Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Dans un article publié le 21 novembre dernier sur Droit-Inc.com (que vous pouvez relire en cliquant ici), le Dr Larry Richard, un psychologue et avocat américain, faisait état de tests et de recherches démontrant que, selon lui, les avocats ont un cerveau différent des autres professionnels, « alors que les indicateurs tels l’intuition, le raisonnement, l’ambition, les placent aux antipodes de la population en général. Les pires scores obtenus en matière de résilience face au changement et l’empathie le sont chez les avocats. Et meilleurs sont les avocats, pires sont les scores. Cela se confirme tant empiriquement qu’anecdotiquement. »

Toujours selon ce psychologue avocat, « alors que le monde entier concède que l’économie ne sera plus jamais la même depuis la crise financière des dernières années, les avocats sont, pour l’immense majorité, convaincus que tout reviendra à la normale, qu’ils n’ont qu’à laisser passer la vague et que les affaires reprendront ».

En résumé, notre cerveau nous rendrait incapables de surmonter les changements importants qui touchent toute l’économie mondiale, ainsi que la pratique de notre profession, depuis maintenant plus d’une bonne décennie.

Est-ce vraiment le cas?

Est-ce là l’une des explications à la réticence de plusieurs d’entre nous à vraiment intégrer les modes non judiciaires de règlement des différends à leur pratique professionnelle et à apprendre à en tirer avantage (autant pour nos clients que pour nous)?

Le marché des services juridiques n’échappe pas aux changements de plus en plus importants qui affectent tous les secteurs de l’économie.

Malgré que ces changements soient pour la plupart visibles et prévisibles, plusieurs grandes entreprises possédant pourtant des ressources importantes n’ont pas réussi à y faire adéquatement face. Je pense notamment ici à la déconfiture de plusieurs grands détaillants (dont Sears Canada) et aux remous qui secouent l’industrie du taxi (avec l’arrivée de nouveaux joueurs apportant une offre actualisée, tels Uber et Téo Taxi) et le monde de l’hébergement à court terme (avec l’arrivée de AirBnB et de ses semblables).

Pensons aussi à la disparition quasi complète, au cours de la dernière décennie, des clubs vidéo qui généraient d’importants revenus jusqu’à l’arrivée des services de films en ligne et aux secousses importantes auxquelles sont confrontées depuis quelques années maintenant les agences de courtage immobilier et les agences de voyages.

Plus près de nous, le Barreau du Québec et la Chambre des notaires du Québec annonçaient récemment que la Cour supérieure du Québec avait rejeté leur recours en jugement déclaratoire et en injonction institué en 2011 contre des entreprises d’assurances-titres « afin, notamment, que ces sociétés cessent de préparer, de rédiger ou de dresser des actes (prêts hypothécaires, actes de prêts pour fins de subrogation, actes de quittance subrogatoire et actes de radiation) et de donner des avis et des consultations d’ordre juridique pour le compte d’autrui, ces actes étant du ressort exclusif des notaires et des avocats. »

Voyez-vous le lien entre tout cela et la médiation (ainsi que les autres modes privés de règlement de différends)?

Il y en a pourtant un, et il est de taille.

La médiation et les autres modes privés de règlement des différends constituent à la fois une immense opportunité et un immense risque pour notre profession.

Ils sont là pour rester, ils progressent rapidement dans un nombre sans cesse croissant de secteurs d’activités et ils sont en train de prendre la première place comme moyens pour régler des différends et des litiges.

Or, tout comme cela semble être le cas pour la préparation d’actes hypothécaires, les pratiques de médiateur, d'arbitre, de coach en règlement de différends ou d’expert dans la mise en place d’outils privés de règlement de différends et de litiges ne sont pas des champs d’activités exclusifs aux avocats.

Par ailleurs, les avocats (qui sont encore, quoique de moins en moins, parmi les premiers professionnels consultés en cas de différend sérieux) sont dans une position privilégiée pour occuper une place de choix dans l’univers de la médiation et des modes privés de PRD.

Par contre, si les avocats n’occupent pas dès maintenant ce secteur d’activités en pleine croissance, d’autres le feront (plus précisément, le font déjà), ce qui aura comme conséquence d’accélérer la diminution (qui est déjà amorcée depuis quelques années) du nombre de litiges confiés à des cabinets d’avocats.

Face à ces changements inéluctables dans notre marché, demeurerons-nous, comme le prévoirait sans doute le Dr Larry Richard, passifs en étant « convaincus que tout reviendra à la normale, qu’ils n’ont qu’à laisser passer la vague et que les affaires reprendront » ou déciderons-nous plutôt d’évoluer en changeant notre rôle en matière de différends et de litiges pour devenir de véritables « Maîtres en solution » plutôt que, comme nous sommes souvent perçus, des professionnels qui attisent et prolongent un différend.

Je vous invite à me contacter (par courrier électronique à jhgagnon à jeanhgagnon.com ou par téléphone au 514.931.2602) pour toute question ou tout commentaire.

Jean


Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre.