Marie-Thérèse Dugas
Marie-Thérèse Dugas
Originaire de Nouvelle, un petit village de la Gaspésie, l’hyperactive Marie-Thérèse Dugas, directrice principale en fiscalité chez PSB Boisjoli et enseignante en fiscalité internationale depuis 2013 à l’Université de Sherbrooke, ne s’arrête (presque) jamais.

Avec ses quatre maîtrises et son doctorat en Droit public de l’université Paris-Sorbonne, la professionnelle de 41 ans a déjà vécu à Berlin, Montréal, Paris, Sherbrooke, est passée par plusieurs grandes entreprises comme Richter, PwC, KPMG et Bombardier et s’y connaît aussi bien en prix de transfert qu’en matière de conseil fiscal et d’audit.

Elle parle aussi quatre langues : l’allemand, le français, l’anglais et le créole, qu’elle a appris auprès de son conjoint haïtien. Sa spécialité? L’échange de renseignements entre le Canada et tous les pays avec lesquels il a des conventions fiscales - le sujet de sa thèse.

Chez PSB Boisjoli depuis novembre dernier et dans les finances depuis 12 ans, elle navigue entre l’organisationnel, la gestion de projet, l’aspect « client » et le développement de la compétence du personnel - formation et recrutement y compris.

« Je pense que la structure idéale est celle de PSB Boisjoli », explique la fiscaliste. Pour elle, être dans une entreprise de près de 200 personnes donne assez d’espace pour avoir « plus de retombées et de variété » dans ses mandats.

« Et en même temps, le fait que la firme ne soit pas trop grande nous permet la flexibilité d’apporter des mandats de nature différente, poursuit-elle. J’ai ainsi la possibilité d’avoir des mandats dans différents aspects légaux de la fiscalité que je n’aurais peut-être pas connus quand j’étais spécialisée en prix de transfert chez KPMG par exemple. »


Accompagner les PME québécoises

D’abord, Mme Dugas accompagne au quotidien les clients en matière fiscale sur des enjeux de conformité, de réorganisations d’entreprises et dans des projets d’investissement, de planification et de croissance. Sa clientèle, principalement en investissement immobilier, revente ou marché de détail, se compose de PME québécoises, de familles, et de groupes d’entrepreneurs.

En matière de conformité, une société va par exemple devoir produire des déclarations fiscales à temps, des déclarations de déduction à la source, ou encore des formulaires attendus par les autorités fiscales. Et sur les questions de réorganisation et de croissance, Mme Dugas va leur recommander des structures ou des investissement à mettre en place.

Pour le volet fiscalité internationale, elle va adresser aussi bien des questions de prix de transfert que de structures et de conformité fiscale à l’étranger ou encore de fiscalité américaine. « Ici, j’ai un impact sur les clients, je le vois, je le vis. Alors qu’en grand cabinet, cet aspect-là aurait peut-être été moins présent. »

Mais ce n’est pas tout : la comptable doit ensuite collaborer avec une équipe d’une trentaine de professionnels, et se charger de la planification, de la distribution et de l’organisation du travail.

« On va s’assurer que les mandats soient livrés à temps, explique-t-elle à Droit-inc. Au niveau gouvernemental, on a toujours des prescriptions de délais importantes. On s’occupe aussi de ce qui a trait à la représentation de la fiscalité dans les universités et à l’extérieur. C’est l’aspect marketing. On souhaite recruter du talent. »


Plusieurs cordes à son arc

Passionnée par les finances, Mme Dugas ne s’est pas contentée d’en apprendre seulement sur ce sujet. En effet, elle a également ajouté à son arc l’administration des affaires, les sciences comptables, et - plus étonnant - l’éducation des adultes !

« L’éducation, c’était une recommandation de ma mère! Parce que je travaillais beaucoup en vase clos, je trouvais que les gens n’allaient jamais assez vite, et elle m’a conseillée ça pour apprendre à travailler avec les autres personnes (rires). Quand j’ai fait ce programme-là, j’ai découvert un bel univers qui n’était pas visible pour moi avant. J’ai appris à travailler avec les autres, à apprendre d’eux, à mieux transmettre le savoir. »

Son passé professionnel lui a également beaucoup appris, notamment ses voyages.

