Janie Soublière siège au Tribunal arbitral du sport
Janie Soublière siège au Tribunal arbitral du sport
Me Janie Soublière, originaire de North Bay en Ontario, est partie la semaine dernière pour siéger en tant que juge-arbitre au TAS à Pyeongchang. Elle a été nommée au panel antidopage, qui compte six arbitres.

Le TAS fait les manchettes dernièrement dans l’affaire des athlètes russes accusés de dopage. Plusieurs d’entre eux avaient en effet fait appel de la décision du comité international olympique (CIO) de les priver de Jeux en raison du scandale du dopage organisé, qui a notamment touché les Jeux de Sotchi.

Vendredi, l’appel des 47 Russes qui souhaitaient participer aux Jeux olympiques de Pyeongchang a été rejeté par le TAS. Mais Me Soublière ne peut en dire plus.

Passionnée de sport et de droit

« De ma chambre d’hôtel, j’ai vue sur la piste de ski. C’est sûr qu’on profite des jeux dès qu’on a un peu de temps libre. J’ai vu les Canadiens gagner l’or en patinage artistique, je suis aussi allée voir le ski de fond, le patinage de vitesse, la luge… », raconte-t-elle alors que nous la joignons en matinée au village olympique, soit en soirée à Montréal, décalage horaire oblige.

Si Me Soublière, membre du Barreau de l’Ontario 2000, apprécie autant ce voyage, c’est qu’elle-même était une grande sportive, bien avant de se plonger dans le droit.

Elle a en effet poursuivi une carrière dans la National Collegiate Athletic Association, une association sportive américaine qui organise des programmes sportifs de nombreuses universités américaines. Me Soublière a choisi d’y pratiquer le tennis à haut niveau.

« Je jouais aussi au handball au niveau national », ajoute-t-elle. Malheureusement, une blessure au genou l’oblige à mettre un terme à cette carrière, alors qu’elle voulait devenir agente d’athlète.

De retour en Ontario, elle fait deux bacs en même temps : en philosophie et en sciences politiques, puis elle fait son droit, toujours à Ottawa. « J’ai toujours été passionnée par le sport, mais le droit, c’était aussi prévu. Je me demandais juste comment faire les deux », explique l’avocate de 41 ans.

Pas la suite, on lui propose de faire une série télé sur le sport. Elle souhaite faire un bac en télévision dans le même temps.

« Pour mon père, il fallait plutôt que je fasse mon droit. Ce que j’ai finalement fait… Et j’ai adoré ! C’était la première fois que je voyais le droit de mes propres yeux », explique l’avocate.

Dans sa tête, sa volonté de devenir agente d’athlète ne la quitte pourtant pas. D’ailleurs, travailler dans un cabinet, enfermée dans un bureau, ne l’intéresse pas du tout. Une nouvelle fois, son père intervient et lui suggère de faire une maîtrise en droit du sport.

Soutenue par Me Richard Pound

Me Richard Pound, avocat-conseil chez Stikeman
Me Richard Pound, avocat-conseil chez Stikeman
Direction Londres pour travailler sur son sujet de mémoire : le respect des droits des athlètes dans les procédures disciplinaires en vertu du code mondial antidopage.

« Juste à ce moment, mon voisin, qui était le fils de Me Richard Pound – avocat-conseil chez Stikeman, et surtout membre du Comité international olympique – , m’a donné le numéro de téléphone de son père. Il a accepté de me rencontrer et on a beaucoup discuté. C’est lui qui m’a aidé à trouver un sujet intéressant pour ma maîtrise », raconte-t-elle.

Pour elle, Me Pound est un mentor, même une « légende canadienne ».

Récemment, un autre avocat de Stikeman Elliott et ancien juge de la Cour d’appel, Me Pierre Dalphond, a été nommé au TAS.

Sélectionnée au TAS

Sa maîtrise en poche, elle débute sa carrière en droit à l’Agence mondiale antidopage pendant quatre ans. Ce qui l’amène à Montréal, où siège l’Agence.

« Je suis ensuite partie à mon compte, à Beaconsfiled, en tant qu’avocate et consultante en antidopage », dit-elle. Un domaine de niche, dans lequel elle compte une poignée de clients. Mais de gros clients : les fédérations internationales de sports olympiques.

Durant ce temps-là, Me Soublière a été impliquée au tribunal disciplinaire de la Fédération internationale d’athlétisme amateur ou encore à la Cour d’arbitrage de l’Union de biathlon.

En « 2014 ou 2015… je ne me souviens plus… », elle est finalement devenue arbitre au TAS. « J’ai réalisé un rêve, j’adore ce que je fais, je suis vraiment choyée et je travaille avec des gens passionnés », explique-t-elle.

Me Pierre Dalphond, a été également nommé au TAS
Me Pierre Dalphond, a été également nommé au TAS
L’avocate a été sélectionnée par le TAS au terme d’un processus, après y avoir soumis sa candidature.

En août 2017, elle apprend qu’elle fait partie des heureux élus qui partiront à Pyeongchang pour les JO d’hiver de 2018.

La découverte de la Corée du Sud est une grande première pour elle, même si elle ne sort que très peu du village olympique. « Les déplacements sont très contrôlés, mais j’ai réussi à voir un peu la vraie Corée pendant une journée de travail plus calme », dit-elle.

Elle raconte les étalages de poissons séchés, elle parle de gens affectueux et toujours de bonne humeur pour définir les Coréens. « Ils sont très fiers d’accueillir les JO », ajoute-t-elle. La communication en revanche n’est pas facile, car peu de Coréens parlent anglais.

À défaut de créer des liens avec les locaux, Me Soublière profite de son séjour pour prendre sa dose côté sport. « C’est vraiment génial d’être parmi les athlètes, les entraîneurs… C’est une expérience unique. Je suis très fière d’être ici et je compte en profiter au maximum. »

Et quoi de mieux pour en profiter que de partir profiter des pistes olympiques pour aller skier !