Éric L'Heureux, associé chez Intellia Consulting
Éric L'Heureux, associé chez Intellia Consulting
Pour discuter de la question, Éric L'Heureux, associé chez Intellia Consulting, Me Alexandre Shee, directeur des programmes pour Element AI et Tessa Manuello, fondatrice de Legal Creatives, ont participé à une rencontre sur le droit et les technologies organisée par et à l'UQAM.

Pour M. L'Heureux, il faut avant tout se demander quelles sont les ambitions des juristes qui veulent innover. « Voulez-vous vous améliorer dans vos opérations courantes ou voulez-vous occuper une place dans le marché futur ? », questionne-t-il.

Car ce sont de ces questions que dépendront les moyens à mettre en œuvre.

Des freins indéniables

Me Alexandre Shee, directeur des programmes pour Element AI
Me Alexandre Shee, directeur des programmes pour Element AI
Mais au-delà de cela, plusieurs freins existent et empêchent le droit d'innover. Pour un avocat venu assister à l'événement, il y a un frein structurel. « On nous demande d'innover à chaud, et ça, c'est difficile. Structurellement parlant, on n'est pas vraiment dans une situation optimale », dit-il.

Éric L'Heureux acquiesce. « On donne aux avocats quelques heures, le vendredi, pour réfléchir. Innover demande du recul, ce n'est pas quelque chose qui s'improvise », ajoute-t-il.

Me Shee ajoute trois autres facteurs d'explication : « le monopole du Barreau, l'incapacité d'investir sans avoir peur de ne pas avoir une BMW et le côté très conservateur du milieu juridique. »

Présent dans la salle, le doyen de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, Hugo Cyr, en est aussi allé de sa théorie. « Un autre facteur de frein est celui lié à la structure des cabinets. Ceux qui ont le poids décisionnel sont des seniors, pas loin de prendre leur retraite, alors pourquoi devraient-ils innover ? Ceux qui sont le plus disposés à innover ne sont pas forcément en position de le faire », dit-il.

Alexandre Shee n'est pas d'accord. « On voit quand même certaines grosses structures qui ont pu évoluer », dit-il.

Pour lui, la capacité d'innover est à l'intérieur de chacun. Tessa Manuello va dans le même sens en expliquant qu'il faudrait que les avocats se demandent ce qui les passionne, car « l'innovation, ça commence avec nous-même ».

Sortir de sa bulle

Tessa Manuello, fondatrice de Legal Creatives
Tessa Manuello, fondatrice de Legal Creatives
Mais alors, comment innover ? « Les cabinets doivent développer une place pour l'exploitation, doivent tolérer l'erreur », dit M. L'Heureux.

Tessa Manuello explique aussi qu'il est important de ne pas s'enfermer dans sa bulle, avec ses collègues avocats, que la clé du succès, c'est la diversité. Elle donne son cas comme exemple, en détaillant comment elle a décidé de s'entourer de gens qui avaient des compétences totalement différentes des siennes. Elle encourage d'ailleurs les juristes à participer à des événements comme le hackathon.

Pour elle, l'avocat qui a l'esprit d'innovation doit se démarquer dans une niche liée à ses compétences et sa personnalité.

Rita Baker, consultante principale de Baker Marketing qui a mené le débat conclut : « n'ayez pas peur, trompez-vous et innovez ».