« C’est mon expérience chez Bombardier comme expatriée à Berlin, qui m’a probablement le plus ouverte à apprécier les cultures d’ailleurs. Les Allemands sont très rigoureux quant au temps et on tire beaucoup de bénéfices à adhérer à leurs principes. Il y a beaucoup de respect chez eux. C’est aussi là-bas que j’ai appris à ne pas attaquer mon temps personnel la fin de semaine. »

D’ailleurs, quand elle ne travaille pas, la fiscaliste en profite pour danser ou faire du sport. « C’est génial, ça permet de renouveler l’énergie. Avec mon conjoint, on fait de la randonnée pédestre, de la salsa, du tango… On s’en va en montagne ou sur une piste de danse et on décroche complètement. »


Politique et développement de l’entrepreneur

Ce qui « allume » le plus Mme Dugas dans son travail est le lien entre la fiscalité et la réalité vécue par les contribuables, notamment en matière de politiques sociales.

« Le budget, publié en avril, a un impact direct sur notre façon de travailler, explique-t-elle. Par exemple, le ministre Morneau a annoncé des changements au niveau d’un article de loi qui touche le fractionnement de revenus ».

Il s’agit d’un moyen largement utilisé par les contribuables ayant des sociétés personnelles ou familiales pour abaisser leur niveau d’imposition et assurer la croissance des PME, explique-t-elle. Auparavant, un propriétaire unique pouvait distribuer des dividendes à des membres de sa famille, et chacun baissait son taux d’imposition.

« Maintenant on ne peut plus le faire, à moins que les individus prennent véritablement part dans l’entreprise. Une telle nuance dans un article de loi par l’intermédiaire d’un énoncé budgétaire vient complètement modifier le fonctionnement économique d’une PME. Et cela change notre façon de pratiquer comme fiscalistes. C’est très concret, comparativement à la comptabilité où l’on produit des états financiers. »

Autre point qui la passionne beaucoup : le développement de l’entrepreneur. « On rencontre des gens qui ont des super idées et on les aide à mettre en place un rêve, poursuit Mme Dugas. Récemment, je l’ai vu avec un groupe de médecins qui démarrait un projet d’investissement. C’était un objectif de longue date, et nous on le concrétisait. »


L’écoute avant tout

Ainsi, l’aspect humain de son travail est un grand bonus pour la professionnelle au leadership qu’elle décrit comme « discret ».

« J’aime beaucoup écouter les gens, j’essaie de redistribuer les idées en appuyant à la fois le pour, et le contre. Je m’attarde beaucoup à comprendre ce que les gens aiment, n’aiment pas, ce qu’ils vivent, etc. Si quelqu’un est surchargé par exemple, ça ne sert à rien d’en ajouter. »

Selon elle, le plus important est de toujours miser sur le positif d’une situation. «J’aime beaucoup l’aspect de réciprocité, se mettre dans les chaussures de l’autre personne. »

Notons que Mme Dugas est quotidiennement amenée à travailler avec des avocats. À l’interne, mais aussi à l’externe.

« Une grande partie du travail, par exemple en réorganisation d'entreprise, tient du légal. On a vraiment besoin d’une bonne collaboration avec les avocats pour mettre nos règles en application. Même si on pense à une structure fiscale optimale, on va travailler main dans la main pour la mise en oeuvre. »


Et le futur ?

Parmi les défis à venir pour les fiscalistes : l’intelligence artificielle.

« Beaucoup de travail clérical pourra probablement être automatisé. De plus, l’intelligence artificielle va venir interagir dans un futur à moyen terme pour permettre de voir l’environnement des affaires non pas par pays, mais dans un spectre global. On va arriver dans un monde où l’on va être en mesure à un certain moment donné de voir une entreprise non pas de façon compartimentée mais en trois dimensions. C’est l’IA qui va nous permettre ça. »

Et à un niveau plus personnel, Mme Dugas n’a pas non plus fini de se fixer des objectifs à atteindre! La prochaine étape? Compléter un programme à Harvard pour lequel elle a reçu une bourse il y a deux ans!

« Arriver à le poursuivre va être le défi des deux ou trois prochaines années car c’est exigeant. Mais ça va avoir des retombées à la fois dans mon travail chez PSB et à l’université. »