Me François Ouellette
Me François Ouellette
1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession?

Jeune, j’étais un peu rebelle!, dit-il dans un rire. Et pour être franc, je ne savais pas trop vers quoi m’orienter dans la vie, étant un étudiant assez contestataire qui remettait régulièrement en question l’autorité. Je voulais changer la façon dont les choses étaient faites, je partais des mouvements de grève étudiants, etc. C’était un peu difficile pour mes parents à l’époque…!

Naturellement, tout cela m’a dirigé vers le droit. On me disait souvent que je devrais devenir avocat. Avec le temps, je suis devenu moins contestataire. J’ai terminé mon stage chez BLG (alors Mackenzie Gervais) et j’y ai pratiqué en litige pendant cinq ans. Bombardier était client de BLG et annonçait à l’époque bien des contrats d’importance. J’ai alors décidé de « tester le marché » et j’y suis depuis!

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Les dossiers sont immenses chez Bombardier et cela représente un défi en soi. Les sommes d’argent en jeu sont très importantes, qu’il s’agisse d’une réclamation ou d’un contrat de vente d’avions. Cela dit, je suis d’avis que quand tu travailles fort, tu finis toujours par avoir de bons résultats, sauf exception, et peu importe la valeur du dossier.

Le plus grand défi dans ma carrière est cependant plutôt survenu juste avant que je ne sois nommé vice-président, à un moment où ma carrière prenait son envol. Mes parents ont alors tous les deux été atteints du cancer en même temps. Ma famille étant au Nouveau-Brunswick, mes parents sont donc tous deux venus habiter chez moi pendant un an pour être à Montréal et y subir leurs traitements. Je travaillais 60 à 70 heures par semaine et je m’occupais d’eux le reste du temps, comme le reste de ma famille était loin. La conciliation des obligations professionnelles et familiales, sans aucun répit pendant tout ce temps, et sachant que mes parents ne passeraient vraisemblablement pas à travers, a été mon plus grand défi. Les dossiers, à côté de tout ça, c’était presque de la « petite bière », finalement!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je changerais les choses au niveau de l’accessibilité. Le système est vraiment fait pour les compagnies « qui sont en moyens ». Quand survient un litige, c’est terriblement cher, les délais sont longs et le système est bureaucratique. Ce faisant, le citoyen moyen gagnant un salaire « régulier » n’a pas vraiment accès au système de justice. Si je le pouvais, je hausserais volontiers le plafond des réclamations de la division des petites créances à 100 000 $, étant cependant conscient que ça rendrait bien des petits cabinets d’avocats malheureux, comme ils perdraient alors une source de revenus importante.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était à vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je ne pense pas que les choses aient bien changé. Elles ne se sont, à mon avis, ni améliorées, ni détériorées. La perception du public envers les avocats est, il est vrai, légèrement négative, mais pas tellement différente de celle qu’a le public envers d’autres professions et envers les gens qui exercent un certain pouvoir dans la société, qu’il s’agisse de dirigeants d’entreprises, de politiciens ou de médecins.

Le fait que les membres d’une profession exercent un certain pouvoir en société fait en sorte qu’on a à son endroit de plus grandes attentes quant aux standards d’éthique à respecter. Les comportements se doivent d’être plus qu’irréprochables pour faire en sorte que le public ait une bonne opinion de ses membres, et il est de notre devoir de s’imposer de plus hauts standards pour rencontrer ces attentes.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant un jour se retrouver à la tête du département des affaires juridiques d’une division ou d’une compagnie?

À mon avis, commencer sa carrière en travaillant en entreprise constitue probablement une erreur. Devenir bon avocat implique, à mon avis, de « faire le tour du jardin » en cabinet et de travailler avec les meilleurs dans le plus grand nombre de domaines possible. Un stage en grand cabinet, avec l’encadrement qu’il procure, est une bonne façon, notamment, d’apprendre les bases juridiques sur lesquelles construire pour le reste de sa carrière. En entreprise, l’encadrement n’est forcément pas le même et la réalité fait en sorte que l’on se spécialise rapidement. Travailler en cabinet en début de carrière permet de travailler avec différents spécialistes, d’apprendre « de la bonne façon », avec des programmes de mentorat et de développement souvent plus sophistiqués que ce qui est disponible ailleurs.

