Jordan Furlong
Jordan Furlong
Le Conseil national des barreaux français veut permettre à des investisseurs de prendre des participations dans les cabinets d'avocats.

Un récent rapport du lobby des barreaux de France relève la « forte demande des jeunes avocats à bénéficier d’investisseurs minoritaires aux profils les plus variés, afin d’apporter un soutien à leur démarrage et au développement de leurs activités », et donc de permettre des participations minoritaires au capital des cabinets en démarrage.

Un débat qui a toujours cours, au Québec et en Amérique du Nord.

Dans un rapport de consultation de 2014, l'Association du barreau canadien (ABC) signalait que les avocats qui créent de nouvelles structures « pour la prestation de services juridiques ont constaté des limites dues à l’impossibilité de solliciter des investissements extérieurs ».

C'est un frein à l'évolution des cabinets , note l'ABC, qui constate que « l’innovation exige nécessairement un contexte permettant des apports de capital et une diversification des structures ».

Les cabinets innovants—ou qui proposent simplement de nouveaux modèles d'affaires—ont donc besoin d'une « libéralisation des cadres réglementaires », et même d’investisseurs en capital de risque.


Les cabinets québécois sont-ils à l'aise avec la venue de capitaux ?

Certains craignent pour l'indépendance des avocats s'ils sont soumis à des influences financières externes. Les consultations de l'ABC relèvent cependant que plusieurs avocats, les conseillers juridiques d'entreprise notamment, travaillent déjà dans des sociétés publiques où la gestion par des non-avocats s'accorde avec des responsabilités déontologiques.

L'avantage de faire appel à de l'argent extérieur au monde juridique est multiple.

On peut réaliser des gains en matière de gestion organisationnelle et financière apportée par des investisseurs externes au droit.

Les cabinets sollicitant des souscriptions devront produire des modèles d'affaires, faire des études de marché, et avoir une bonne compréhension de leurs structures de coûts, par exemple.


Un déséquilibre dans le marché

Alors que la France propose le placement privé pour participer au capital, le Royaume-Uni et l'Australie misent sur les appels publics à l'épargne en permettant l'entrée en bourse des cabinets d'avocats.

« C'est une idée qui ne semblent avoir encore prise en Amérique du Nord », remarque le consultant Jordan Furlong, président et associé principal de Law21, à Ottawa. C'est le cas tant au États-Unis, pays du capitalisme, qu'au Canada, où les similitudes avec les contextes anglais et australiens auraient pourtant présager une émulation.

Avec la concurrence qui se fait de plus en plus sentir, la diversification des offres et les attentes des clients, la difficulté de faire financer son développement autrement peut avoir des conséquences fâcheuses, croit-il.

« Les cabinets perdent la guerre pour du recrutement et de la rétention des meilleurs talents », ajoute Jordan Furlong, dont le cabinet guide les avocats dans leur développement d'affaires.
Les grandes firmes comptables, tels Deloitte et KPMG, qui ont mis sur pieds des cabinets juridiques pour diversifier leur offre, n'ont pas les mêmes contraintes que les cabinets.

« Cela fait en qu'il y a un déséquilibre dans le marché, poursuit Jordan Furlong. Les règles ne sont pas les mêmes pour les professions que les avocats concurrencent. »