant du pétrole, déraille depuis la localité de Nantes jusqu’au centre-ville de la municipalité de Lac-Mégantic, provoquant une série d’explosions et d’incendies faisant 47 morts.

Après la tragédie, trois « groupes » de recours ont été intentés pour obtenir des dommages-intérêts en compensation de la perte des victimes, explique Me Blais. En dehors de l’action collective contre la Montreal Maine & Atlantic (MMA), il y a ainsi eu de nombreuses poursuites individuelles, regroupées entre deux équipes : celle de Me Hans Mercier, en collaboration avec les équipes américaines de la Garcia Law Groupe, de la Webster Law Firm et de Meyers & Flowers (qui représente la majorité des familles des victimes), et celle de Me Blais, qui collaborait avec d’autres firmes américaines.

Des conventions trop rapides?

Sans s’avancer jusqu’à dire qu’il y a eu de l’« ambulance chasing » (expression qui découle de la pratique de certaines avocats de suivre littéralement des ambulances en quête de clients), Me Blais déplore que des conventions aient été aussi rapidement conclues après l’événement. « Je n’ai rien contre le fait que des avocats se présentent pour offrir leur soutien aux victimes, au contraire, déclare-t-elle. Ce qui est troublant, c’est la rapidité avec laquelle des gens ont signé une convention d’honoraires. »

Autre élément qui la dérange : le fameux motel Le Quiet, où l’équipe de Me Mercier a rencontré les proches des victimes, est situé tout juste en face de l’École Polyvalente Montignac, aménagée pour accueillir la Croix-Rouge et d’autres organisations, qui accueillaient à leur tour des familles des proches ou des sinistrés. « Les gens pouvaient traverser la rue pour se rendre directement auprès des avocats », raconte-t-elle.

« Ce faisant, des gens m’ont appelée, en me demandant pourquoi ils n’avaient pas eu de mes nouvelles relativement à une éventuelle poursuite », dit Gloriane Blais. Une situation délicate, poursuit-elle. Pas assez de temps ne s’était écoulé pour lancer des poursuites, mais en ne faisant rien, l’avocate risquait de perdre tous ses clients éventuels au profit du concurrent.

Fin juillet, toujours trop tôt à son goût, Me Blais décide finalement de faire signer ses premières conventions d’honoraires. Au total, son équipe réclame le tiers du montant qui pourra être amassé. La convention de Me Mercier, elle, demande 40%.

Un travail d’équipe

Quant à M. Wilfrido Rogelio Garcia, dénoncé dans le reportage d’Enquête, et qui aurait sollicité et même fait signer les conventions aux clients sans pour autant être avocat, Me Blais dit ne l’avoir jamais rencontré.

L’avocate souligne par ailleurs que cela n’enlève rien au travail de l’« équipe Mercier ». « Il faut rendre à César ce qui appartient à César : ceux-ci ont fait un travail qui a apporté de très bons résultats – que nous avons pu constater puisque nous avons travaillé en collaboration avec eux », souligne-t-elle.

Poursuivre aux États-Unis

Pourquoi cette décision des deux équipes de poursuivre aux États-Unis? D’abord, les défendeurs y sont installés, ce qui rend la chose possible, indique Me Blais. Par ailleurs, le droit américain a cet avantage d’être plus généreux envers les proches (victimes par ricochet) des victimes d’un préjudice corporel, conclut-elle.