1- Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou encore une autre profession? Était-ce de famille, un rêve d’enfance ou plutôt le fruit de longues réflexions?

Me Martin Langelier, Vice-président principal, services juridiques et affaires publiques de BRP
Me Martin Langelier, Vice-président principal, services juridiques et affaires publiques de BRP
Contrairement à bien d’autres, personne dans ma famille ne provenait du milieu juridique, sauf pour mon arrière-arrière grand-oncle, François Langelier, qui avait été juge à la Cour d’appel, maire de Québec et lieutenant-gouverneur.

Je ne peux, non plus, prétendre que de devenir avocat était une chose à laquelle j’aspirais lorsque j’étais tout jeune. Cela dit, j’avais un intérêt littéraire assez poussé et j’aimais beaucoup lire et écrire…ce qui me faisait à ce moment pencher pour le métier de comédien!

Après le cégep, quand est venu le temps de prendre ma décision, mon père m’a suggéré de faire mon droit, me disant qu’il serait toujours temps de devenir comédien si je ne m’y retrouvais pas, comme l’avaient notamment fait Rémi Girard et Normand Chouinard. Comme il semblait plus facile de faire le droit puis de devenir comédien que de procéder en sens inverse, c’est ce que j’ai fait.

Même si le droit et le métier de comédien sont deux domaines plutôt différents, j’y voyais certaines similarités : dans les deux cas, le travail implique de chercher un angle pour raconter une histoire et amener la personne qui nous écoute à une conclusion donnée, en l’influençant.

Je suis donc entré en droit et…j’ai beaucoup aimé! J’ai travaillé en pratique privée pendant quelques années : ce fut une école extraordinaire pour apprendre les bases du métier, bien que je ne puisse dire qu’il s’agissait pour moi d’un coup de foudre. J’ai ensuite quitté pour un MBA en Angleterre, avec pour objectif d’ensuite me diriger vers le milieu des affaires. Un concours de circonstances en a fait autrement : j’ai débuté comme conseiller juridique en entreprise et, 18 ans plus tard, j’ai encore la piqûre!

2- Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière?

Mon plus grand défi, je l’ai vécu en entreprise!

D’abord, j’ai été partie aux longues négociations ayant conduit, en 2003, à la vente de BRP par Bombardier. La période qui a suivi fut évidemment, elle aussi, riche en défis : le travail consistait à repenser de fond en comble la façon de faire des affaires pour réduire les effectifs et augmenter la profitabilité.

En 2008, un autre défi m’attendait : je suis devenu chef du contentieux quelques mois à peine avant que la crise financière ne frappe. Le défi était double, comme j’apprenais mon nouveau rôle dans un contexte où l’on se devait de « sauver les meubles », de réduire les effectifs de façon significative, de négocier des financements pour obtenir les liquidités voulues, etc. J’ai beaucoup appris, gagné en crédibilité au cours de l’exercice et en suis ressorti grandi.

Cinq ans plus tard, en 2013, la compagnie est devenue publique : ce fut, là aussi, un processus très demandant pour le département juridique, d’autant plus qu’il fallait continuer à répondre aux besoins du quotidien en même temps que nous travaillions intensivement sur la transaction.

Enfin, les dernières années furent, elles aussi, remplies de défis. Ce fut une période de forte croissance, avec beaucoup de projets ainsi que des acquisitions. Au quotidien, cela implique de s’assurer de maintenir le même niveau de services malgré les demandes qui croissent constamment!

3- Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit?

Si j’avais une baguette magique, j’améliorerais l’accès au processus judiciaire. Cela demeure un défi constant, très complexe et dispendieux pour plusieurs, et qui réduit malheureusement la possibilité pour plusieurs de faire valoir leurs droits.

La possibilité d’avoir un processus plus rapide, qui permettrait d’éviter l’ambiguïté et l’incertitude qui accompagnent ce processus en plus de réduire les coûts, serait une énorme victoire. Beaucoup de gens travaillent actuellement à améliorer les choses, mais je ne crois pas que nous ayons encore complètement atteint l’objectif.

