1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession?

Me Marianne Saroli est avocate en droit civil et sportif
Me Marianne Saroli est avocate en droit civil et sportif
Je suis passionnée d’écriture depuis mon enfance : déjà à 10 ans, j’avais approché les dirigeants du centre communautaire de mon quartier afin qu’ils créent un journal pour les jeunes! Au primaire et au secondaire, j’étais la présidente du journal étudiant. Mes proches ont donc naturellement toujours cru que j’étudierais en journalisme.

Cela dit, j’aimais aussi les défis éthiques, défendre et communiquer des idées. Le droit suscitait donc, dès l’adolescence, mon intérêt. C’était aussi pour moi un choix logique et stratégique, comme je savais que le droit est une formation solide et qu’il me serait utile pour mon avenir, et ce, peu importe mon milieu de travail.

Assermentée en 2009, j’ai, durant mes premières années, pratiqué surtout le droit civil et familial. Ce parcours « plus traditionnel » du droit a été interrompu après que l’on m’ait offert un stage en communications et relations publiques avec les Flames de Calgary. Cette expérience a été un point tournant dans le cheminement de ma carrière : c’est à partir de ce moment que j’ai développé une réelle passion pour le sport.

J’ai ensuite complété des études supérieures en droit international sportif à Londres, par l’intermédiaire de l’Université de San Diego dans le cadre d’un programme d’échange pour les Jeux olympiques à Londres. Puis, j’ai suivi un programme sur la négociation à la Faculté de droit de l’Université Harvard. Depuis, je continue à prendre quelques mandats en droit civil et familial, mais je concentre surtout ma pratique en droit du sport, en plus d’être auteure en droit sportif aux Éditions Yvon Blais et analyste juridique à RDS.

J’ai ainsi fait un ‘retour aux sources’, comme j’allie au quotidien le droit à mes passions pour la rédaction et le sport!


2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Œuvrer en droit sportif alors que cette pratique est peu répandue au Québec n’est pas chose aisée. Il m’a fallu beaucoup de détermination pour prendre ma place. Mon parcours m’a demandé énormément d’efforts, « d’heures bénévoles » et de persévérance. Plusieurs ont tenté de me discréditer et j’ai même eu droit à certaines remarques condescendantes et sexistes, lesquelles m’ont néanmoins servie de levier pour me battre davantage.

Mon parcours peu traditionnel m’a aussi fait réaliser l’importance de m’impliquer socialement, et ce, nonobstant une charge de travail importante. Il est important pour moi de partager mon expérience avec les autres, pour qu’ils puissent être outillés et saisir les opportunités qui s’offrent à eux. J’espère pouvoir avoir un effet d’entraînement positif sur la présence des juristes en sports.


3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je réduirais les délais judiciaires, mais surtout limiterais et simplifierais les procédures, qui, à mon avis, sont trop complexes et impliquent trop d’étapes à suivre.


4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

À mon avis, la société aura toujours des opinions plutôt contrastées à l’égard de la profession. Certains, d’une part, en ont une perception négative et associent l’avocat à un être arrogant, cynique et qui « leur coûte trop cher ». D’autre part, certains cultivent une vision plutôt fantaisiste et glamour de l’avocat, nous percevant un peu comme des Harvey Specter de ce monde (série Suits).

Je crois néanmoins que la plupart des gens manifestent un respect pour la profession et considèrent l’avocat comme un être indispensable à la protection des droits. J’ai par contre remarqué, au cours des dernières années, une certaine perte de confiance des Québécois envers notre système de justice, notamment en raison des longs délais à la Cour et de ce qui leur est relaté dans les médias.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière?

Le plus important est de s’écouter, d’être honnête envers soi-même et d’être passionné par ce que l’on fait. Il faut savoir reconnaître que la profession d’avocat n’est pas un gage de bonheur pour tous les étudiants qui réussissent le Barreau, et qu’il n’y a pas qu’une seule et unique façon de pratiquer le droit. Il s’agit simplement de trouver celle qui nous rend heureux, et ce, même si elle est atypique!

Ensuite, il faut être en mesure de développer ses compétences ainsi qu’une éthique de travail fondée sur l'effort, la discipline, l’excellence et la persévérance, en plus de connaître et maîtriser sa matière.

À ceux qui souhaitent travailler dans le milieu du sport, je dirais qu’il est important d’ouvrir ses horizons, de prendre des risques, d’oser et de ne pas avoir peur d’aller vers ce qui nous est inconnu. Il ne faut pas s’en tenir à la pratique exclusive du droit si l’on veut réussir dans ce milieu. Il est aussi utile d’explorer le sport dans toutes ses dimensions pour mieux comprendre l’intégralité de sa structure.

À mon sens, acquérir une expérience sur le terrain est indispensable, car les attentes des organisations sportives face à l’avocat sportif vont bien au-delà des tâches juridiques. J’ai, pour ma part, pris conscience de cette réalité après avoir travaillé avec les Flames. J’y ai beaucoup appris sur l’industrie sportive en plus d’avoir le privilège de créer un riche réseau de contacts et de me donner un accès direct au hockey professionnel. S’impliquer auprès des organisations sportives, se faire connaître, démontrer son intérêt pour le sport et, surtout, ne pas calculer les heures données bénévolement, c’est important. Le sport est un milieu hyper convoité, les opportunités y sont rares et il faut savoir faire sa propre promotion pour y accéder.
  • La dernière bonne télésérie qu’elle a vue : Big Little Lies (auteur : David Edward Kelley).
  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : En fait, elle écrit plus qu’elle n’a lu dans la dernière année, étant sur le point de faire paraître l’ouvrage « Le droit du sport au Québec et au Canada ».
  • Le dernier bon film qu’elle vu : I, Tonya (réalisateur : Craig Gillespie).
  • Les artistes qui apparaissent actuellement sur sa playlist Spotify : The Weeknd, Charlotte Cardin, Leon Bridges, Kygo, Electric Guest, David Gray
  • Sa citation préférée: To Travel is to Live (Hans Christian Andersem)
  • Son péché mignon : les vêtements et les meubles italiens!
  • Ses restaurants préférés à Montréal: Milos (avenue Du Parc) et Il Cortile (rue Sherbrooke)
  • Le pays qu’elle aimerait visiter : Nouvelle-Zélande
  • Le personnage historique qu’elle admire le plus : Jackie Kennedy, même si elle se définit probablement plus comme un personnage emblématique qu’historique. Cette femme l’a toujours fascinée par son style, son élégance, sa grâce et son intelligence.
  • Si elle n’était pas avocate, elle serait…journaliste ou travaillerait dans un domaine qui implique le sport, la mode, le design et les déplacements à l’international!


Me Marianne Saroli est avocate en droit civil et sportif. En plus d’exercer en pratique privée, elle a des mandats avec des organisations sportives, notamment avec le Tribunal arbitral du sport à Lausanne, en Suisse. Passionnée d’écriture et de sport, elle est analyste légale sportive à RDS et collaboratrice au Globe and Mail. Aux Éditions Yvon Blais, elle a publié plus de 70 textes et a rédigé avec Me Patrice Brunet le premier livre en droit sportif au Québec, lequel sera publié ce printemps. Elle donne des formations aux organismes sportifs et est souvent conférencière invitée. Par ailleurs, son expertise en droit sportif est régulièrement sollicitée par les médias (RDI, Radio-Canada, LCN, 91.9). Marianne est membre du Barreau du Québec depuis 2009.