Cet automne, les nouveaux étudiants de l’École du Barreau ne vont en cours que la moitié du temps, alors que leurs autres séances sont en ligne
Cet automne, les nouveaux étudiants de l’École du Barreau ne vont en cours que la moitié du temps, alors que leurs autres séances sont en ligne
Bienvenue à l’École du Barreau 2.0! À la session d’automne, les cours préparatoires sont pour la moitié dispensés directement sur Internet. Le virage numérique, amorcé à l’automne 2016, gagne en importance cette année, alors que huit des 16 sujets étudiés le sont en ligne. En termes de séances, 22 sur 52 sont présentées par capsules informatiques.

Pour rappel, les cours préparatoires, optionnels pour les étudiants, se veulent une mise à niveau en quatre mois de tous les sujets de droit étudiés à l’École du Barreau. Ils ne sont offerts que durant les sessions d’automne.

Cette année, les étudiants n’auront pas à se déplacer à l’École pour les cours de responsabilité civile, de droit du travail et de l’emploi, de santé et de sécurité du travail, de droit de la faillite, de priorités et hypothèques, de preuve civile, de droit de la famille et de procédure civile.

Ce n’est qu’un début. Dans quelques années, on doit s’attendre à ce qu’il n’y ait plus aucun cours théorique dispensé en personne aux cours préparatoires.

Accent sur les aptitudes

Me Étienne Dubreuil, porte-parole de l’École du Barreau
Me Étienne Dubreuil, porte-parole de l’École du Barreau
Qu’est-ce qui explique cette décision de l’École? « Il y avait de nombreuses critiques à l’égard des cours préparatoires, considérés trop théoriques », nous apprend Me Étienne Dubreuil, porte-parole de l’École du Barreau. L’École n’a pas pour rôle d’offrir une quatrième année de baccalauréat aux étudiants », rappelle-t-il.

Pour cette raison, la direction a décidé de miser davantage sur les habiletés des juristes, plutôt que sur les connaissances théoriques. « Parfois, même si une solution juridique claire existe, elle n’est pas toujours la meilleure, dit Me Dubreuil. Par exemple, si le droit donne clairement raison à un client relativement à un litige de clôture mitoyenne, mais que le voisin concerné vient de divorcer et est au bord de la faillite, la voie judiciaire n’est peut-être pas la solution! C’est ce que l’on tente à présent de mettre en relief », explique Me Dubreuil.

« Quant aux connaissances, l’étudiant en est responsable, déclare Me Dubreuil. C’est donc à lui de vérifier, conjointement avec sa Faculté de droit, quels cours il doit suivre pour arriver préparé à l’École du Barreau. »

Par exemple, à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, les cours de sûretés, de rapports collectifs de travail et de vente et louage en droit civil, pourtant des sujets susceptibles de se retrouver à l’examen du Barreau, ne sont pas obligatoires. Au Département des sciences juridiques de l’UQÀM, les deuxièmes cours de droit des affaires, de droit de la famille et de droit pénal, bien qu’offerts, sont optionnels.

Dans ces circonstances, il y aura donc toujours des possibilités de mise à niveau pour les étudiants n’ayant pas suivi ces cours. Seulement, ces mises à niveau seront évaluées au cas par cas par l’étudiant lui-même.

« Supposons un cours préparatoire en droit de la famille, illustre Me Dubreuil. Si seulement dix étudiants sur 25 n’ont jamais suivi de cours dans ce domaine au baccalauréat, ils retarderont les quinze autres avec des questions et des incompréhensions de la matière déjà assimilée par le reste de la classe ».

L’approche préconisée, donc, veut mettre à la disposition des étudiants toutes les capsules en ligne, leur laissant le soin de choisir celles concernant des domaines dans lesquels ils ont des lacunes.

Impacts sur la formation professionnelle

Par ailleurs, il est certain que ce virage fera aussi sentir ses effets sur la formation professionnelle, qui regroupe les quatre mois de cours obligatoires, assure Me Dubreuil. À ce stade cependant, la manière de procéder demeure encore incertaine.

Quoi qu’il en soit, le porte-parole de l’École se dit emballé par ces changements, même si ceux-ci arrivent plus lentement que souhaités. Il dit voir là une adaptation nécessaire du Barreau à la pratique, notamment en regard des nouvelles technologies de l’information et du nouveau Code de procédure civile, qui préconise les modes alternatifs de résolution des conflits.