Question:

J’envisage de prendre un peu de recul et si possible prendre une année sabbatique. Je me demandais si c’est possible dans le domaine juridique. Merci de votre aide.


Réponse:

Cher lecteur,

Pierre Arcand
Pierre Arcand
C'est un peu le rêve de bien des juristes. Malheureusement, il est rare qu'il puisse se réaliser. À moins que vous ne travailliez dans la fonction publique ou quasi-publique et même là, uniquement dans certains postes ou la convention collective le prévoit.

Si vous œuvrez en entreprise ou en cabinet, ne rêvez pas trop. Peut-être qu’on pourrait vous accommoder si le « timing » est bon mais on évaluera, avant d’y consentir, le risque de créer un précédent nocif pour le bon fonctionnement de l’équipe en place. L’éventualité la plus probable est qu’on vous dise que vous êtes libre de prendre votre année mais qu’on ne peut vous garantir votre place à votre retour. Dans le fond, vous démissionnez et si on a besoin de vous dans 12 mois, on vous ré-embauchera.

Ne sautez pas pour autant à la conclusion que le domaine juridique est inflexible et ne respecte pas ses employés. Vous feriez face à la même situation dans la majorité des secteurs de l’économie et à plus fortes raisons dans le secteur des services comme celui des avocats. La réalité économique d’aujourd’hui, ou plutôt les objectifs économiques des employeurs, ne permettent pas de laisser un employé partir pour un an et lui garantir son poste à son retour. À moins que le Législateur ne l'impose, comme dans le cas des congés parentaux, cette situation n'est pas prête de changer.

Ceci étant dit et après avoir « crevé votre bulle », j’apporte un bémol. Je pense à deux situations pour lesquelles un gestionnaire serait plus ouvert à l’idée de consentir à votre demande. Cependant, dans ces situations, on ne réfère pas à une année sabbatique mais plutôt à un congé sans solde..

1- Vous désirez prendre une année pour parfaire votre formation (MBA, Maitrise, etc..). Dans ce cas, le gestionnaire pourrait voir cela comme un investissement à moyen terme et consentir à votre demande. Certaines entreprises ou cabinets ont même des politiques à ce sujet, particulièrement les grands cabinets. Certains vont cependant favoriser les formations « en action », celles-ci permettant à l’employé de continuer à travailler mais avec un horaire allégé.

2- Vous avez besoin de ce break pour des raisons personnelles. La maladie ou les autres impondérables de la vie ne choisissent pas à quel moments ils frappent. Vous êtes sur le bord du burn-out sans être rendu là, un proche est gravement malade ou encore vous devez suivre votre conjoint(e) qui est transféré à l’étranger pour une année. Il est fort probable, compte tenu des circonstances et si vous êtes un employé apprécié, que votre supérieur trouvera une façon de vous accommoder.

Par ailleurs, en toute situation, vous auriez intérêt à utiliser l’expression « congé sans solde » plutôt qu’année sabbatique, une simple question de perception.

J’espère que vous ne serez pas trop déçu de ma réponse et je vous souhaite une bonne semaine à défaut d’une bonne année….

Sur l'auteur

Pierre Arcand s'est spécialisé en recrutement juridique après avoir pratiqué le droit pendant une douzaine d'années. Ayant été associé au sein de cabinets boutiques ainsi que d'un important cabinet de Montréal, il connaît bien la communauté juridique et les enjeux reliés à la pratique du droit tant en cabinet qu'en entreprise. Arcand et Associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement de cadres et de professionnels, a été fondée en 1999. Pierre Arcand et son équipe apporte un soutien professionnel tant aux entreprises qu'aux cabinets qui cherchent à recruter les meilleurs candidats disponibles.