Combien peut-on voler à ses clients ?
Combien peut-on voler à ses clients ?
Au New Jersey, la réponse à cette question est : environ 1,5 million $.

« On espère que ce n'est pas une question à laquelle vous avez cherché une réponse », écrit le magazine Abovethelaw.com dans sa plus récente édition. « Mais si vous êtes curieux, sachez que le montant qu'un avocat peut voler avant que ses clients ne s'en rendent compte est alarmant », écrit le journaliste Joey Patrice.

Plus tôt cette semaine, Joseph Talafous Jr., un quinquagénaire radié du barreau du New Jersey depuis 2015, a été reconnu coupable d'une pléthore d'accusations relatives à de l'appropriation de fonds, pris à même les actifs de veuves et d'au moins un orphelin.

Faisant face à pas moins de 17 chefs d'accusation, Joseph Talafous Jr. risque de 5 à 10 ans de réclusion. Il clame son innocence et fait appel du verdict, rendu après un procès qui a duré six semaines devant la cour du comté de Hudson.

Avocat de pratique privée, travaillant seul, Joseph Talafous Jr. aurait ainsi pigé dans les comptes en fidéicommis de ses clients pendant une dizaine d'années.

Son avocat, Gerald Miller, de Miller, Meyerson & Corbo à Jersey City, allègue que son client maintient son innocence et assure qu'il n'a pas pris un cent qui ne lui revenait pas.

« Il y a plusieurs moyens d'appel du verdict », explique Gerald Miller, qui cite notamment plusieurs décisions en matière de preuve rendues pendant le procès qui sont contestables.

D'où provient le 1,5 million $?

D'abord, il y a des milliers de dollars pris à même le compte d'une vieille dame dont il gérait le compte par procuration, et d'autres milliers de dollars encore, pris cette fois à même le compte en fidéicommis d'une cliente décédée.

Puis, il y eut 461 000 dollars détournés du compte en fidéicommis d'un jeune orphelin, compte contenant les indemnités qui lui ont été payées à la suite du décès de son père.

Quelque 300 000 dollars proviennent de la succession d'une cliente décédée sans héritiers directs, encore 400 000 dollars disparus du compte de succession d'un homme dont la famille a retenu les services de Joseph Talafous Jr pour gérer ce même compte.

Le manège a duré des années, « et illustre à quel point bien des gens sont capables de perdre la trace de 300 000 dollars », écrit le journaliste de Abovethelaw.com.

Le procureur des poursuites criminelles du New Jersey a déclaré que l'État ne tolérerait pas les avocats qui volent leurs clients.

Et ce seuil de tolérance semble s'établir à 1,5 million de dollars, constate Abovethelaw.com.

Le problème, poursuit le journaliste, c'est que de prendre les avocats qui volent la main dans le sac est difficile.

Ils sont souvent détenteurs de toutes les cartes leur permettant de dissimuler leurs démarches—et, plus souvent qu'autrement, se retrouvent à gérer des fonds pour des clients qui les ont embauchés pour ne justement pas avoir à s'occuper de leurs finances.

« Cela fait en sorte qu'un avocat qui pige un peu chaque fois dans la caisse s'en tirera à bon compte pendant longtemps », poursuit le journaliste.

Et cela, d'autant qu'aux États-Unis du moins, il n'y a que deux entraves à la malhonnêteté de certains : l'éthique professionnelle d'un avocat, ou la probabilité que sa gourmandise cause sa perte.

« Il appert qu'au New Jersey, c'est la gourmandise qui permet de prendre quelqu'un sur le fait », conclut le magazine.