1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession?

Me Pierre-Luc Desgagné
Me Pierre-Luc Desgagné
Mon premier choix est allé vers le droit, s’agissant d’une formation de base qui me paraissait rigoureuse et qui pouvait ouvrir la porte à une carrière diversifiée. Il y avait peut-être aussi un peu de génétique dans tout cela, comme plusieurs personnes dans la famille sont avocats et que j’ai été élevé entouré de recueils juridiques. Cela dit, je n’ai jamais senti de pression à cet égard.

Je me disais donc, à l’époque, que j’allais certainement pratiquer, mais que j’allais aussi probablement faire autre chose. Aujourd’hui, je suis convaincu que je n’aurais pas eu cette carrière diversifiée si je n’avais pas fait le droit.

J’ai ainsi pratiqué quatre ans chez Grondin Poudrier Bernier, puis ai fait le saut en politique. Il y avait un certain naturel à tout cela : les avocats s’intéressent très souvent à la chose publique, et le jargon, les projets de loi et autres notions politiques ne nous sont souvent pas étrangers.


2. Quels sont les plus grands défis professionnels auxquels vous avez fait face au cours de votre carrière?

Sur le plan des dossiers, mon plus grand défi a été celui du dossier de la crise du verglas. Je travaillais au Cabinet du Premier ministre Lucien Bouchard à l’époque. Pendant vingt jours, nous avons fait face à une situation de crise où les éléments, plutôt que nous, décidaient du cours des choses, en plein hiver et sans compter les vagues de froid qui ont suivi. Le Premier ministre et la direction d’Hydro-Québec ont refusé de céder, puis ont ensuite encadré les mesures de soutien à la population et travaillé à s’assurer que les communications fonctionnent et que le courant revienne. Ce fut un apprentissage de la capacité d’adaptation du gouvernement en situation de crise : il fallait mobiliser toutes les fonctions gouvernementales vers un objectif commun. Lorsqu’on en fait le bilan aujourd’hui, on peut dire que les choses se sont plutôt bien terminées.

Sur le plan personnel, mon défi est de réussir, aujourd’hui, mon retour à la pratique privée dans un cabinet de la qualité de celui de Langlois, où la « barre est mise haute ». Il me faut réussir à bien servir les clients du bureau et à obtenir la confiance des clients actuels et potentiels, savoir maintenir un bon rythme, bien réussir mon intégration à l’équipe existante et soutenir le cabinet dans ses projets et son expansion.

Dans le passé, mon défi en a davantage été un de gestion : il m’a fallu investir du temps et des efforts pour devenir le gestionnaire que je suis devenu. Hydro-Québec a été une formidable école en ce sens. Superviser des équipes, faire et respecter les budgets, livrer les projets dans les délais et déterminer qui sont les bonnes ressources à mettre aux bons endroits ne sont pas nécessairement des choses qu’on apprend en devenant avocat!


3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, j’améliorerais l’accès à la justice, une cause qui me tient à cœur et à laquelle je travaille à travers mon implication auprès de Pro Bono Québec. Il est triste de voir qu’il est aussi difficile d’avoir accès au système et que les délais demeurent si importants, surtout considérant la grande qualité du système judiciaire que nous avons.


4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je suis d’avis que la profession a changé pour le mieux, et que la perception du public a suivi la même direction.

Règle générale, les avocats ont, en effet, appris à être plus disponibles et accessibles. La profession s’est par ailleurs, et pour le mieux, diversifiée, le droit s’étant en ce sens adapté à ce qu’est devenu le Québec. Des efforts manifestes, notamment du Barreau du Québec, ont été entrepris pour faire de la profession une profession plus ouverte. Les outils disponibles, plus nombreux, et le fait que les avocats sont plus présents dans le public contribuent aussi à ce changement de perception positif.


5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant utiliser le droit pour faire autre chose?

À mon avis, l’erreur à ne pas faire en début de carrière est de rester dans un poste ou des fonctions qui nous rendent malheureux. Il ne faut en effet pas se gêner pour « faire des essais » et se reconnaître, à certaines occasions, le droit à l’erreur. A 26, 27 ou 28 ans, on peut se permettre d’essayer pour vérifier si tel ou tel emploi nous convient ou non.

Il est aussi important de garder l’esprit ouvert quant aux opportunités qui nous sont présentées et de développer sa polyvalence. De plus en plus, la polyvalence, qui implique aussi la capacité d’adaptation, est une qualité qui devient essentielle. Les gens aux expériences diversifiées sont souvent meilleurs que d’autres dans leur emploi en ce qu’ils ne sont pas unidimensionnels. Évidemment, je n’exclus pas ici la possibilité d’éventuellement se spécialiser lorsqu’on « trouve sa niche ». Il s’agit simplement de ne pas s’en préoccuper outre mesure dès le départ.


  • Le dernier bon livre qu’il a lu : Le piège Daech (auteur : Pierre-Jean Luizard)
  • Il a aimé regarder : Arrival (réalisateur : Denis Villeneuve), et la série « Plan B » (réalisateur : Jean-François Asselin)
  • Sa chanson fétiche : On ira (auteur : Jean-Jacques Goldman)
  • Son expression préférée : « Tout est bon dans le poulet! » , en ce sens que, de la même façon que presque tout est bon dans le poulet, il convient d’examiner toutes les options, de « mettre toutes les idées sur la table » et de soulever toutes les pierres devant un problème donné, plutôt que de se limiter.
  • Ses péchés mignons : Sans hésitation: les chips au barbecue! Aussi : un bon verre de pinot noir la fin de semaine.
  • Ses restaurants préférés : Victoire (rue Mont-Royal à Montréal) et les restaurants de Jérôme Ferrer.
  • Il aimerait visiter... la Slovénie.
  • Le personnage historique qu’il admire le plus : Charles de Gaulle, pour la force de ses convictions, qui ont contribué à changer l’histoire!
  • S’il n’était pas avocat, il serait... « morning man » à la radio! En effet, n’est-ce pas une belle marque de confiance du public lorsqu’il choisit de se lever avec toi pour être informé le matin?



Me Pierre-Luc Desgagné est associé du groupe de droit des affaires chez Langlois avocats à Montréal. Il conseille les clients en droit de l’énergie, de l’environnement, du travail, en gouvernance, en négociations et en affaires gouvernementales.

Fort d’une expérience variée tant dans le milieu des affaires que dans la sphère politique, son expertise est également reconnue dans la gestion de crise et les affaires publiques. Il a aussi développé des connaissances approfondies dans des dossiers liés à l’acceptabilité sociale des projets de développements.

En plus d’avoir été chef de cabinet adjoint du premier ministre du Québec, M. Lucien Bouchard, Me Desgagné a géré des dossiers complexes et variés comme membre de la haute direction d’Hydro-Québec. Il y a notamment occupé les fonctions de Vice-président affaires corporatives et secrétaire général. À ce titre, ces fonctions allaient des affaires publiques aux affaires juridiques en passant par l’environnement et les relations avec les milieux locaux.