Pour l’année 2015-2016, 16,5% des procureurs du DPCP ont signifié un arrêt de travail de plus de cinq jours…

Il s’agit d’un bond d’environ 4 points par rapport à l’exercice 2013-2014.

Angelo Soares, professeur à l’Université du Québec à Montréal
Angelo Soares, professeur à l’Université du Québec à Montréal
Droit-inc s’est procuré, en vertu de la loi d’accès à l’information, le nombre de procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales ayant signifié un arrêt de travail de plus de cinq jours, ventilé par année, et ce depuis 2012.

Ces données ne sont compilées en revanche que depuis le 1er avril 2013.

Ainsi, pour l’exercice 2013-2014, sur les 491 procureurs employés au DPCP, 61 ont signifié un arrêt de travail de plus de cinq jours, soit 12,4 %. Un chiffre qui a bondi l’année suivante en passant à 17%.

Pour 2015-2016, le taux d’absentéisme est de 16,5%. L’exercice 2016-2017 n’est en revanche pas encore terminé, mais déjà, le taux d’absentéisme s’élève à presque 14%.

Est-ce un taux plus élevé que dans des professions similaires?

Le taux d’absentéisme mesuré sur une semaine par Statistiques Canada en 2011 est de 11,5 % dans le secteur public au Canada. Ces pourcentages prennent en compte à la fois les absences pour maladie ou incapacité, mais aussi les obligations personnelles ou familiales. Les congés maternité ont en revanche été exclus.

Il est cependant difficile de comparer le taux d’absentéisme entre les professions, estime Angelo Soares, professeur au Département d'Organisation et ressources humaines de l'École des Sciences de la Gestion à l’Université du Québec à Montréal. « Il faudrait trouver un échantillon similaire, avec autant de femmes que d’hommes, avec le même âge, etc. Sinon, c’est comme comparer des pommes et des oranges », dit-il.


Pas de lien entre absence et travail?

Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP indique que les raisons qui poussent les procureurs à poser un arrêt de travail ne sont « pas toujours reliées au travail en lui-même. Cela inclut aussi les retraits préventifs de grossesse ou encore les opérations ».

Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP
Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP
Si le lien entre conditions de travail des procureurs et taux d’absentéisme n’est pas possible à faire d’après les données communiquées*, le sujet intéresse de près l’Association des procureurs au DCPC.

« On voit de plus en plus de congés maladie et on se demande si ce n’est pas lié à l’emploi », explique Jean Campeau, le président de l’Association.

L’Association des procureurs prépare présentement une étude sur le sujet.

« Elle a pour but de nous différencier des autres avocats, savoir si nous sommes plus à risque, à quel point côtoyer des victimes peut avoir des effets sur notre santé mentale, savoir si travailler avec le ministère de la Justice est un facteur de stress… », poursuit Me Campeau.

Il compte apporter les éléments recueillis dans les négociations de 2019.

Des formations pas assez suivies

Le DPCP de son côté assure que tout est mis en place pour assurer le bien-être des employés. « Le DPCP considère que la santé et le bien-être sont primordiaux et à cet égard, les employés peuvent disposer d’un programme de formation dispensé par le Centre des services partagés du Québec, dit Jean-Pascal Boucher. Le DPCP a également maintenu le programme d’accès à l’accompagnement psychologique offert pour les dossiers les plus difficiles. »

Jean Campeau, le président de l’Association
Jean Campeau, le président de l’Association
Me Campeau acquiesce : « il y a une ouverture au DPCP concernant les programmes d’aide ». Mais il pointe un autre problème, celui de l’information. « On constate qu’il y a une forme de résistance de la part des procureurs à aller vers des formations. Les outils sont présents, mais l’utilisation qui en est faite, c’est autre chose… », conclut-il.

(*) Droit-inc a demandé les causes des arrêts de travail de plus de cinq jours, mais le DPCP a répondu qu’il ne détenait aucun document répondant au libellé de cette demande « puisque ces données ne sont pas comptabilisées » par l’organisme.