1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocate plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? C’était de tradition familiale, un choix évident ou le fruit d’une longue réflexion?

Me Lana Fiset, Secrétaire générale et Directrice exécutive affaires corporatives et juridiques, Réseau de transport métropolitain (EXO
Me Lana Fiset, Secrétaire générale et Directrice exécutive affaires corporatives et juridiques, Réseau de transport métropolitain (EXO
Il n’y avait, dans mon cas, aucun avocat dans la famille. Je n’en connaissais par ailleurs pas non plus. Cela dit, j’étais, très jeune, du genre à défendre les autres ou encore à intervenir à l’école dans ce qu’on appelle aujourd’hui les cas de « taxage ». J’avais soif d’équité et voulais défendre « la veuve et l’orphelin ».

C’était aussi dans ma personnalité – au grand dam de mes parents! – de demander des justificatifs et des motifs quand je recevais un « non » comme réponse. J’argumentais, et j’avais besoin de comprendre.

L’importance du choix du mot juste et de l’argumentaire m’ont, en fait, toujours attirée.

Il est vrai qu’à une certaine époque, je me voyais sauver les enfants du monde et les maladies sur la planète...mais je n’avais pas la bosse des sciences et suis donc allée en droit. Je n’ai jamais regretté! Je continue aujourd’hui à croire que le droit est une formation qui ouvre bien des portes et qui sert partout.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi professionnel en est un qui s’est répété à plusieurs reprises dans ma carrière: ce fut celui de me joindre à des organismes où des projets importants devaient être mis en place. Dans bien des cas, il s’agissait de projets novateurs qui relevaient de l’éthique des affaires, de gouvernance et/ou de conformité.

Évidemment, la mise en place de projets passe par la mise en place de notions de transparence, d’imputabilité, de reddition de comptes, etc…ce qui implique parfois de heurter les façons de faire déjà établies, de proposer de nouvelles visions et de faire évoluer une culture d’entreprise. Parler de changement et de nouveauté implique, l’humain étant ce qu’il est, de parler aussi de résistance au changement. Le défi, dans ce contexte, est de composer avec la résistance, de rallier les gens et de faire preuve du leadership nécessaire pour opérer le changement.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique (et parce que je n’ai pas la prétention d’avoir la solution!), j’améliorerais l’accès à la justice. Encore aujourd’hui, et il y a à ce chapitre peu de changement depuis mes débuts en pratique, « monsieur-et-madame-tout-le-monde » n’a toujours pas accès au système.

Même s’ils ont les mêmes droits que les mieux nantis et les entreprises, ils n’ont, dans les faits, pas les mêmes accès, ce qui nuit évidemment beaucoup à la perception de la population envers notre pratique de façon générale.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

La perception du public envers la profession n’a, à mon avis, pas beaucoup changé… et n’a jamais été très positive. Il existe en effet encore beaucoup d’idées préconçues, et souvent fausses, quant au système de justice.

Les gens sont certainement plus avertis aujourd’hui, connaissent mieux leurs droits de par l’influence des médias sociaux et de l’internet et sont donc plus critiques et exigeants, mais cela ne signifie pas toujours qu’ils ont une meilleure compréhension du droit qu’auparavant.

Si les gens d’affaires ont à mon avis une perception plutôt positive des avocats, je constate aussi que les particuliers les plus critiques, eux, ne sont pas toujours ceux qui ont eu une expérience personnelle avec un ou des avocats.

Notre capacité à démystifier la profession, à mon avis, aiderait beaucoup les choses, comme il est encore difficile de bien comprendre le système et son fonctionnement.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière, voulant gravir les échelons et se retrouver, comme vous, à la tête des affaires juridiques d’une organisation?

Il est important, à mon avis, que l’avocat d’entreprise se perçoive comme un réel partenaire d’affaires, qui accompagne l’organisation dans ses décisions et la mise en place de projets tout en respectant le cadre légal applicable. Les avocats d’entreprise sont davantage, aujourd’hui, perçus comme des gens qui favorisent la recherche de solutions que comme des « empêcheurs de tourner en rond ».

Si la profession est, il est vrai, encore conservatrice, je crois qu’il faut savoir, si l’on veut accéder à des postes de gestion en droit, innover dans notre approche des solutions juridiques, nos façons de penser et de faire. Il faut être ouvert et à l’écoute.

Le fait de se trouver un mentor, qu’il soit avocat ou non, est aussi un atout. Il est important d’avoir dans son entourage quelqu’un en qui on a confiance, qui nous inspire, qu’on admire, à qui l’on peut se confier et qui peut nous donner des conseils quant à l’orientation de notre carrière.

Enfin, la rigueur demeure essentielle : c’est la clé. Le fait d’être passé par la pratique privée avant de faire le saut en entreprise est, à mon avis, une bonne école puisque cela permet de toucher à toutes sortes de choses, de connaître ses forces et ce que l’on veut ou non exploiter.
  • Le dernier bon livre qu’elle a lu : The Rooster Bar (auteur : John Grisham)
  • Le dernier bon film qu’elle a vu? Red Sparrow (réalisateur : Francis Lawrence)
  • Sa chanson fétiche : Il était une fois des gens heureux (auteur : Stéphane Venne)
  • Ses citations préférées : « il faut faire confiance à la vie » et « rien n’arrive pour rien »
  • Son péché mignon : le chocolat noir de marque Theobroma
  • Elle aime casser la croûte chez… Damas (avenue Van Horne, Outremont)
  • Sa prochaine destination : L’Argentine.
  • Elle admire:Nelson Mandela, pour sa lutte contre la ségrégation raciale et le fait qu’il ait réussi à faire bouger les choses.
  • Elle aurait rêvé d’être …médecin ou pianiste!

Membre du Barreau du Québec depuis 1992, Me Lana Fiset occupe depuis juillet 2018 le poste de secrétaire générale, directrice exécutive affaires corporatives et juridiques pour le Réseau de transport métropolitain (exo). À ce titre, elle siège sur plusieurs instances dont le conseil d'administration, le comité de vérification et le comité de gouvernance, d'éthique et des ressources humaines.

Auparavant, elle occupait le poste de vice-rectrice à la gouvernance, aux ressources humaines et secrétaire générale de l'Institut national de la recherche scientifique, une université de deuxième cycle œuvrant, entre autres, dans les domaines de la santé, de l'environnement, de l'énergie, des matériaux et des télécommunications.

De plus, elle a occupé le poste de vice-présidente affaires juridiques, ressources humaines et secrétaire générale d'une société publique cotée en bourse dans le domaine de la santé.

Me Fiset possède également une expertise en matière de gouvernance, d'éthique, de droit des affaires et de ressources humaines. Elle a également occupé différents postes au sein de l'industrie du secteur des services financiers québécois en droit, en conformité réglementaire, ainsi qu'à titre de gestionnaire.

En plus d'avoir siégé sur des conseils d'administration d'OSBL, elle siège actuellement sur le conseil d'administration de l'Ordre des audioprothésistes du Québec, ainsi que sur le comité de révision de l'Ordre des dentistes du Québec.

Me Fiset est administratrice de sociétés certifiée (ASC), ayant complété le programme de certification universitaire en gouvernance de sociétés du Collège des administrateurs de sociétés de l'Université Laval.