En début de carrière, il faut aussi savoir « mettre les bouchées doubles » et ne pas avoir peur des « nuits blanches », s’il le faut. Ce sont ces premières années qui définissent le reste de notre carrière. Ce n’est pas après dix ou quinze ans qu’on peut remédier à la situation!

Si l’objectif est de par la suite travailler pour une multinationale faisant affaires partout dans le monde, il est presque nécessaire de faire aussi sa formation en Common Law.

Une fois au sein de la compagnie, il faut savoir non seulement être un avocat, mais savoir comment équilibrer les impératifs juridiques avec les impératifs d’affaires. Il faut passer d’une approche légaliste à une approche qui permette, au bout du compte, de livrer le produit. Ceux qui gravissent les échelons sont ceux qui sont capables de trouver des solutions qui fonctionnent sur le plan juridique, mais aussi sur le plan des affaires. Il est également nécessaire d’avoir de très bonnes connaissances dans une multiplicité de domaines : sans être expert dans tout, il faut pouvoir intervenir dans plusieurs champs de compétences, ce qui n’est souvent pas requis dans un cabinet d’avocats.

  • Un bon livre qu’il a lu et relu… 3 fois! « The Next 100 years » (auteur : George Friedman), qui traite de géopolitique mondiale, des puissances existantes et de celles de demain.
  • Le dernier bon film qu’il a vu : « Biutiful » (film espagnol dirigé par Alejandro González Iñárritu)
  • Son expression préférée : « Get to the point! »
  • Son péché mignon : Les petits chatons!
  • Ses restaurants préférés : Pour la nourriture, le Filet (à Montréal, avenue du Mont-Royal) et Kyubey (à Tokyo – avis aux amateurs de sushis!). Pour l’ambiance : Zuma (à Londres) et Hakkassan (à Londres)
  • Le pays qu’il aimerait connaître : Il a vu 45 pays avec Bombardier au fil des ans! Et lorsqu’il aime un pays, il y retourne en vacances. Dans le moment, c’est le Japon qui l’attire.
  • Le personnage qu’il admire le plus : Angela Merkel. Ce qu’elle a fait en accueillant des centaines de milliers de réfugiés est admirable, et constitue une véritable « bouffée d’air frais » avec la montée de l’intolérance aux États-Unis et ailleurs. C’est un modèle pour la planète, dit-il.
  • S’il n’était pas avocat, il serait…laitier, comme dans ses souvenirs de petit garçon…si le métier existait encore, évidemment!

Me François Ouellette est vice-président, Services juridiques, contrats, gestion des comptes de flottes et avions d'occasion pour Bombardier Avions d’affaires depuis juin 2015. Relevant directement du président de Bombardier Avions d’affaires, Me Ouellette fait partie de l'équipe de direction et gère à la fois les services juridiques et les contrats.

Me Ouellette a commencé sa carrière juridique en 1992 en litige commercial chez Mackenzie Gervais (maintenant connu sous le nom de Borden Ladner Gervais), l'un des principaux cabinets d'avocats au Canada. Il a rejoint Bombardier en tant que conseiller juridique pour Bombardier Aéronautique en 1997, et en a gravi tous les échelons.

En 2007, le magazine d’affaires pour les avocats, LEXPERT, l'a classé parmi les 40 meilleurs avocats au Canada de moins de 40 ans. Il a enseigné le droit commercial à l'école de commerce de l'Université de Montréal (HEC Montréal). Diplômé de l'Université d'Ottawa avec un diplôme en droit civil et Common Law (avec distinction), Me Ouellette est également titulaire d'un diplôme en sciences de l'Université de Moncton. Il est membre du Barreau du Québec depuis 1992.