5 erreurs que font les jeunes avocats sur les médias sociaux
5 erreurs que font les jeunes avocats sur les médias sociaux
Quand la conseillère juridique de CBS Hayley Geftman-Gold a commenté un statut Facebook sur la tuerie de Las Vegas l’an dernier, elle pensait certainement que seuls ses « amis » sur le réseau pourraient lire sa prose.

Pourtant, son commentaire - « Je n’ai même aucune sympathie pour les fans de musique country qui sont souvent des tireurs républicains » - n’a pas seulement été lu par ses amis Facebook mais également par les hauts dirigeants de CBS qui l’ont, comme le raconte Law360, licenciée quelques heures plus tard.

Cette malencontreuse mésaventure virtuelle est un exemple éloquent sur la façon dont un avocat peut briser sa carrière en un seul clic.

Bien que tous les juristes soient susceptibles de déraper un jour en ligne, les avocats issus de la génération des milléniaux sont tout particulièrement concernés, ayant été immergés dans les médias sociaux très tôt dans leur vie. « La transition vers une utilisation professionnelle peut donc comporter certains pièges », estime la professeur spécialiste en éthique juridique Renee N. Knake.

Selon John Browning du cabinet Passman & Jones, ils ne seraient même pas toujours conscients du fait que les règles éthiques qui s'appliquent aux communications sur les plateformes de médias sociaux sont les mêmes que celles qui s'appliquent aux voies de communication plus traditionnelles.

Voici cinq erreurs que les avocats milléniaux commettent sur les médias sociaux, et la meilleure façon de les éviter.

1- Critiquer des juges, des clients, ou un confrère

Se lâcher en ligne sur les décisions d’un juge n’est pas une bonne idée. Bien qu’il ne soit pas rare que les avocats se confient sur leur journée à leurs amis ou famille, c’est quand « ces conversations transitent d’un comptoir de bar à un échange sur les réseaux que ça devient un problème », explique Knake.

Pour elle, un même contenu, avec une même intention, prendra une toute autre dimension en ligne et sera plus susceptible d’être sanctionné.

C’est ce qui est arrivé à une ancienne avocate de Louisiane, Joyce Nanine McCool, qui ne s’est pas gênée à se montrer très critique à l'égard de deux juges présidant des affaires de garde d'enfants. Elle n'était pas d'accord avec leur décision et a donc lancé une pétition en ligne, en plus de publier des articles de blog et des messages Twitter.

Le tribunal a statué qu’elle s’était livrée à une campagne virale pour influencer et intimider le pouvoir judiciaire, et qu’elle violait la règle d'éthique interdisant les communications ex parte. Elle a été radiée.

2- Divulguer des informations confidentielles

L'omniprésence des médias sociaux a rendu la plupart des milléniaux très enclins à commenter les événements de leur vie quotidienne en ligne. Mais pour les avocats, ces commentaires peuvent par inadvertance contenir des détails sur leurs clients ou des affaires qui sont confidentiels.

Pourtant, les jeunes juristes doivent impérativement se rappeler que leurs communications sur les médias sociaux sont toujours susceptibles d'être soumises à une surveillance judiciaire et éthique.

Selon le professeur Stephen Gillers, spécialisé en réglementations entourant la profession juridique, aucun avocat ne devrait poster quoi que ce soit sur un client, une firme, un enjeu concernant un avocat ou bien une affaire. « Et s’ils veulent commenter la décision d’une cour, ils devraient s’assurer qu’aucun client de leur firme, ou leur firme elle-même, n’y soit impliquée.»

3- Communiquer avec des tiers non représentés

Le procureur adjoint Aaron Brockler, de Cuyahoga County dans l’Ohio, a été renvoyé en 2013 après avoir créé un faux profil sur Facebook afin de communiquer avec des témoins de la défense. Il voulait détruire leur alibi dans une affaire de meurtre sur laquelle il travaillait.

Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir eu l’idée puisque qu’une ex-procureure en Pennsylvanie, Stacy Parks Miller, a aussi créé un faux profil sous le pseudonyme de Brittney Bella pour espionner des témoins et des accusés.

Définitivement à éviter!

4- Créer des conflits d’intérêt

C’est le Comité d'éthique juridique du District de Columbia qui a abordé pour la première fois la question des conflits d'intérêts. Les avocats peuvent en créer s'ils expriment une position sur une question en ligne, mais que cette position est contraire aux intérêts d'un client.

L’article cite le cas de Paul Mirengoff, avocat chez Akin Gump Strauss Hauer & Feld, qui a rédigé un article de blogue peu flatteur et critique d’une prière amérindienne qui a eu lieu lors d’un mémorial pour les victimes d’une tuerie en Arizona. Pourtant, sa firme a un groupe de pratique amérindien et représente un certain nombre de nations tribales…

Les deux se sont excusés par la suite dans les médias mais trop tard, le mal était fait.

5- Poster des choses embarrassantes

Ne pas poster de photos ou de commentaires potentiellement embarrassants peut sembler une évidence. Pourtant, Facebook et Instagram sont gorgés d'images de personnes qui boivent ou portent beaucoup moins de vêtements qu'elles ne le feraient au bureau.

Il faut également éviter l’humour un peu trop limite, comme l’a appris à la dure Julie Jones, une jeune avocate de Pennsylvanie qui a posté une photographie d’elle-même, aux côtés d’un policier, chacun tenant dans ses mains un fusil qui avait servi de preuve dans une affaire sur laquelle ils avaient collaboré.

Loin de trouver ça drôle, le bureau du procureur de district a condamné son geste le qualifiant « contraire au protocole de bureau en ce qui concerne le traitement des preuves. »

Comme tout le monde, les avocats se doivent donc de garder à l'esprit que, le plus souvent, il n’y a pas que leurs amis qui peuvent voir ces images…