Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Après la publicité excessive qui a marqué en 2015 l’élection de la Bâtonnière du Barreau du Québec, nous nous retrouvons aujourd’hui devant une multitude de dérapages médiatiques (dans les médias traditionnels et, encore plus, sur les réseaux sociaux) pour l’élection 2017.

Ce n’est certes pas à moi à jeter la pierre à l’un(e) ou l’autre des candidat(e)s pour cette nouvelle situation désastreuse pour notre profession (sommes-nous des « Maîtres en polémiques » ou des « Maîtres en solution? »). Ceci revient aux avocates et avocats du Québec qui se prononceront tout prochainement.

J’ignore qui sortira gagnant de tout cela, mais je sais qui en seront les perdants : tout comme en 2015, ce sera l’ensemble des avocates et des avocats du Québec.

Je sais aussi une autre chose.

La nouvelle gouvernance du Barreau que l’on qualifiait, dans un communiqué du 3 décembre 2014, comme permettant « de donner au Barreau du Québec une meilleure cohérence institutionnelle et une structure plus souple, en plus de contribuer à l’accroissement de la confiance des citoyens dans le système professionnel » a été, depuis lors, à l’origine de nombreux et importants problèmes que nous vivons tous depuis sa mise en place.

En voici trois :

Premièrement, en vertu des règles mises en place par cette nouvelle gouvernance, seul(e)s les avocat(e)s ayant déjà siégé pendant au moins un an sur le C.A. du Barreau sont éligibles à se porter candidat(e)s au poste de Bâtonnière ou Bâtonnier, ce qui limite à environ 150 le nombre de celles et ceux d’entre nous qui y sont éligibles.

Les trois candidat(e)s actuel(le)s sont peut-être les meilleur(e)s parmi ces 150, mais, sachant que nous comptons, parmi nos consœurs et confrères, de formidables gestionnaires et leaders, je suis convaincu qu’il y aurait d’autres excellent(e)s candidat(e)s parmi les quelques 25 000 avocates et avocats du Québec.

Deuxièmement, un volet important de cette nouvelle gouvernance était que la Bâtonnière, ou le Bâtonnier, devait dorénavant être élu au suffrage universel des membres. Cependant, les membres du Barreau n’avaient aucun mot à dire sur le remplacement d’une Bâtonnière, ou d’un Bâtonnier, en cours de mandat (même au tout début de celui-ci).
Le résultat en a été que, indépendamment des compétences et des habiletés (que je ne remets pas en doute) de notre Bâtonnière actuelle (qui a occupé ce poste pendant environ 20 des 24 mois du mandat actuel), sa nomination a été faite par le seul Conseil d’administration du Barreau du Québec sans que les avocates et avocats du Québec n’ait eu droit au chapitre.

Troisièmement, au-delà des questions qui se posent à l’égard de la légalité des règles très (lire trop) restrictives imposées à la publicité des candidat(e)s à l’élection 2017, force est de constater que ces règles n’ont vraiment pas atteint leurs objectifs, soit d’éviter une répétition de la campagne extravagante de 2015 (à moins que l’objectif véritable de ces règles soit moins honorable que celui-ci).

Ces nouvelles règles sont, à mon humble avis, l’une des causes des importants dérapages de la présente campagne dans les médias traditionnels, sur les réseaux sociaux et dans plusieurs blogues et sites web (dont, évidemment, Droit-Inc.com).

En 2017, avec la multiplication des moyens de communication, empêcher ou limiter la publicité de candidat(e)s ne peut que provoquer de tels dérapages.

N’aurait-il pas été plus sage de tout simplement limiter les dépenses électorales à un montant raisonnable (comme cela se fait déjà dans la plupart des paliers électoraux) et de prévoir quelques règles d’éthique en matière publicitaire et promotionnelle, tout en laissant aux candidat(e)s le choix des moyens pour se faire connaître, et faire connaître leur vision et leur programme, aux membres du Barreau?

J’espère que la nouvelle Bâtonnière, ou le nouveau Bâtonnier, du Québec, et son Conseil d’administration, verront à régler ces faiblesses importantes de la gouvernance actuelle du Barreau du Québec afin de mettre fin aux difficultés, aux excès et aux dérapages que nous avons vécu en 2015 et que nous vivons encore aujourd’hui.

Ces deux dernières élections ont causé de graves dommages à notre crédibilité collective. Il est vraiment temps de passer à autre chose et de faire progresser notre profession.

D’ici là, je ne peux que souhaiter, dans notre intérêt collectif, que la meilleure, ou le meilleur, gagne.

Qu’en dites-vous?

Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre.