Blandine Gardey de Soos
Blandine Gardey de Soos
Ne l’appelez pas encore « maître ». Blandine Gardey de Soos est encore « seulement » juge. Elle est en attente de la décision du CA du Barreau pour devenir officiellement une avocate québécoise. Mais elle n’est en tout cas pas loin de le devenir.

Cette juge française de 37 ans est venue s’installer au Québec il y a quelques mois à peine : « nous avions ce projet avec mon mari depuis de nombreuses années. Il s’est avéré qu’il a été muté ici récemment, c’était l’occasion parfaite », dit-elle.

Pour se « mettre à la page québécoise », Blandine Gardey de Soos a dû suivre des cours à l’école du Barreau, à Montréal. « Je me suis retrouvée avec des jeunes dans la début vingtaine, ça ne m’a pas vraiment dérangé. Je crois que c’était eux qui étaient plutôt timides », explique-t-elle avec bienveillance.

Grâce aux accords existant entre la France et le Québec, Blandine Gardey de Soos, qui a dû intégrer le Barreau d’Angers (nord ouest de la France) pour devenir avocate en France, peut désormais le devenir aussi au Québec, en passant un examen de déontologie et en obtenant l’aval du CA du Barreau.

« J’ai trouvé les cours passionnants. J’ai pu mesurer la différence entre la déontologie d’un avocat français et d’un avocat québécois. Je me suis rendue compte que je me sens plus en phase avec la déontologie québécoise. Il y a une vraie confiance entre les avocats et les juges ici, la fonction est très respectée », explique-t-elle.

La juge a également été étonnée par la notion de conflit d’intérêt qu’elle qualifie de « plus développée » au Québec.

Mme Gardey de Soos se dit aussi agréablement surprise par la mission que se fixe le Barreau du Québec : « le fait qu’il mette en avant la protection du public plus que la protection de la profession, je trouve cela vraiment bien, ça me parle beaucoup ».


Tisser des liens

En attendant d’être inscrite au Tableau de l’ordre, elle exerce en tant qu’avocate française pour des particuliers, et ce, uniquement en droit français. « J’offre des conseils juridiques aux Français expatriés dans le monde entier, mais également aux cabinets d'avocats québécois qui me demandent conseil lorsqu'ils traitent d'un dossier présentant un élément d'extranéité pouvant emporter application du droit français », explique-t-elle.

Dans l’idéal, la juge aimerait pouvoir trouver un cabinet qui aurait besoin de quelqu’un expert en droit français, « tout en me permettant d’élever mes compétences en droit québécois ».

Pour cela, Blandine Gardey de Soos compte sur le réseau qu’elle a tissé depuis son arrivée. Lors de 5@7, de visites du tribunal puis de contact en contact, elle a pu rencontrer des juges et des avocats. « J’ai été frappée par leur bienveillance, j’ai senti que tout le monde était prêt à m’aider », témoigne-t-elle.

Elle prend d’ailleurs plaisir à échanger avec eux : « Je me rends compte que nous avons la même façon de réfléchir, même si le droit est différent entre nos deux pays. Mais je me sens proche intellectuellement des avocats québécois », dit-elle.

Évidemment, la jeune juge a bien conscience qu’il faut « tout recommencer » et qu’elle part de zéro. « Il faut refaire ses preuves, mais c’est plutôt stimulant ».

Blandine Gardey de Soos se concentre donc sur le développement de ses contacts, de quoi oublier un peu les douceurs de la France qui lui manquent.


Juge à 24 ans, c’est possible... en France

En France, deux formations distinctes existent. Ainsi, il y a d’un côté l’examen du barreau pour devenir avocat et de l’autre, l’École nationale de la magistrature, qui permet de devenir entre autres juge. Sur 7000 candidats, environ 200 ont été acceptés l’année ou Blandine a passé ce concours.

Deux ans et demi plus tard, elle en sort juge. Elle n’a alors que 24 ans. Mme Gardey de Soos a exercé au Tribunal de grande instance de Versailles ou encore au Tribunal d’instance de Boulogne-Billancourt, en région parisienne.

« C’est vrai que nous étions privilégiés, nous avions une vue magnifique sur le château de Versailles, ça me manque un peu… Mais ici, j’adore prendre de la hauteur et embrasser toute la diversité de Montréal », raconte-t-elle.

Ses collègues aussi lui manquent, elle qui apprécie tant pouvoir débattre du droit. D’ailleurs, elle confie que la plupart d’entre eux n’ont pas compris sa décision. « C’est vrai qu’on a un statut social important, mais ce n’est pas ça qui m’a poussé à devenir juge », dit-elle. C’est plutôt l’idée d’exercer un travail à responsabilité, qui a une vraie influence sur les citoyens.

Les 13 prochaines années, car l’État français le lui permet, Blandine Gardey de Soos va garder son statut de juge. Une place dans un tribunal l’attend si elle décide de rentrer d’ici là. Mais pour l’instant, la vue du belvédère du Mont-Royal semble largement rivaliser avec le château de Versailles.