Les avocats, principaux responsables du blanchiment d’argent?
Les avocats, principaux responsables du blanchiment d’argent?
Kim Marsh, ancienne tête dirigeante de la sous-direction du crime organisé de la Gendarmerie Royale du Canada, rejette tout le blâme sur les avocats en matière de fraude en cravates. C’est en effet ce qu’il a déclaré lorsque questionné par le Canadian Lawyer Magazine à cet égard.

« En ce qui me concerne, le plus gros problème avec le blanchiment d’argent au Canada, ce sont les avocats », déclare celui qui réside à présent à Vancouver.

Il soulève ainsi la question de l’implication des avocats dans les fraudes de leurs clients, qui se pose particulièrement dans la foulée de la « filière africaine » dévoilée par le Journal de Montréal. Cette affaire a révélé que de nombreux dictateurs africains et leurs proches investissent massivement dans l’immobilier au Québec en toute impunité.

La Cour suprême a-t-elle ouvert la porte ?

Usage du français ou législation laxiste, qu’est-ce qui attire les potentats africains, mais aussi d’autres malfrats, en sol canadien? Il semble que ce soit l’arrêt de la Cour suprême P.G. Canada c. Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada, rendu en 2015, qui ait ouvert la boîte de Pandore.

Rappelons que cette affaire a consacré le droit de l’avocat de ne pas avoir à recueillir, et conserver, au profit du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE), les documents et renseignements afin de vérifier l’identité des personnes pour le compte desquelles elles paient ou reçoivent de l’argent.

De nombreux experts s’accordent avec M. Marsh : le temps où le blanchiment d’argent était sous forme de liquide, dans un sac de sport, est révolu. Les techniques développées sont de plus en plus sophistiquées. Et plus elles le sont, plus l’intervention d’un expert est nécessaire. Or, comme les avocats bénéficient justement de la primauté du secret professionnel, ils sont considérés plus « sûrs » par leurs clients, et sont donc susceptibles de se retrouver, volontairement ou non, dans des histoires de blanchiment…

C’est d’ailleurs ce que déplore une récente étude menée par l’organisme Transparency International. Le problème, c’est qu’il est difficile de déterminer exactement combien d’avocats ont fait partie de telles combines.

L’opposition réclame une enquête

L’affaire plus précise de la « filière africaine » fait présentement des remous à Ottawa. En effet, les oppositions néodémocrate, conservatrice et bloquiste ont fait front commun pour demander qu’une enquête soit tenue concernant l’achat d’immobilier par des despotes africains, révèle le Journal de Montréal.

Cependant, le CANAFE n’a pas de pouvoirs d’enquête, et son rôle se limite à fournir les informations qu’il collecte aux forces policières.