1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Êtes-vous de ceux qui sont « tombés dans la marmite » ou est-ce plutôt le fruit d’une longue réflexion?

Me Miguel Baz, secrétaire corporatif adjoint et directeur, opérations juridiques de BCE et Bell
Me Miguel Baz, secrétaire corporatif adjoint et directeur, opérations juridiques de BCE et Bell
Mon désir d’aller en droit et de devenir d’avocat remonte à plutôt loin, à savoir à mes conversations avec mon grand-père maternel. C’était un homme extraordinaire, ayant grandi dans une petite ville d’Uruguay et ayant dû travailler à partir de l’âge de 14 ans. S’il n’avait pas beaucoup d’éducation, il aimait beaucoup lire, débattre et discuter. Il vivait désormais au Canada et nous échangions beaucoup. Nous avions une très belle relation. C’est lui qui a commencé à me dire qu’il y « avait de la graine d’avocat » dans ma façon d’argumenter et de m’exprimer.

J’ai grandi avec cette pensée en tête et ne l’ai jamais vraiment remise en question, sauf peut-être pour une brève période où je me suis interrogé sur la comptabilité et la finance au secondaire. J’avais évidemment au début l’image de l’avocat qui va à la cour, mais ai rapidement, après avoir plaidé un peu en début de carrière, bifurqué vers le droit des affaires.

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi, je l’ai vécu chez Bell, en changeant à 4 ou 5 reprises d’emploi aux affaires juridiques depuis mon arrivée en 2001. Arrivé ici en droit transactionnel, j’ai fait des fusions & acquisitions pendant quelques années. J’ai ensuite fait du droit commercial, puis me suis tourné vers le droit de la publicité, jusqu’à ce que j’apprivoise le secrétariat corporatif & la gouvernance.

Chaque fois, il s’agissait d’un changement important, qui m’amenait à toucher à des domaines de droit que je ne connaissais pas. C’est bien sûr excitant d’apprendre quelque chose de nouveau, et en même temps il y a tout le stress qui vient avec cet apprentissage. Il faut apprendre à gérer le changement et avoir la confiance en ses réflexes et sa maturité professionnelle, même s’il manque encore certaines connaissances techniques. À travers tout ce cheminement, il faut apprendre à devenir un gestionnaire, à superviser des équipes, à collaborer et à gérer des budgets, une chose qui n’est pas nécessairement intuitive pour les avocats et qu’on n’apprend certainement pas à la faculté de droit.

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, je m’assurerais qu’on continue à « humaniser le droit ».

Il est, selon moi, important de faire saisir à la population en général que nous sommes chanceux de vivre dans une société où l’état de droit existe bel et bien, et que les avocats sont essentiels au respect de la règle de droit.

Nous vivons dans une société où, en général, les droits des gens sont respectés, ce qui nous procure une stabilité tant personnelle qu’institutionnelle : le cadre juridique s’applique à tout le monde, et chacun a des droits qui nous permettent de vivre et de se développer au sein de la société. Nous avons le droit à la propriété, le droit de dire ce que nous pensons, etc., et nous le prenons souvent pour acquis. C’est quand on se compare à d’autres qu’on réalise notre chance, même si les choses ne sont évidemment pas parfaites.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je ne pense pas que la perception du public soit pire, non. À mon avis, et je suis peut-être optimiste, je tendrais à dire que les choses s’améliorent. Il est important de rappeler que les avocats ne sont pas là que pour « faire de l’argent », et les Avocats sans frontières et Juripop de ce monde en sont des exemples. Certains avocats choisissent d’autres types de pratique ou investissent du temps dans différentes causes, de façon pro bono. Le plus on les connaît, le mieux c’est! Ce type d’initiatives concertées améliore à mon avis l’image de la profession.

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant gravir les échelons de la profession et avoir une carrière à succès?

Je crois que le pire qu’on puisse faire est de ne pas rester qui l’on est. Sachez qui vous êtes et accrochez-vous à vos valeurs. Il y a des façons de travailler tout en faisant cela, plutôt que de se mouler à quelque chose qui ne nous ressemble pas.

Quant au succès, il se décline et se définit évidemment de toutes sortes de façons. En restant vrai, on trouve à mon avis le moyen d’atteindre les objectifs qui sont importants pour nous et qui nous font ressentir, justement, ce succès. L’objectif, en effet, est de pouvoir se dire à la fin de sa carrière qu’on a fait bien des choses, et de bonnes choses, et qu’on en est satisfait, peu importe le niveau hiérarchique de notre poste et le succès extérieur qu’on a eu!


  • Le dernier bon polar qu’il a lu : « La disparition de Stephanie Mailer » (auteur : Joël Dicker)
  • Une pièce de théâtre qu’il a vu et apprécié : « Neuf (titre provisoire) » au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (auteur : Mani Soleymanlou).
  • Sa chanson fétiche : « Mourir pour des idées » (auteur-compositeur-interprète, Georges Brassens)
  • Même s’il ne se définit pas comme ‘un gars de dicton’, on pourrait l’entendre dire : « Don’t confuse motion with progress ».
  • Son péché mignon : sans contredit, le popcorn au caramel!!
  • Son restaurant préféré : Le Filet (avenue Mont-Royal Ouest à Montréal)
  • Le pays qu’il aimerait visiter : La Syrie…il y a 15 ans!
  • S’il n’était pas avocat, il serait…en sciences, peut-être mathématicien ou encore physicien!


Membre du Barreau du Québec depuis 1993, Me Miguel Baz occupe le poste de Secrétaire corporatif adjoint et Directeur – opérations juridiques de BCE et Bell. M. Baz s’est joint à Bell en 2001 et dirige le secrétariat corporatif de la société. Il est responsable des questions relatives au conseil d’administration, à la gouvernance et à l’éthique. À titre de directeur des opérations juridiques, il est chargé de la gestion de la fonction juridique, notamment le budget et les relations auprès des cabinets d’avocats externes de BCE et Bell.

Me Baz est également président du conseil d’administration d’Avocats sans frontières Canada, une organisation non gouvernementale de coopération internationale dont la mission est de soutenir la défense des droits humains des groupes ou des personnes les plus vulnérables par le renforcement de l’accès à la justice et à la représentation légale. Il est titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université Laval et d’une maîtrise en droit de la London School of Economics and Political Science.