1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession? Était-ce de famille ou encore le fruit d’un hasard?

Me Jasmine Lafleur, directrice associée chez Crochetière, Pétrin Avocats
Me Jasmine Lafleur, directrice associée chez Crochetière, Pétrin Avocats
Je ne peux dire que le droit était de famille, non. Chez nous, c’était la médecine ou la comptabilité. Je n’avais donc pas vraiment de modèle à suivre, et je n’en savais que peu sur la profession, sinon ce que mon père m’en avait raconté, toujours en bien, cela dit, et ce que j’en voyais à la télévision.

Je me voyais plutôt psychologue, à vrai dire, et j’ai donc commencé mes études dans le domaine à McGill. La psychologie expérimentale piquait ma curiosité. Or, je me suis rapidement aperçue que là n’était pas ma place. En y réfléchissant, j’en ai conclu que le droit pouvait aussi m’intéresser : j’avais été élevée avec des parents qui insistaient sur l’importance d’utiliser le bon vocabulaire pour se faire comprendre et de choisir les bons termes pour exprimer le fond de sa pensée, et j’avais une certaine facilité avec les tâches de modérateur. L’avocat étant pour moi une personne qui plaide et qui a de la facilité à parler. J’ai ainsi choisi le droit pour des questions de français et de bons mots.

Une fois avocate, j’ai pratiqué en litige : j’aimais aller à la Cour. Rapidement, j’ai aussi été appelée à faire autre chose, et me suis découverte une passion en rédigeant des directives d’interprétation de la loi : j’aimais comprendre la loi, l’analyser et la mettre en application dans le quotidien des gens qui, eux, devaient ‘vivre avec’ par la suite. Progressivement, j’ai migré vers un travail différent : je fais aujourd’hui de la gestion de cabinet, à l’exclusion de la pratique du droit!

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi de carrière fut de passer du milieu associatif au milieu privé : ce fut un « pas de géant »! Je travaillais alors depuis 10 ans en gestion à l’APCHQ, une OSBL où les revenus entraient sans trop de difficultés dans la mesure où nous offrions des services aux membres. Ma mission constituait à faire de mon mieux pour, justement, offrir des services aux membres.

En faisant le saut comme gestionnaire chez Crochetière, le défi était double : il s’agissait pour moi d’un changement de culture important, et d’un élargissement de mes responsabilités d’un seul coup. L’objectif était désormais d’assurer la pérennité, la prospérité, la rétention des talents, la profitabilité, etc.

Ce que je fais aujourd’hui, les associés le faisaient avant moi, tout en menant leur pratique. Voulant se concentrer sur le droit, ils ont alors voulu avoir quelqu’un qui pourrait gérer divers aspects de la pratique avec une vision d’ensemble. Notre cabinet est, en effet, suffisamment grand pour avoir quelqu’un comme moi à son bord, mais pas assez grand pour aussi compter un directeur marketing, une personne responsable des ressources humaines et de la comptabilité, un chargé des relations avec les partenaires, un responsable des communications, etc. Je porte donc tous ces chapeaux à la fois, un peu comme une « femme-orchestre »!

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, j’ajouterais un peu de souplesse à différents égards, sachant qu’on en manque encore trop si l’on se compare à d’autres milieux.

Un exemple de cela est la « question du papier », qui alourdit beaucoup le travail et les dossiers. De plus en plus, on essaie en effet de mieux concilier le travail et la vie familiale, on parle de mobilité et de télétravail, mais on manque encore d’outils nécessaires pour rendre tout cela vraiment possible : travailler de la maison implique trop souvent de partir avec son lot de dossiers sous le bras.

Un peu plus de souplesse avec le nouveau Code de procédure et les façons de faire serait aussi, à mon avis, bénéfique. À titre d’exemple, pensons aux horaires de Cour : si on parle beaucoup de la nécessité pour le système judiciaire d’être plus rapide, on conserve à mon avis des plages horaires bien courtes pour traiter les dossiers qui se rendent à procès en commençant à 9h, en prenant une pause de midi à deux heures, puis en reprenant pour terminer à 5h… Ne serait-il pas possible de changer un peu les choses, comme dans les CRA, où il n’y a pas de limite en ce sens et où les choses avancent d’autant plus?

