Les avocats ont-ils un problème avec l’alcool ?
Les avocats ont-ils un problème avec l’alcool ?
Cette étude, menée conjointement avec la Fondation Hazelden Betty Ford, a déterminé qu’un avocat sur trois est un buveur à problèmes, que 28 % souffrent de dépression et 19% d’entre eux montrent des symptômes d’anxiété.

L’étude complète a été publiée en janvier 2016 dans le Journal of Addiction medicine.

Elle a été réalisée sur 12 825 avocats de 19 États américains différents. Ils ont chacun répondu à un questionnaire dans lequel on leur demandait de mesurer leur consommation d’alcool et la qualité de leur santé mentale.

En gros, 85% de tous les avocats interrogés ont bu de l’alcool l’année précédente, tandis que 65% de la population globale en consomme.


Un problème « culturel »

Il a été déterminé que les problèmes liés à l’alcool chez les avocats étaient supérieurs de 15% à ceux des chirurgiens et plus globalement, supérieurs à la moyenne nationale.

Une étude réalisée en 2014 par l'Institut national sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme a en effet révélé que 6,8% des Américains âgés de plus de 18 ans avaient des troubles liés à l'alcool.

Les avocats qui travaillent en cabinet sont ceux qui abusent le plus de l’alcool selon les résultats de l’étude, notamment les avocats juniors, suivis par les avocats seniors et les associés juniors.

D’après The American Lawyer, les bouteilles de boissons alcoolisées sont souvent présentes dans les bureaux des associés et les 5@7 sont monnaies courantes. Sans compter les nombreux événements tels que les barbecues ou les rencontres sportives dans lesquelles l’alcool coule, semblerait-il à flots.

De quoi alimenter la théorie de Patrick R. Krill, co-auteur de l'étude et avocat qui dirige le programme de traitement des toxicomanies Hazelden pour les avocats et les juges. D’après lui, ces chiffres pourraient indiquer «la nature culturelle du problème de l'alcool» dans le milieu juridique.

« Lorsque vous travaillez en cabinets, vous baignez dans cette culture. Le problème est que boire de l’alcool est normalisé. Les avocats sont aussi poussés à socialiser avec les clients, ce qui implique souvent de l’alcool », écrit M. Krill.

Le rapport ne retrace pas l'origine du problème, mais révèle que les jeunes avocats sont mis sous pression car ils font face à de lourdes dettes étudiantes et un marché du travail de plus en plus difficile.


Un avocat sur cinq au Québec

Au Québec, le Barreau a mis en place le Programme d’aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA) qui est un service d’aide et de consultation offert à tous les membres souffrant d’alcoolisme, de toxicomanie, du syndrome d’épuisement professionnel, de stress ou d’autres problèmes de santé mentale.

En 1998, le Barreau publiait déjà un rapport sur la question dans lequel il disait que « selon des études menées dans plusieurs régions différentes, le taux d’alcoolisme dans la communauté juridique se situe entre 15% et 24%. Grosso modo, un avocat sur cinq est alcoolique. Bien sûr, le corollaire est vrai, c’est-à-dire que la majorité n’a pas de problème d’alcool ».

Le document évoque le stress, la concurrence, la spécialisation et la complexité des dossiers comme facteurs d’explication.


Aussi de la drogue

Dans leur étude, l’American Bar Association et la Fondation Hazelden Betty Ford ont également posé plusieurs questions sur l’usage de drogues dans le milieu juridique.

Aux États-Unis, le problème a été mis en lumière lorsqu’un associé du cabinet Wilson Sonsini Goodrich, en Californie, est décédé d’une surdose de drogues en 2015.

Seulement 3 419 avocats sur les 12 825 auraient répondu. M. Krill analyse : « 75 % ont ignoré cette section comme si le problème n’existait pas. Ils avaient peur de répondre ».

Parmi ceux qui ont répondu, 5,6% ont avoué prendre de la cocaïne, du crack ou des stimulants, 10,2% fument de la marijuana ou du haschich et près de 16% prennent des sédatifs.