Me Julie Couture de Couture avocats inc.
Me Julie Couture de Couture avocats inc.
La conciliation travail-famille peut être un gros défi, quelque soit le domaine d’emploi. Dans l’univers singulier du droit criminel, comment ces «superwomen», à la fois criminalistes et mères de famille, parviennent-elles à assumer ces deux rôles sans y laisser leur peau?

Pour nous éclairer, deux avocates spécialisées en droit criminel ont accepté de se confier sur leurs enjeux du quotidien.


Me Julie Couture, de Couture avocats inc., se décrit comme une véritable passionnée du droit. Cette mère monoparentale assume la garde complète de ses trois enfants âgés de 3, 9 et 10 ans... Tout un défi!

Me Couture a débuté sa pratique il y a 15 ans. Fraîchement sortie du Barreau, elle a d’abord travaillé d’arrache-pied comme pigiste, puis a ouvert son propre cabinet en 2003, gérant alors plusieurs juristes. Éventuellement, la criminaliste a choisi de réduire ses effectifs pour se consacrer davantage à la défense de ses clients, plutôt qu’à la gestion de personnel. Elle souhaitait aussi acquérir plus d’indépendance et de liberté pour concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle.

Depuis 2014, Me Couture travaille en solo et bénéficie uniquement de l’aide d’une stagiaire en droit. Elle possède deux bureaux, soit un à St-Jérôme et un à Mirabel, dont l’emplacement a été choisi de manière à rester proche de son domicile ainsi que de l’école et de la garderie de ses enfants.

La criminaliste dit avoir appris la conciliation travail-famille par essai-erreur. «Tous les trucs étaient les bienvenus!» dit-elle en riant. Avec le temps, elle dit avoir appris à préparer les repas à l’avance, à gérer ses appels à distance et à demander le soutien de ses proches au besoin.

Par le passé, Me Couture dit avoir connu des périodes où elle était moins présente pour sa famille, ce qu’elle n’appréciait pas. «On ne peut pas être partout, il faut apprendre à faire des choix», dit-elle, expliquant avoir dû apporter plusieurs changements dans sa pratique.

C’est d’ailleurs ce qui a poussé l’avocate à travailler à son compte. Elle peut ainsi gérer son horaire, limiter son territoire et choisir sa clientèle. «Mon succès passe par la proximité que je garde entre mon travail mes enfants. Cela me permet d’être une maman présente!»

Elle note l’importance d’être sélective au moment d’accepter un dossier, notamment en vérifiant les disponibilités du client, car elle évite désormais d’avoir des rendez-vous en soirée.

Ces critères l’ont d’ailleurs amenée à se spécialiser pour certains délits: Stupéfiants, abus sexuels, alcool au volant, Code de la sécurité routière, vols à l’étalage, crimes contre la personne...

Me Couture insiste sur l’importance de passer du temps de qualité avec sa marmaille. Elle prévoit ses vacances en fonction du calendrier scolaire et éteint son cellulaire à l’heure du souper ou lors d’une escapade familiale. Au besoin, les appels de ses clients sont transférés dans un centre d’appel ou à un autre avocat. «L’entraide est essentielle dans ce domaine» dit-elle. Autrement, son cellulaire reste allumé jour et nuit, réalité qu’elle a pris soin d’expliquer à ses enfants.

Julie Couture ne nie pas la pression et le stress encourus par son métier, ni la logistique complexe qu’implique le fait d’être mère en parallèle. Elle nous confie un épisode où elle a demandé un report le matin même d’un procès car un de ses enfants était malade... Alors que tous les juristes l’attendaient au palais de justice et qu’un témoin expert s’était déplacé, elle qui a dû défrayer les honoraires de l’expert, en plus de voir le procès être reporté de deux mois. «Il faut ce qu’il faut! Mes enfants passent avant tout!» dit-elle.

Au final, Me Couture croit que la conciliation-travail famille est possible en droit criminel, mais qu’elle implique des choix, des sacrifices et un équilibre.

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Me Geneviève Bertrand du cabinet Picard Robert et associés
Me Geneviève Bertrand du cabinet Picard Robert et associés
Me Geneviève Bertrand, du cabinet Picard Robert et associés, est reconnue en tant que spécialiste des crimes sexuels. En parallèle à sa carrière prolifique, elle est mère d’une fillette de deux ans et demi.

Me Bertrand pratique son métier depuis maintenant sept ans. Elle a rejoint Picard Robert et associés il y a 2 ans pour se rapprocher de son domicile et de la garderie de sa fille et travaille désormais aux côtés de son conjoint, Me Marco Robert, qui pratique en droit criminel depuis 15 ans.

Digne d’un film hollywoodien, l’idylle a commencé par un croisement de regards au palais de justice il y a cinq ans. Rencontre innatendue, mais visiblement prédestinée quand on apprend que le duo souhaite agrandir la famille d’ici peu!

Me Bertrand voit le fait de travailler avec son conjoint comme «un gros plus», soulignant qu’ils partagent la même réalité professionnelle et peuvent s’entraider. Elle se dit rassurée de savoir qu’au besoin, elle peut toujours compter sur son appui dans la gestion de ses causes. D’ailleurs, après seulement trois semaines de congé de paternité, Me Robert a repris tous ses dossiers avec l’aide de la marraine de leur fille, criminaliste elle aussi, et avec le soutien de leurs associés.

À peine six mois après la naissance de sa fille, la nouvelle maman enfilait à nouveau sa toge, animée par sa passion du droit et l’intérêt de ne pas alourdir la charge de travail de ses collègues à long terme. Elle qualifie leur appui d’inestimable, soulignant que «le bureau, c’est une deuxième famille!».

Cela dit, pour le projet-bébé #2, Me Bertrand a l’intention de prendre une année de congé complète, confiant l’impression d’avoir manqué certaines étapes marquantes du développement de sa fille.

L’avocate se dit extrêmement reconnaissante d’avoir également bénéficié du soutien de ses parents qui se sont occupés de sa progéniture jusqu’à l’âge de 16 mois alors qu’elle était de retour dans l’arène judiciaire. «L’entourage familial, c’est tellement précieux!» dit-elle.

En tant que nouvelle maman, l’avocate a appris à s’adapter, notamment en coordonnant son horaire avec celui de son conjoint pour s’assurer que leur fille ne soit pas la dernière à quitter la garderie. Dans l’univers du droit criminel, elle affirme en riant : «La particularité des horaires, c’est qu’on n’a pas d’horaire!»

Lors de son premier procès devant jury (qui rime avec «stress, pression et horaire chargé»), la criminaliste indique que son conjoint a dû ajuster son emploi du temps pour lui permettre de se concentrer sur sa cause. Il est déjà même arrivé au couple de devoir emmener leur fillette au tribunal pour comparaître un samedi matin!

Me Bertrand soutient que malgré les mises en garde de certains collègues, la naissance de son enfant n’a pas changé son approche et sa vision de la clientèle, principalement accusée d’inceste ou de pédophilie. «Ça prend de l’éducation, pas de la surprotection! Il faut être équilibré et savoir faire une coupure entre notre réalité familiale et celle du client. Si ça m’avait fait capoter, je ne voudrais pas en avoir un deuxième!»

Me Bertrand conclut en disant : «L’arrivée de ma fille ne m’a pas poussée à arrêter ma pratique. Au contraire, elle m’a poussée à travailler encore plus fort pour que ma fille grandisse dans un monde juste où les droits de chaque individu sont défendus!».

Pour voir la criminaliste en pleine action, ne manquez pas la série documentaire «Dans les coulisses du palais» qui sera diffusée sur Canal D à compter du 12 octobre prochain.