Me Camille Lebel. Crédit photo : Delphine Jung
Me Camille Lebel. Crédit photo : Delphine Jung
Me Camille Lebel a toujours eu des facilités en sciences sociales, en français, en psycho ou en politique… Pourquoi penser à une autre carrière que le droit finalement ? « À 18 ou 19 ans, on est assez influençable. Depuis le primaire on me disait de me lancer dans une carrière en droit, alors que mon plan de base, c'était la médecine », raconte Me Lebel.

Alors que la jeune femme commence un parcours en sciences naturelles au cégep, elle décide finalement d'y mettre un terme. « Je me suis dit que je voulais apprendre plein d'autres choses alors l'un dans l'autre, faire du droit faisait du sens », dit-elle.

Direction l'Université de Montréal pour y faire le bac. Lorsqu'elle découvre les cours en droit, la jeune femme née en Ontario est conquise. « Je me suis fais plein d'amis, j'ai eu beaucoup de fun. J'apprenais la base de la société, pourquoi on avait ces lois-là. À l'époque, le plan était de faire du droit de la santé », se souvient celle qui a été diplômée en 2015.

« J’enviais mes amis d'aller tous les matins à l'hôpital »

Car dans sa tête, cette petite voix qui lui évoque la médecine n'est pas loin. Mais lors de la course aux stages, Camille Lebel se laisse charmer par le gros cabinet Norton Rose. Elle y fait son stage du Barreau qu'elle obtient en 2017. « J'y étais aussi en tant qu'étudiante durant l’été. À chaque fois, je me demandais vers quel domaine du droit je voulais me tourner, mais je ne trouvais jamais réponse à mes questions... », rapporte-t-elle.

Pendant ce temps, certains de ses amis ou encore sa sœur, poursuivent une carrière en médecine. « Je les voyais évoluer, je les enviais un peu d'aller tous les matins à l'hôpital », raconte Me Lebel sans pour autant renier Norton Rose qu'elle considère comme un « beau bureau ».

Elle se rend aussi compte que le côté plus « manuel » d'une profession lui manque et passer du droit à la médecine lui permettrait aussi de garder un contact avec les gens, être dans le feu de l'action et avoir des rush d'adrénaline.

Soutenue et encouragée

Finalement, Camille Lebel décide de reprendre ses cours de sciences naturelles qu'elle avait abandonnés au Cégep. « C'était important pour moi d'annoncer à mes collègues de Norton Rose que je comptais postuler pour entrer en médecine. La confiance c'est important. Je voulais qu'ils puissent anticiper pour prévoir leurs embauches. Je comprends que les gens ne veulent pas tout de suite dire leurs plans, mais je pense qu'en face, on apprécie plus la transparence. La nouvelle a été très bien accueillie et tout le monde m'a soutenu et encouragée », raconte-t-elle.

Retour sur les bancs de l'école donc, toujours à l'UdeM en août 2017, pour une année préparatoire à l'entrée en faculté de médecine.

Me Lebel ne regrette pas une seconde d'avoir obtenu un bac en droit. Elle se sent même plus en confiance avec ce bagage en poche, même si elle concède que reprendre les maths après les avoir mises de côté pendant plusieurs années n'est pas une mince affaire. « Les techniques d'apprentissage sont très différentes. La médecine, c'est du par cœur, cela m'a demandé une grosse adaptation. La charge de travail est vraiment exponentielle », témoigne la jeune avocate que nous avons rencontré dans un café du centre-ville, entre deux révisions.

« Je suis excitée par ce qui s'en vient et pas du tout découragée de me dire que sept autres années d'études au minimum m'attendent encore », ajoute-t-elle.

Me Lebel ne compte pas quitter la communauté juridique pour autant. Très attachée à l'institution du Barreau, elle souhaite continuer à payer sa cotisation. « Je le dois au Barreau », précise-t-elle.

Comme un deuil

Elle a déjà eu l'occasion de faire un stage d'observation en gynécologie qui l'a confortée dans son choix. Si elle se voit bien commencer par être médecin, elle n'exclue pas qu'en fin de carrière, elle pourrait bien être directrice d'hôpital ou sur un CA. Une belle manière selon elle de continuer à avoir un pied dans le droit.

« Je sais que ça pourrait sonner quétaine, mais j'ai trouvé le sens de ma vie, dit-elle.Non pas que c'est impossible de le trouver en droit, mais ce n'était pas mon cas. »

Avec le petit recul dont elle dispose, elle porte un regard très mature sur cette expérience de changement de carrière. « C'est un peu comme un deuil, ça prend du temps. Finalement, je ne serai pas ce que je pensais devenir lorsque j'ai commencé mes études. Il faut l'accepter. Mais je le conseille vraiment à tous ceux qui hésitent de le faire », dit-elle.