1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession?

Me Michel Massicotte de Desrosiers Joncas Nouraie Massicotte
Me Michel Massicotte de Desrosiers Joncas Nouraie Massicotte
J’ai, en fait, toujours aimé plaider et défendre mes points de vue. L’art oratoire a toujours été, même tout jeune, quelque chose qui m’intéressait.

Je suis de la génération qui a connu la naissance des cégeps, après quatre années de cours classique. Tout naturellement, je me suis rapidement dirigé vers le droit. J’ai ensuite rencontré quelqu’un dont le père était juge à la Cour des sessions de la paix (maintenant la Cour du Québec, division criminelle). Ce dernier m’a invité à voir ce en quoi consistait la pratique du droit criminel. Quand est venu le temps de faire mon stage, j’ai opté pour ce droit, sachant que j’étais un « gars de cœur et d’émotions » davantage qu’un gars de droit civil ou de procédure.

J’étais intéressé par la possibilité de faire valoir le bon côté des choses, par les enquêtes policières, les interrogatoires et contre-interrogatoires de différents témoins, etc. Je considérais le droit criminel comme étant un véhicule privilégié pour « gérer l’humain » et en voir les forces et faiblesses. Fervent des libertés individuelles et collectives, je me voyais naturellement du côté de la défense et de l’individu plutôt que du système, de façon à aider à ramener le déséquilibre des forces qui existe parfois.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Les dossiers sont aujourd’hui de plus en plus gros et, souvent, de plus en plus complexes. Tout cela – incluant la complexification du droit - implique de devoir prendre un nombre élevé de décisions, et faire en sorte qu’on se retrouve souvent pris entre un système qui manque de ressources et la nécessité d’assurer la défense pleine et entière de son client.

Le défi de tous les jours consiste ainsi à trouver la façon d’utiliser le système de la meilleure façon possible. L’arrêt Jordan a, à titre d’exemple, beaucoup changé les mentalités dans la pratique du droit criminel. Parfois, on attaque une procédure sur la base de l’arrêt Jordan et, parfois, on se retrouve devant des juges qui ont tendance, du fait de ce même arrêt, à devenir de plus en plus exigeants envers les avocats, notamment quant à la longueur ou encore la quantité des procédures.

Le défi, dans tout cela, est d’atteindre l’équilibre entre les exigences des tribunaux qui ont, d’une part, un défi administratif à gérer et, d’autre part, la défense pleine et entière de son client, sachant que les décisions qui seront rendues sont lourdes de conséquence pour lui. Dans un système où il existe de plus en plus de pression de résultat, il faut savoir conserver sa crédibilité et ne pas faire de procédures inutiles, en même temps que de convaincre la cour que les procédures prises le sont pour faire respecter les droits du client.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

S’il y a une chose qui manque encore terriblement à la pratique en matière criminelle et que j’améliorerais volontiers d’un coup de baguette magique, c’est la coopération devant exister entre les avocats de la poursuite et de la défense. Je ne suggère évidemment pas, ici, d’en venir à l’asservissement ou à la complaisance, loin de là.

Cela dit, je trouve déplorable de devoir sans cesse démontrer aux avocats de la partie adverse qu’on ne veut pas leur tendre des pièges. Statistiquement, 90-95% des dossiers se règlent par des plaidoyers…et pour qu’il y en ait, il faut pouvoir rencontrer son adversaire et le faire dans un esprit de confiance mutuelle, ce qui manque trop souvent. De nouvelles procédures de conciliation ont notamment été introduites à la suite de l’arrêt Jordan : nous devons donc nous parler davantage.

Certains gestes des procureurs, d’un côté comme de l’autre, ont bien sûr entaché cette confiance. Il n’empêche qu’elle doit demeurer et être cultivée, de façon à ce que les avocats puissent avoir, de part et d’autre, des préjugés favorables les uns envers les autres. Cela donne tout simplement de meilleurs résultats.

Heureusement, différentes associations existent pour pallier à cela et pour organiser des rencontres et discussions.

Sur le plan individuel, rappelons-nous, avocats, que nous avons un travail à faire, quel que soit le crime commis par le client, et aussi répugnant qu’il puisse être. Gardons-nous d’associer l’avocat à son client et faisons preuve de maturité, au-delà du combat personnel. L’objectif est de défendre le client, bien sûr, mais dans un climat de respect et de coopération.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je ferais une nuance quant à ce que l’on entend par « le public ».

