Traci Ribeiro
Traci Ribeiro
Traci Ribeiro est célibataire et n’a pas d’enfant. Elle travaillait pour le cabinet Sedgwick, à Chicago. Mais c’est en Californie, lieu de fondation du cabinet, que le procès de Me Ribeiro face à son employeur a commencé. En avril dernier, les deux parties avaient conclu un règlement provisoire. Le 3 août, l’ABA Journal apprenait qu’elle ne travaillait plus aux bureaux de Chicago de Sedgwick.

Me Ribeiro est l’une des deux associées à avoir poursuivi son cabinet au cours des deux dernières années en l’accusant de discrimination fondée sur le sexe. Elle prétend que les associés de sexe masculin, à performance équivalente, voire inférieure, ont gagné plus qu’elle.

Elle est représentée par David Sanford, un avocat spécialisé en droit du travail, basé à Washington.

Plusieurs données statistiques montrent que les femmes dans les grands cabinets d’avocats gagnent moins que leurs homologues masculins, ont moins de possibilités de leadership alors que de l’autre côté, elles ont plusieurs années d’expérience.

En octobre 2015, l’Association nationale des femmes avocates et la Fondation NAWL ont réalisé une étude sur les 200 plus grands cabinets d’avocats. Trente d’entre eux avaient une associée femme qui gagnait 80% de ce qu’un associé gagne.

Et selon l’enquête de l’Association nationale des avocats féminins, les hommes représentent 82% des associés de cabinet.

Suicide professionnel

Mais poursuivre son employeur pour discrimination basée sur le genre continue d’être considéré comme un suicide professionnel.

David Stanford a également porté le procès pour discrimination contre Greenberg Traurig et Howrey (Howrey a fermé en 2011). En novembre dernier, il avait alors déclaré représenter 12 avocats qui accusaient leurs entreprises de discrimination sexuelle.

« Lorsque des personnes courageuses avancent et mettent l’accent sur des pratiques de rémunération et de promotion sur le lieu de travail, j’ai remarqué qu’il y avait de plus en plus d’intérêt et de soutien », dit Me Stanford.

« J'ai eu un certain nombre de cas différents, mais j'ai certainement vu plus de cas de discrimination fondée sur le genre et l'âge que d'autres cas », explique Merrick Rossein, professeur d'emploi à la faculté de droit de l'Université de New York et membre du panel national de l'Association américaine d'arbitrage pour la résolution de l'emploi.

« Le plus souvent, les femmes se plaignent de ne pas avoir le même type de mentorat que les hommes ou encore qu’elles ne sont pas reconnues comme collaboratrices à part entière », dit-il à l’ABA Journal.

Citoyennes de deuxième classe

Deux des clients de Sanford prétendent qu’on leur attribuait souvent des partenaires qui manquaient de compétences juridiques par rapport à ceux auxquels avaient droit les associés de sexe masculin. Les cabinets auraient également une culture qui favorise la réussite des hommes au détriment de celle des femmes.

Kerrie Campbell
Kerrie Campbell
« Il me semble évident que les femmes sont perçues comme des citoyens de deuxième classe », a déclaré Kerrie Campbell, qui en août 2016 a elle aussi déposé une plainte pour discrimination contre Chadbourne & Parke. En début d’année, Chadbourne & Parke et Norton Rose avaient annoncé leur rapprochement.

Elle a continué à pratiquer au cabinet jusqu’en avril 2017, date à laquelle elle a été renvoyée par les autres associés. La raison évoquée était que sa pratique ne correspondait pas à l’orientation stratégique du cabinet.

Dans de telles situations, les avocates sont confrontées à un choix cornélien : rester silencieuses et ne voir aucun changement, espérer de meilleures opportunités ailleurs ou poursuivre le cabinet au risque de faire face à des répercussions.

Me Ribeiro a cherché d’autres avocates dans la même situation pour déposer un recours collectif, mais personne n’a osé se mouiller.

Le cas de Kerrie Campbell a été déposé dans le district sud de New York et elle demande aussi un recours collectif.

Le troisième procès, dont le dossier a été déposé le 12 mai à l’encontre de Proskauer Rose, est au nom d’une Jane Doe. La victime présumée allègue qu’en plus d’avoir violé la loi sur l’égalité de rémunération, Proskauer a violé la loi sur le congé de maladie et de famille.

Dans une déclaration, Proskauer affirme que la rémunération médiane pour les associés masculins et féminins est presque identique, mais que le cabinet tient compte de la spécialité et de l’expérience comme facteur. Le cabinet a également mis en avant le mauvais classement de la plaignante en termes de génération de revenus.

Une bonne idée ?

Si les associées pensent être traitées injustement, la poursuite en justice n’est peut-être pas le meilleur moyen de se défendre, dit Lauri Damrell, associée chez Orrick, Herrington & Sutcliffe à Sacramento, en Californie.

« Si vous avez des problèmes, parlez-en avec vos mentors et comprenez les raisons de leurs décisions, dit-elle. Même si la personne est une excellente avocate, cela ne signifie pas toujours qu’elle serait le meilleur choix. »

Ariana Levinson, professeure de droit à l’Université de Louisville, soupçonne que, lorsqu’une associée entre en guerre contre son cabinet pour discrimination, la nouvelle se propage malgré les clauses de confidentialité, en particulier dans d’autres cabinets d'avocats qui auraient souhaité embaucher l’avocate.

« Il y a des codes, comme « pas un joueur d'équipe » ou « ne peut s’entendre avec le personnel », ou encore « ne va pas déjeuner avec nous chaque semaine, dit Levinson. Il existe toutes sortes de choses qui peuvent être dites pour signaler qu’une personne est un fauteur de troubles. »

Ribeiro compte alors sur ses clients : « ils me connaissent, et ils savent comme je travaille et combien je suis accessible. Ils n’ont aucun doute sur le fait que je ne suis pas payée à ma juste valeur ».