Les deux aspirants bâtonniers ont évité de croiser le fer, mardi, se limitant à énoncer les principaux points de leurs programmes respectifs
Les deux aspirants bâtonniers ont évité de croiser le fer, mardi, se limitant à énoncer les principaux points de leurs programmes respectifs
« Si vous souhaitez que la profession ait bonne presse, nous vous invitons à vous comporter dignement », a lancé d’entrée de jeu le président du Jeune Barreau de Montréal, Extra Junior Laguerre, dans une référence oblique aux événements des derniers jours.

L'AJBM, organisatrice du débat électoral tenu mardi entre les deux candidats à la présidence du Barreau du Québec, donnait ainsi le ton aux échanges auxquelles elle conviait les candidats Paul-Matthieu Grondin et Lu Chan Khuong.

La bâtonnière sortante, Claudia P. Prémont était présente. Elle a pris tout le monde par surprise ce matin en se désistant de la course en faveur de Me Grondin, voulant ainsi bloquer l’accès à présidence à Me Khuong. Cette dernière ne l’a pas applaudie lorsque Me Laguerre a présenté la bâtonnière sortante à l’assemblée composée d’une centaine de personnes.

Ces derniers ont suivi la consigne, se limitant à échanger poliment quant à leur vision. Ainsi, sur les grands enjeux d'accessibilité à la justice, de transparence quant à la conduite des affaires du Barreau et de la place accordée aux jeunes avocats, les positions étaient similaires, à quelques détails près.

Plus de transparence

« Il faut une réforme en profondeur » du Barreau, a ouvert Me Grondin. Énonçant la suite de bouleversements que connait le système de justice depuis deux ans—arrêt Jordan, crise des délais, confiance envers les avocats—l'associé et co-fondateur de Grondin, Savarese a soutenu que le Barreau devait lui aussi connaître sa « révolution tranquille ».

Lu Chan Khuong a quant elle repris les thèmes qui lui sont chers : « Nous sommes des citoyens, avant d'être des avocats », a-t-elle déclaré, insistant elle aussi pour refaire le Barreau par l'entremise d'une plus grande proximité avec les membres et d'une gestion plus rigoureuse de finances.

Forte de son expérience de vice-présidente et d'actrice importante des Barreaux du Québec et de Québec, elle insiste sur son parcours : « Quand j'étais VP, le Barreau a enregistré le plus important profit de son histoire de 167 ans », a-t-elle affirmé.

Les deux candidats ont saisi l'occasion de la rigueur budgétaire pour insister sur l'importance de la transparence : « Nous avons dû faire une demande d'accès à l'information » pour connaître le détail de la rémunération des administrateurs », a déploré Me Khuong.

« Le premier article de mon programme c'est qu'il faut rendre publics les procès-verbaux des réunions. C'est tout », a rétorqué Me Grondin.

La baisse des cotisations a donné lieu à quelques débats embryonnaires dans une discussion qui s'est tenue essentiellement en parallèle, chaque candidat faisant le compte de ses forces et de ses aptitudes.

Aux réponses plus réservées, quoique parfois humoristiques de Me Grondin, Me Khuong opposait un style plus passionné, insistant davantage sur sa proximité avec les gens.

Paul-Matthieu Grondin, par exemple, ne cautionne pas une abolition de la cotisation mur-à-mur pour tous les nouveaux membres comptant moins de trois ans d'ancienneté au Barreau, comme le propose Lu Chan Khuong : « Certains sont dans de grands cabinets, lesquels paient les cotisations », ce qui ferait en sorte que le Barreau se priverait d'une entrée d'argent certaine. Me Grondin plaide plutôt pour une baisse accordée aux jeunes entrepreneurs, par exemple.

Le gros poste budgétaire de la cotisation, c'est notamment l'assurance professionnelle. Me Khuong s'inscrit en faux contre l'argument voulant que la diminution de la couverture de 10 à deux millions de dollars n'occasionnerait qu'une baisse de quarante dollars de la prime. « Dans un rapport du Fonds d'assurance responsabilité en 2013, on calculait que cette baisse serait plutôt de 600 dollars », soutient l'ex-bâtonnière de Québec.

Délais judiciaires

Quant aux importants délais judiciaires, les deux candidats se rejoignent sur l'importance d'un changement de culture.

Me Grondin, raillant avec humour le fait qu'il faille, en 2017, « aller au palais de justice avec son papier pour ouvrir un dossier, lequel papier sera photocopié en neuf exemplaires, pour ensuite produire un rapport d'autorité en neuf exemplaires », insiste pour que le système passe enfin au 21e siècle, en automatisant les processus.

Me Khuong, qui plaide pour le compte des accidentés de la route et des victimes d'actes criminels, ajoutent qu'il faut aussi qu'on se penche sur le cas « des victimes qui doivent attendre trente mois rien que pour obtenir une audience. Je ne comprends pas comment ça se fait qu'au TAQ, il n'y a pas de causes les lundis matins ou les vendredis après-midi, et que tout s’arrête à 16h30 ! »

À cet égard par ailleurs, les tarifs offerts aux avocats de l'aide juridique sont un autre sujet où les deux se rejoignent. « Il faut établir un leverage ( rapport de force ) face à l'État. Il y aura des élections bientôt, et les permanents de l'aide juridique seront en renégociation de convention; ce sera le moment de faire pression sur le gouvernement », soutient Paul-Matthieu Grondin.

La sempiternelle question du salaire bâtonnal a été l'occasion de constater les différentes approches des candidats : alors que Me Grondin explique son seuil de 95 000 dollars—le salaire médian des avocats—comme position de départ dans la négociation, Me Khuong lui impose plutôt un plafond de 192 000 dollars, soit l'équivalent de ce que gagne le premier ministre, estimant qu'il ne faut pas sous-estimer l'importance de la charge.

Les deux candidats s'engagent par ailleurs à soutenir les juristes de l'État dans leur lutte pour l'Indépendance de leur fonction. « On ne peut pas refaire le débat et avoir une loi spéciale chaque année », martèle Me Grondin.

Me Khuong a quant à elle déploré que lors du conflit, « les juristes se sont sentis seuls ».

Les deux sont en faveur de la création d’une association professionnelle, mais avec une adhésion volontaire cependant.

Votez pour nous !

En conclusion, Me Grondin appelle à « voter pour nous ». Il oppose à Me Khuong « le dynamisme de la jeunesse », et l'expérience d'avoir siégé au Barreau de Montréal, « qui compte 15 000 membres ».

« Vous avez raison Me Khuong, lorsque vous parlez de l'importance pour les jeunes de s'impliquer. D'ailleurs, me voici », a-t-il conclu.

Me Khuong réitère quant à elle l'importance d'avoir un barreau plus inclusif « qui ne fait pas que de la place aux femmes et aux minorités, mais également aux praticiens hors des grands cabinets et des grands centres ».

Puis elle a conclu en répétant: « je ne suis pas la candidate de l’establishment ».