Me Virginie Dufresne-Lemire
Me Virginie Dufresne-Lemire
La famille de Pierre Coriolan, qui est mort à la suite d'une intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) le 27 juin 2017 en soirée, rend publique une vidéo tournée par un voisin et annonce le dépôt d'une poursuite au civil contre la Ville de Montréal.

La vidéo captée par un téléphone montre les dernières minutes de l’intervention policière qui s’est déroulée dans un couloir de l’immeuble où habitait M. Coriolan. L'homme de 58 ans était en crise lorsque les agents du SPVM ont ouvert le feu sur lui.

Le document vidéo de quatre minutes a été remis par le témoin de la scène à l’ancien agent de la GRC et militant Will Prosper ainsi qu’à la famille de Pierre Coriolan.

Ces derniers ont décidé de rendre ces images publiques pour montrer l'usage, selon eux, d'une force abusive par les agents du SPVM lors de l'intervention qui s'est soldée par la mort de M. Coriolan.

Description de la vidéo

Sur la vidéo on n'assiste qu’à la fin de l’intervention des policiers du SPVM. On ne voit pas comment l’altercation a commencé, ont souligné les avocats de la famille Coriolan.

« On entend d’abord un coup de taser. On entend ensuite M. Coriolan qui crie. On entend ensuite un deuxième coup de taser. Ensuite on entend des coups non identifiés. Ensuite on revoit M. Coriolan qui est à genoux et les policiers qui lui retirent dessus. Et par la suite, on voit M. Coriolan qui s’effondre à terre », a relaté Me Virginie Dufresne-Lemire.

Toujours selon la description faite par Me Dufresne-Lemire, un policier essaie ensuite d'enlever un objet des mains de M. Coriolan, « peut-être un tournevis », précise Me Dufresne-Lemire.

« Puis, poursuit-elle, il ne réussit pas à le lui enlever et là, un autre policier lui assène deux coups avec son bâton télescopique. Cette scène est extrêmement violente. »

En tout, cette scène n'aura duré qu'une minute et dix secondes, précise l'avocate.

« Les policiers ne lui ont laissé aucune chance », a déploré pour sa part la fille de Pierre Coriolan, Johanne, dans une lettre lue par une femme venue l'épauler en conférence de presse.

La Ville de Montréal poursuivie au civil

Dans une poursuite civile déposée par le cabinet d'avocats Dufresne Wee au nom de la famille, on peut lire : « Les policiers ont usé d’une force démesurée. (...) Cette violence s’inscrit dans le continuum habituel d’intervention qui entraîne trop souvent la mort de personnes vulnérables, noires et aux prises avec des troubles de santé mentale ».

Par conséquent, les membres de la famille de Pierre Coriolan réclament 50 000 $ en dommages moraux pour chacun d'eux ainsi qu'une somme totale de 50 000 $ à titre de dommages punitifs.

Dans un communiqué publié mercredi matin, l’avocate de la famille Coriolan, Me Virginie Dufresne-Lemire, explique qu’une campagne de sociofinancement sera aussi lancée pour aider les plaignants à financer leur démarche devant la justice.

Empressement des policiers

Me Alain Arsenault tient le rôle d'avocat-conseil auprès de la famille Coriolan
Me Alain Arsenault tient le rôle d'avocat-conseil auprès de la famille Coriolan
Réagissant à cette vidéo qui lui a été confiée par le témoin de la scène, l'ex-agent de la GRC et militant, Will Prosper, a déclaré à CBC avoir été choqué par ce qu’il a vu, estimant que les policiers avaient fait preuve d’empressement lors de l’intervention et que, selon lui, Coriolan ne menaçait personne directement lorsqu'ils ont fait feu de nouveau sur lui.

Selon l'avocat Alain Arsenault, qui tient le rôle d'avocat-conseil auprès de la famille Coriolan, les agents n'ont pas agi suivant les règles de l'art.

« J’ai vu la vidéo et j’ai constaté que les policiers n’avaient pas respecté les règles, les directives en pareilles circonstances tirées (…) des expériences passées », a déclaré l'avocat sur les ondes de RDI.

Selon Me Arsenault, « ce n’est pas tout à fait évident » sur la vidéo que Pierre Coriolan, qui était alors en détresse psychologique, représentait clairement une menace pour les policiers.

« Il avait possiblement un tournevis. A-t-il menacé les policiers? Ce n’est pas encore évident. Et même si c’était le cas, ça ne doit pas entraîner sa mort quand même », déplore l'avocat.

Rappel des événements

Des agents du SPVM qui avaient été appelés le soir du 27 juin 2017 pour une plainte de bruit dans l’immeuble de l'avenue Robillard, près de la rue Saint-André, avaient eu maille à partir avec Pierre Coriolan qui détruisait le mobilier de son appartement, en proie à une crise psychologique importante.

Les agents avaient alors tenté de le maîtriser au moyen d’armes à impulsion électrique et de balles de plastique, mais en vain. Des policiers avaient alors utilisé leur arme de service pour neutraliser l’homme qui tenait un objet ressemblant selon eux à une arme blanche.

L'homme était en arrêt cardiorespiratoire lors de son transport vers l'hôpital. Sa mort a été confirmée par le Bureau d’enquête indépendante (BEI) quelques heures plus tard.

Douze enquêteurs du BEI ont été chargés d'enquêter sur cet événement.