Me Paul-Matthieu Grondin
Me Paul-Matthieu Grondin
Depuis 5 ans, l’augmentation du nombre de nouveaux avocats est de 150 % supérieure à celle de la population en général.

C’est ce que révèlent nos calculs, qui comparent la croissance annuelle des membres du Barreau à celle de la population en général.

Ainsi, de 2012 à 2016, le nombre de membres du Barreau a augmenté de 9,83 %, La population du Québec, elle, a augmenté de 3,92 %.

On remarque la même proportion en croissance annuelle moyenne : chaque année, la population croît de 0,65 %, tandis que les avocats augmentent leurs effectifs de 1,65 NaV plus que la moyenne canadienne!

Il y a quelque 325 avocats par 100 000 habitants au Québec. C’est 29 % de plus que la moyenne canadienne, où le ratio est de 252 avocats. Le Québec est 2e au pays pour le nombre d’avocats par rapport à la population, derrière les 339 avocats par 100 000 habitants en Ontario.

D’ailleurs, en Ontario, on remettait récemment en question la pertinence d’ouvrir une nouvelle fac de droit à l’Université Ryerson. Au moins deux administrateurs du barreau provincial qualifiant le projet d’« irresponsable » et votant contre.

Parce qu’ils jugent qu’il y a déjà trop d’avocats.

« La question se pose, et on doit faire ce débat-là, c’est certain », répond d’entrée de jeu le bâtonnier du Québec Paul-Matthieu Grondin.

D’ailleurs, dans un rapport publié en 2016 par le Jeune barreau de Montréal, on remarquait que dans les deux dernières décennies, le nombre d’avocats doublait, bondissant de 100 %, pendant que la population augmentait de 15 %.
Le problème est généralisé : en 2013, l’Association du barreau canadien (ABC) constatait que depuis l’an 2000, le nombre d’avocats a augmenté 5 fois plus que la population.


Y a-t-il trop d’avocats ?
Y a-t-il trop d’avocats ?




Une demande mal comprise

« Nous savons comment quantifier l’offre, mais pour la demande, c’est un problème qu’on n’a pas résolu », concède le bâtonnier Grondin.

Le défi consiste en effet à évaluer la demande pour les services juridiques. « On s’entend pour dire qu’il y a un problème, mais tous ne sont pas d’accord sur la façon de le quantifier. La demande est une variable intangible, difficile à calculer. »

En effet, doit-on par exemple tenir compte de la croissance du PIB pour évaluer combien d’avocats peut absorber la population ? La croissance économique présuppose davantage de moyens pour recourir aux services d’un avocat.

« Nous réalisons une étude sur la demande qui sera prête l’an prochain, et nous allons convier toutes les parties à une réflexion », poursuit le bâtonnier.

Dans l’immédiat, le Barreau du Québec calcule qu’un plateau sera atteint du côté de l’offre dans la prochaine décennie. « En faisant le bilan des arrivées dans la profession et des départs à la retraite, on on s’attend à une augmentation qui ne dépasser pas les 30 000 avocats » au total, soutient Me Grondin.

Contingentement

Contingenter les programmes d’études, dont celui de l’École du Barreau ? « On n’est pas rendus là. Toutes les options sont sur la table, incluant le non-contingentement », répond Paul-Matthieu Grondin.

Au contraire, le contingentement « est une base sur laquelle on peut commencer à parler du problème », postule le président du Jeune Barreau de Montréal, Jonathan Pierre-Étienne.

Dans son rapport de 2016 sur la situation de l’emploi des jeunes avocats, le JBM soutient, sans équivoque, qu’il y a trop d’avocats qui arrivent sur le marché du travail. Et ce, notamment à cause d’une hausse des admissions à l’École du Barreau.

Le JBM cite la situation de juridictions voisines pour illustrer ce qui attend le Québec : en Ontario, un manque grave de stages a provoqué de profonds changements dans la formation ; aux États-Unis, champions de la surpopulation juridique, les jeunes avocats sans travail et lourdement endettés sont légion.

Déjà au Québec, les salaires baissent et les stages sont de plus en plus difficiles à trouver. D’où l’importance, soutient Me Pierre-Étienne, de s’attaquer au problème.

Explosion hors de contrôle

le président du Jeune Barreau de Montréal, Jonathan Pierre-Étienne
le président du Jeune Barreau de Montréal, Jonathan Pierre-Étienne
Et les données actuelles sont suffisamment éloquentes, affirme le président du JBM, qui constate que l’explosion « incontrôlée » du nombre d’avocats n’améliore en rien l’accessibilité à la justice.

« On parle de croissance économique et de mesure de la demande, mais dans l’immédiat, on remarque que même si il y a plus d’avocats, le nombre de ceux qui acceptent des mandats d’aide juridique sont en diminution. » Cela pourrait signaler que la population a de moins en moins accès à l’offre juridique.

Parallèlement, les conditions de travail pour les nouveaux venus périclitent, tandis que les prix chutent.

C’est pourquoi le JBM soutient que c’est avec le contingentement qu’il faut lancer le débat. « Il faut raisonner le contingentement. Par exemple, plutôt que d’utiliser le taux de succès constant de 80 % d’année en année, l’École du Barreau doit viser à maintenir un équilibre de 275 avocats par 100 000 habitants », poursuit Me Pierre-Étienne.

Ce chiffre, qui est la moyenne des taux d’avocats canadiens et albertains, la province comptant le moins de procureurs au pays, est une base de départ soumise par le JBM, et non pas un absolu, précise Jonathan Pierre-Étienne. « On parle de contingentement raisonné, faisant que les effectifs sont modulés chaque année selon les besoins du marché. »