L’examen du Barreau du Canada plus pertinent que celui des États-Unis ?
L’examen du Barreau du Canada plus pertinent que celui des États-Unis ?
C’est en tout cas que dit un trio de professeur de droit, dans un article sur Law.com intitulé « Comment améliorer l’examen du Barreau : regarder au Nord ». Ils critiquent le fait que l'examen américain n'évalue pas assez les compétences dont les avocats ont vraiment besoin.

Pour eux, mémoriser les règles juridiques ne fait aucun sens puisqu'elles se trouvent facilement dans les livres. Il vaudrait mieux se concentrer sur d'autres compétences telles que les entretiens avec les clients ou la négociation.

Intense

Me Marc-André Cyr a passé déjà trois examens de trois barreaux différents. L'un au Québec, l'autre en Ontario et le dernier, dans l'État de New York. S’il a réussi les deux premiers, les résultats du dernier lui seront communiqués à la fin du mois d’octobre.

Ce diplômé de l'Université Laval en 2011 explique : « les examens se déroulent sur deux jours. Nous avons une première épreuve qui consiste à rédiger une note de service qu'on offrirait si on travaillait dans un bureau et qu'un avocat nous demandait une opinion. Puis, on a six questions à développer. Le lendemain, on a 200 questions à choix de réponses multiples ».

Il qualifie le processus d' « intense ». Il faut dire qu'au Québec, les étudiants disposent d'un jour pour souffler entre deux journées d'épreuves.

Cours préparatoires à 3000 $

Me Cyr, qui a étudié cette année le droit à Harvard dans le but d’exercer aux États-Unis, explique également qu'ils ont bien plus de temps pour se préparer au Canada. « Tandis qu’aux États-Unis, on termine son bac ou sa maîtrise deux mois avant l'examen, ce qui nous laisse peu de temps pour nous préparer », dit-il.

Il ne faut donc rien laisser au hasard. C'est ainsi que la plupart des étudiants décident de faire appel à des compagnies privées qui font leur promotion de manière « assez agressive » sur les campus. Elles offrent des cours préparatoires à l'examen du Barreau. Celle qu'a choisie Me Cyr coûtait 3 000 $.

Quant au contenu de l'examen, Me Cyr l'a trouvé plus difficile qu'au Québec ou en Ontario, « mais peut-être parce que je n'avais pas tout le bagage du droit américain », balance-t-il.

Livre ouvert… ou fermé ?

Mais la principale différence avec nos voisins du sud se résume à la manière d'organiser l'examen. « Au Canada, du moins en Ontario, on a le droit de s'aider de n'importe quel document, à nos notes, aux livres… Aux États-Unis, il y a un vrai travail de mémorisation », témoigne le Québécois.

C'est ce que déplorent Andrea Curcio, professeure du Collège de droit de l'Université de Géorgie, Carol Chomsky de l'Université de Minnesota et Eileen Kaufman, du Touro College Jacob D. Fuchsberg.

« Contrairement aux examens américains, l'examen canadien est à livre ouvert. Il teste donc la capacité de trouver et de traiter les informations pertinentes plutôt que la capacité de mémoriser les règles. Il teste une gamme plus large de compétences en droit de l'avocat que les examens américains, et il le fait dans le contexte réel des avocats qui traitent avec des clients et non pas à travers des problèmes analytiques abstraits. »

Marc-André Cyr tient tout de même à apporter quelques nuances: « nous n’avons pas le temps de feuilleter tous nos livres durant l’examen, donc il faut tout de même avoir une bonne connaissance à la base et être capable de trouver ce dont on a besoin rapidement ».

D'ailleurs, une révision de l'examen aux États-Unis est en discussion. Les taux de réussite auraient chuté dans de nombreux états au cours des trois dernières années, d'après Andrea Curcio. Un nombre croissant de juridictions, dont la Californie et l'Ohio, travaillent actuellement ou envisagent de travailler sur sa refonte.

Erica Moeser, présidente de la Conférence nationale des examinateurs de bar, a défendu l'examen en disant qu'il ne s'agit pas que d'un simple exercice de mémorisation. L'examen actuel teste les connaissances juridiques, mais il « implique aussi des connaissances et une capacité de raisonnement», a-t-elle dit au site Law.com.

Le test de l'Ontario n'est pas parfait, ont cependant reconnu les professeurs de droit. Il n'évalue pas toujours les compétences expérimentales. Mais les nouveaux avocats de la province doivent effectuer un stage, ce qui les aide à développer des compétences réelles.