L'École du Barreau infantilise-t-elle les étudiants ?
L'École du Barreau infantilise-t-elle les étudiants ?
À chaque début de session, c'est le même courriel qui est envoyé aux étudiants. Celui qui leur explique qu'ils doivent « prendre des pauses pour utiliser leurs téléphones cellulaires », celui dans lequel on les informe aussi qu'il est interdit de manger en cours.

Une règle justifiée par le fait que « depuis quelques années, les personnes sont de plus en plus sensibles aux produits chimiques, aux produits parfumés et à certains aliments (parfums, arachides, noix, œufs, tablettes de chocolat, barres énergisantes ou nutritives, etc.) ». Ainsi, « l'intérêt de la santé et de la sécurité de vos collègues, des professeurs et des conférenciers » est invoqué.

« Cela ne me choque pas, je ne trouve pas cela particulièrement contraignant. Ils prennent soin de nous et de notre santé », dit un actuel étudiant à l'École du Barreau à Montréal qui a souhaité garder l'anonymat.

« Un peu niaiseux »

Un avis que ne partage pas un étudiant qui lui était à Québec et qui a tout récemment été assermenté. « Ce sont des cours de quatre heures et je trouve que c'est un peu niaiseux de nous interdire de manger, car c'est important, pour être bien concentré, de bien se nourrir », dit-il.

Côté professeur, on trouve cette règle élémentaire. « Il est nécessaire de mettre une interdiction totale parce que les étudiants exagèrent. Lorsqu'ils viennent avec leur pot masson et leurs ustensiles… Idem avec les crudités ! Cela fait du bruit, c'est distrayant pour tout le monde », explique cette enseignante qui a voulu rester anonyme.

Elle se souvient de la fois où une élève mangeait un œuf à la coque devant elle. « Ils devraient être plus intelligents sur leur choix de nourriture. Ils manquent de discernement. À première vue oui, ce règlement est infantilisant, mais on n'a pas le choix », ajoute-t-elle fermement.

Il n'y a pas non plus de wifi dans l'enceinte de l'École du Barreau. De quoi en irriter certains, comme l'ancien étudiant de Québec. « On ne peut pas aller faire de recherches par rapport au droit ou à la jurisprudence, c'est un peu archaïque », dit-il.

« Si seulement le wifi ne pouvait servir qu'à cela… rétorque la professeure. Mais on sait tous ce qu'ils font lorsqu'ils ont leur téléphone en main et ça n'a rien à voir avec la jurisprudence. Ils ne se rendent pas compte que c'est une forme de distraction alors qu'ils doivent être à 100 % présents ».

Mais au-delà de tous ces règlements, certains dénoncent surtout le fameux « walk of shame ». Lorsqu'un étudiant a raté une première fois le Barreau, il doit faire signer, à la fin de chaque cours, une feuille de présence par l'enseignant.

« Des adultes et pas des élèves du secondaire »

« À un moment, il ne faut pas oublier qu'on est des adultes et plus des élèves du secondaire », rétorque l'ancien étudiant de Québec. Il est rejoint par l'étudiant montréalais. « Je ne comprends pas trop l'objectif. S'ils viennent au cours tant mieux, sinon, tant pis pour eux non ? »

Son confrère ajoute : « les gens ont payé cher pour venir, il me semble qu'ils sont assez grands pour juger de l'utilité d'être présent ou non. On peut aussi avoir de l'aisance dans l'une des matière et préférer être chez soi pour travailler sur celles qui nous donnent plus de mal ». Lui dénonce d'ailleurs les cours qui sont donnés en ligne, estimant qu'une interaction avec les professeurs et les autres élèves est essentielle.

Contacté par Droit-inc, le Barreau donne un autre son de cloche concernant cette pratique.

« Le Comité d’accès à la profession (CAP) peut demander à l’étudiant ayant échoué l’année précédente s’il accepte de s’engager à faire signer un bulletin de présence à ses cours. Si l’étudiant accepte, le CAP le constate dans le procès-verbal valant pour décision. Il faut toutefois retenir que le CAP n’impose jamais à proprement parler de conditions lorsqu’il admet un candidat. Si l’étudiant refuse de s’engager à faire signer des attestations de présence en cours, le CAP pourrait prendre cet aspect en considération, parmi les éléments soumis aux fins d’admissibilité, afin de rendre sa décision », explique-t-on au Barreau. Une sorte de volontariat un peu forcé.

La professeure de l'École du Barreau rappelle en revanche que certains étudiants se voient payer leur scolarité par des cabinets. « Ça peut les déresponsabiliser et avoir une influence sur leur assiduité », dit-elle.

Pour le reste, le Barreau n'a pas souhaité émettre le moindre commentaire.