Quand un juge doit prononcer une sentence, le public est défini comme un public averti, à savoir quelqu’un qui, mis au courant de tous les faits et des circonstances, pourrait avoir une opinion. Un jury formé de douze citoyens qui entendent les faits de la cause et les témoins est un public averti. Si l’on considère ce public-là, je crois qu’on a bien raison de dire que la perception envers la profession est bonne.

Malheureusement, le public averti compte pour une minorité. En effet, le grand public est loin d’être un public généralement averti. Les médias donnent souvent une image fausse d’un problème, ayant évidemment des objectifs de vente et popularité en tête qui peuvent parfois faire prendre des raccourcis qui, eux, donnent à la population une opinion qui n’est pas aussi informée des choses qu’elle ne le devrait. Si l’information transmise est biaisée, elle le demeurera et se répandra ainsi. Et on sait qu’il est « difficile de remettre le dentifrice dans le tube une fois qu’il en est sorti »!

5.Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant avoir du succès en droit criminel et pénal au sens large?

La personne voulant faire du droit criminel doit, dans un premier temps, se départir de ce que j’appelle « l’aspect romantique » de la chose. Défendre la veuve et l’orphelin et les grands principes est une chose, mais il faut savoir que la pratique du droit criminel est difficile en plus d’être physiquement demandante compte tenu des longues heures qu’elle implique souvent. Aller dans les cellules, rencontrer les clients et côtoyer la misère n’est pas aisé.

C’est qu’on ne commence pas avec les grands dossiers de ce monde : on traite d’abord de gens accusés de violence conjugale, de petits vols, etc.

Pour réussir en droit criminel, il faut donc, au début, une paire de running shoes, un cellulaire et une auto… parce qu’on court beaucoup!

Il faut, surtout, se donner le temps, en acceptant dans l’intervalle les mandats d’aide juridique, de pro bono, etc.

On s’aperçoit généralement rapidement si on est fait ou non pour le domaine, et il faut accepter de pouvoir se tromper dans ses choix.

Évidemment, si on parle de réussite, rappelons-nous qu’il n’y a pas de substitut au fait qu’il faille travailler fort. Outre cela, il faut aussi savoir faire preuve de jugement. L’intelligence est une chose, mais la capacité à l’appliquer en est une autre, tout aussi nécessaire. Notre pratique implique de prendre des décisions qui affectent la liberté de l’individu et nécessite donc de savoir bien écouter, de faire montre d’une certaine vivacité d’esprit et d’être capable de réagir aux événements.
  • Le dernier bon livre qu’il a lu : A Higher Loyalty (auteur : James Comey), de l’ancien directeur du FBI.
  • Le dernier bon film qu’il a vu : Dunkerque (réalisateur : Christopher Nolan), parce qu’il est un fervent d’histoire.
  • Sa chanson fétiche : Quand les hommes vivront d’amour (Raymond Lévesque).
  • Sa citation préférée : « Tout vient à point à qui sait attendre. » …parce que dans notre métier, il faut savoir cultiver la patience et éviter d’aller trop rapidement dans l’élaboration de la stratégie, nous dit-il. Les choses précipitées ne nous servent jamais très bien.
  • Il est maniaque…de bonne bouffe (dont la bouffe française) et de grands restos!
  • Son restaurant préféré : Restaurant Guy Savoy, à Paris, qui vient de déménager dans l’immeuble de la Monnaie de Paris, à l’architecture absolument magnifique.
  • Il aimerait visiter …le Vietnam ou encore retourner en Australie.
  • Il admire:Winston Churchill, parce que c’est un batailleur qui n’a jamais abandonné, même dans les heures les plus sombres de l’histoire, en faisant preuve d’une détermination incroyable.
  • S’il n’était pas avocat, il serait… quelque chose qui a rapport avec les sciences politiques – soit dans le professorat, soit dans l’action politique.


Pratiquant le droit criminel, pénal et disciplinaire depuis plus de 38 ans, Me Michel Massicotte s’est forgé une réputation de plaideur chevronné devant tous les tribunaux de la province, tant en première instance qu’en appel. Il a fait sa marque dans les domaines aussi pointus que la fiscalité pénale, la fraude, le droit de la concurrence ainsi que les accusations d’abus de confiance et de corruption, domaines actuellement en pleine éclosion. À cet égard, au cours des dernières années, Me Massicotte a joué un rôle important dans le cadre de la Commission Gomery et la Commission Charbonneau.

Conférencier et auteur de publications, Me Massicotte est très impliqué socialement dans les organismes à caractère caritatif et est membre de plusieurs associations. Il est avocat émérite (Ad.E.) du Barreau du Québec et il a reçu le prix Léo-René Maranda, remis par l’Association des avocats de la défense de Montréal, pour souligner l’ensemble d’une carrière remarquable