Enfin – et je ne prétends pas ici avoir la solution! -, la multiplicité des courriels que nous recevons au quotidien me fait réfléchir. Cela nous permet certainement de donner des réponses plus rapidement aux clients, dont nous nous rapprochons par la même occasion, mais la chose devient aussi lourde pour tous : tant les avocats que les adjointes qui doivent tout conserver aux dossiers traitent des courriels jour & nuit…Je suis convaincue qu’il faudrait s’employer à trouver des façons de faire différentes.

4. La perception du domaine de la construction envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique?

Mon impression, du moins dans le domaine de la construction qui est celui que je connais, est que les temps ont changé, et pour le mieux. Quand j’ai commencé, il existait une plus grande distinction entre hommes et femmes, et les femmes devaient se battre pour se faire une place. Je l’ai moi-même vécu: il ne m’a pas été facile d’établir ma crédibilité. Je constate que les choses, sur ce point, sont plus faciles aujourd’hui, même s’il peut évidemment toujours exister des problématiques. Je crois que les femmes ont leur place en construction, qu’elles sont de plus en plus nombreuses, et même dans des postes de dirigeantes d’entreprise.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant avoir du succès en droit?

Je crois qu’il est important de garder le cap sur l’équilibre. Évidemment, il est tout à fait normal, surtout en début de carrière, de vouloir performer, développer de la clientèle, d’y mettre beaucoup d’énergie et, en somme, de « vouloir le monde ». Cela dit, et s’il est certainement important de vouloir une carrière, tout peut basculer si on perd l’équilibre. Il est à mon avis primordial de ne pas s’oublier comme individu, de ne pas oublier sa santé, de ne pas s’oublier comme conjoint, parent et enfant… parce que si on oublie ces autres aspects, on finit par perdre, ce qui n’est pas l’objectif!

  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates (auteurs : Mary Ann Shaffer et Annie Barrows)
  • Le dernier bon film qu’elle a vu? Les figures de l’ombre (réalisateur : Theodore Melfi)
  • Sa chanson fétiche : Bohemian Rhapsody (groupe : Queen)
  • Sa citation préférée : « Aucune pensée malsaine ne fera escale dans mon esprit! » (empruntée au livre Mange, Prie, Aime d’Elizabeth Gilbert
  • Elle craque pour…les bulles!
  • Elle aimerait visiter … l’Écosse.
  • Elle… a beaucoup de respect pour les gens qui ont pu améliorer la condition humaine, qui ont fait qu’on est en santé et qu’on est égaux.
  • Si elle n’était pas avocate/gestionnaire de cabinet, elle serait… en gestion de projets! Gérer, organiser et penser aux différentes étapes permettant, par exemple, d’arriver à déplacer tous les patients d’un hôpital vers un nouveau ou encore de voir à la réfection d’un pont sont des idées qui l’emballent!


Me Jasmine Lafleur a reçu son diplôme de l'Université d'Ottawa en 1989. Elle a été admise au Barreau du Québec en 1990.

En juin 2007, elle accepte le poste de directrice générale du cabinet Crochetière Pétrin. Depuis, elle en assure l’entière direction entourée d’une équipe compétente, efficace, orientée vers des résultats et tout aussi dévouée.

Auparavant, elle a occupé diverses fonctions dans l'industrie de la construction, d'abord comme plaideuse à l'AECQ, puis comme avocate principale du département des relations du travail de l'APCHQ.

En 1997, elle réoriente sa carrière pour se concentrer à la gestion au sein de la régionale de Montréal de l'APCHQ. En 2005, elle accepte le nouveau défi qui lui est proposé et devient Directrice générale de cette même association.

Outre l'industrie de la construction, elle a travaillé à titre de plaideuse à la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) et comme Conseillère spéciale aux affaires internes de la GRC à Ottawa.

Dans sa plus jeune carrière, Me Lafleur a dispensé des cours de formation auprès de futurs entrepreneurs en construction et siégé comme membre du Comité d'arbitrage des comptes d'honoraires des avocats du Québec au Barreau du Québec.

Me Lafleur est également membre de l’Ordre des Administrateurs agréés (Adm.A.) et de divers comités au sein de l’Association québécoise des administrateurs juridiques (AQAJ). Elle siège comme présidente suppléante du jury Domus de l’APCHQ Montréal Métropolitain.