Quatre agentes des services correctionnels de l'établissement d'Edmonton ont déposé une poursuite
Quatre agentes des services correctionnels de l'établissement d'Edmonton ont déposé une poursuite
Quatre agentes des services correctionnels de l'établissement correctionnel à sécurité maximum pour hommes d'Edmonton ont déposé une poursuite de plus de 43 millions de dollars contre certains de leurs collègues masculins qu'elles accusent de harcèlement et d'agression sexuels.

Les présumées victimes taisent leur identité « en raison de la nature confidentielle et secrète du travail en milieux correctionnels », indique un document de la cour.

Dans ce même document, les quatre femmes sont décrites comme étant « dévouées, travaillantes, performantes et employées de longue date du Service correctionnel du Canada (SCC) » qui ont été « harcelées et victimes de discrimination de la part de superviseurs, de collègues et de représentants syndicaux du SCC ».

Aucune de ces allégations n’a été prouvée et la défense n’a pas encore présenté de déclaration.

Le document de la cour comporte plus d’une quarantaine de pages décrivant notamment les agissements « indécents » d'employés surnommés John Doe #1 à John Doe #6. Il est écrit que la prison est « un milieu de travail où il y a couramment de la discrimination, du harcèlement, de l’intimidation, de l'abus d'autorité et des agressions sexuelles. »

Les plaignantes dans ce dossier indiquent que leurs tentatives répétées pour obtenir de l’aide et de la protection de la part des superviseurs et des représentants syndicaux n’ont eu aucun succès. Elles allèguent que certains de leurs agresseurs occupaient des postes haut placés dans le syndicat et que la plupart s’y trouvent toujours. »

Le cas de « Jessica »

Jessica, nom fictif, a commencé à travailler à l'établissement pour hommes d'Edmonton en mai 2007 à 22 ans. Petite de taille et affichant 50 kg, elle « avait constamment peur des détenus », est-il écrit la déclaration. Son supérieur, John Doe #1, l’aurait pris sous son aile. Celui-ci était le vice-président syndical. Il est décrit comme étant un ancien militaire de 120 kg.

« Il se comportait de façon paternelle envers elle. Il lui disait qu’il la protégerait contre les détenues ou contre tous genres de problèmes », est-il écrit dans la déclaration.

La relation est ensuite devenue malsaine. Jessica disait se sentir en otage. Elle sentait qu’elle dépendait de John Doe #1, mais elle était traumatisée par ses agressions.

« Pendant presque 10 ans, Jessica était harcelée sexuellement chaque jour », détaille la plainte. « John Doe #1, semble-t-il, sortait souvent ses organes génitaux de ses pantalons et se promenait dans le bureau ce qui poussait Jessica à s’enfuir de la pièce. Il la pourchassait avec son pénis dans la main », ajoute le document.

La déclaration rapporte qu’en 2015 Jessica faisait quotidiennement l’objet d'agression verbale et de violences sexuelles au travail de la part de John Doe #1 et d’un collègue, John Doe #6.

Parmi les faits allégués, les deux hommes sont accusés d’avoir plaqué Jessica sur le mur et de l’avoir étranglé ainsi que de l’avoir prise par les cheveux et d’avoir frappé son visage sur des surfaces dures.

Il y a un an, Jessica a reçu un diagnostic de stress post-traumatique. Elle n’est plus capable de se trouver à l’intérieur d’une prison, selon la plainte écrite.
Les trois autres plaignantes relatent des histoires similaires. Presque toutes souffrent aujourd’hui de problèmes d’anxiété et de dépression.

Une poursuite de 43,4 millions

L'avocat Jeffrey O’Brien d'Edmonton représente les quatre plaignantes. Il a refusé la demande d’entrevue que lui a fait CBC News ainsi que les demandes d'entrevues faites à ses clientes. La poursuite réclame 43,4 millions de dollars pour dommages, pertes en revenu et en promotions ainsi que pour la souffrance causées par ces agressions.

CBC News a également tenté d’obtenir un commentaire du Service correctionnel du Canada et du Syndicat des agents correctionnels du Canada. Les demandes ont bien été reçues, mais aucune des deux organisations n’a fait parvenir de réponse dans les délais entendus.

Des congédiements par le passé

En novembre 2016, CBC News faisait état pour la première fois de problèmes de harcèlement sexuel à l’établissement d’Edmonton après que des appels téléphoniques explicites eurent été enregistrés. Suite à ces allégations, le Service correctionnel du Canada avait suspendu plusieurs employés en plus de déclencher une enquête indépendante.

Jusqu’à présent, cette enquête a mené au congédiement de six employés, dont des agents correctionnels et des superviseurs. Toutefois, aucune accusation criminelle n'a été déposée contre ces personnes, selon un porte-parole Service de police d’Edmonton. L’enquête est toujours en cours.