Morton Minc et Richard Wagner
Morton Minc et Richard Wagner
Il était encore simplement juge de la Cour suprême, et non pas juge en chef, lorsque Richard Wagner est venu témoigner de ses cinq années passées sur le banc du plus haut tribunal du pays, avec les étudiants de l'Université Concordia, à la fin du mois de novembre. Droit-inc y était.

Il était interviewé par le juriste en résidence de l'Université Concordia, Morton Minc, ex-juge-président de la cour municipale de Montréal.

Lorsqu’il est nommé en 2012 à la Cour suprême du Canada, Richard Wagner prend le siège de Marie Deschamps, qui vient de passer 10 ans à Ottawa. « On ne fait pas que prendre le siège et le bureau du juge à qui on succède, on prend aussi sa toge. Marie Deschamps ne mesure qu'environ 5'' », rappelle le juge Wagner, qui relate en riant que cela a obligé les tailleurs à se démener d'urgence pour ajuster la toge à temps pour que le nouveau juge puisse la porter dans les heures suivant sa nomination.

Il reste que la transition qui l'a fait passer d'un tribunal inférieur à la plus haute cour du pays n'était pas particulièrement difficile. Non, c'est plutôt ses premiers pas comme juge qui lui ont donné le vertige.

« Quand je suis devenu associé de mon cabinet, je sentais le poids de la responsabilité. I l fallait que je nourrisse les avocats qui dépendaient de moi, je devais contribuer au cabinet... Mais ce n'était rien par rapport au poids de la responsabilité qu'on ressent quand on est juge », explique Richard Wagner pour illustrer l'angoisse de devoir rendre un jugement.

«Personne n’ose t’appeler… »

La magistrature est également une profession où l'on devient seul. Les amis, les associés, « personne n'ose t'appeler ou t'inviter ».

Il y a plus : « En devenant juge, je subissais une importante diminution de salaire! », badine le Barreau 1980.

Marie Deschamps, qui a passé 10 ans à Ottawa
Marie Deschamps, qui a passé 10 ans à Ottawa
De 2004 à 2011, il siège en Cour supérieure, puis passe à la Cour d'appel. Une autre transition, plus douce cette fois : « En Cour supérieure, nous sommes plusieurs juges, mais au bout du compte la décision prise est la tienne. » En Cour d'appel cependant, la prise de décision est collégiale.

Ce qui l'a d'ailleurs préparé à la Cour suprême. L'une des différences, « c'est que les discussions se tiennent seulement après les audiences, il n'y a pas de processus formel avant les audiences », tandis que les juges d'appel, au Québec, se préparent ensemble à l'audience.

Autre différence: l'importance capitale que prennent les mémoires dans la décision des juges. « Les plaidoiries orales ne font que confirmer les impressions des juges, elles sont moins importantes. Le plaideur n'est là que pour répondre aux questions. »

Il arrive néanmoins que l'argument oral fasse une différence. Richard Wagner a déjà changé d'opinion en entendant les éclaircissements d'un plaideur.

Aller puiser au plus profond de soi

Mais le plus important, la charge la plus lourde, le moment où un juge prend toute la mesure du rôle crucial qu'il joue, c'est lorsqu'une cause nécessite que l'on aille puiser au plus profond soi.

L'arrêt Carter, qui a légalisé l'aide médicale à mourir dans une décision unanime, est de celles-là.

« C'était une cause importante pour moi, pour des raisons personnelles. Mais c'était une cause où l'on savait que l'impact sur les prochaines générations allait être important. Dans ces cas-là, on doit puiser sans sa morale, dans sa façon de voir la vie... »

Et baliser la façon dont la société ira de l'avant.