4- La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique? Et pourquoi, à votre avis?

Je constate avec le temps que peu de professions échappent à la critique, particulièrement compte tenu de la couverture médiatique actuelle. Comme partout, certains professionnels sont très crédibles et consciencieux, alors que d’autres le sont moins et semblent davantage préoccupés par leur bien-être personnel que le bénéfice collectif.

Quant à ma réalité, dans le contexte corporatif que je connais et vis au quotidien, je réalise une grande amélioration de la perception envers la profession. À titre d’exemple, mentionnons que très peu de compagnies, il y a 15 ou 20 ans, avaient des discussions sur la gouvernance et la gestion de risques. Aujourd’hui, nous avons ce genre de discussions régulièrement. La perception du rôle de l’avocat a, à mon avis, changé pour le mieux: d’un mal nécessaire, l’avocat en entreprise est devenu un joueur central contribuant à mieux
garantir la saine gestion de l’organisation et sa pérennité.

5- Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et rêvant d’être la tête d’un département des affaires juridiques?

D’abord, j’encouragerais tout le monde à considérer une carrière en contentieux. Je suis évidemment biaisé (!), mais je trouve la pratique en entreprise riche en expériences multiples et variées. Il ne faut donc pas hésiter à la considérer.

Cela étant, et même si l’on fait le choix du contentieux, la pratique privée demeure selon moi une excellente école. Les cabinets d’avocats constituent, en effet, un endroit de choix pour y avoir un apprentissage diversifié et la formation et le mentorat nécessaires en début de carrière, ce que les compagnies ne peuvent pas toujours offrir à un niveau semblable.

Enfin, je suis aussi d’avis que, compte tenu de la vitesse à laquelle les choses changent, les nouvelles technologies, les nouveaux modèles d’affaires, etc. Le besoin de développer sa curiosité devient critique. En effet, quelqu’un de curieux sera généralement meilleur avocat, comme il comprendra non seulement le droit, mais aussi les aspects d’affaires, la façon dont le produit se conçoit, etc. Il sera capable de répondre aux questions, mais aussi d’anticiper les changements qui viennent et de s’y adapter.
  • Il lit… actuellement Shoe Dog, écrit par le fondateur de Nike, Philip Knight.
  • Il aime les téléséries… Suits (réalisateur: Eric Weber), House of Cards (réalisateur: David Fincher) et Ozark (réalisateur: Mark Williams).
  • Sa chanson fétiche … Fix You, de Coldplay, qu’il joue à la guitare.
  • Il répète souvent à ses garçons que… « What doesn’t kill you makes you stronger ». Ce n’est souvent pas ce qu’on veut entendre, mais l’idée est que lorsqu’on vit des échecs, énormément de bien peut en découler malgré tout.
  • Il craque pour… la crème brûlée!
  • Son restaurant préféré : le Toqué! (Place Jean-Paul-Riopelle à Montréal)
  • Il a adoré…visiter l’Afrique du Sud en famille.
  • Le personnage historique qu’il admire le plus : Winston Churchill, de par ce qu’il a accompli dans l’adversité, sa vivacité d’esprit et son sens de la répartie.
  • S’il n’était pas avocat, il serait …paysagiste!


Me Martin Langelier est vice-président principal, Services juridiques et Affaires publiques de BRP. Me Langelier travaille chez BRP depuis 2003. Il a été conseiller juridique de la division produits récréatifs de Bombardier Inc. avant que BRP ne devienne une société indépendante. Au cours de sa carrière, Me Langelier a acquis une solide expérience juridique tout en jouant un rôle crucial dans le processus qui a mené à la création de BRP et de son évolution.

Avant d’entrer dans l’industrie des sports motorisés, Me Langelier a travaillé cinq ans comme avocat au sein du cabinet De Grandpré Chait s.e.n.c.r.l. à Montréal, au Canada. Me Langelier est titulaire d’un baccalauréat en droit de l’Université de Sherbrooke et d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) spécialisée en affaires internationales de l’École de commerce de Birmingham, en Angleterre. Il est membre du Barreau du Québec depuis 1995.