Me Bruce McIvor, du cabinet d'avocat First Peoples Law Corporation
Me Bruce McIvor, du cabinet d'avocat First Peoples Law Corporation
Suivant l'arrêté de la Cour suprême stipulant qu'Ottawa n'a aucune obligation de consulter les communautés autochtones lors de l'élaboration des lois, certains observateurs estiment qu'une plus grande représentation des Inuits, des Métis et des Premières Nations est nécessaire à la colline parlementaire.

« Comme il n'y a pas de représentation adéquate à la Chambre des communes et au Sénat, les peuples autochtones peuvent légitimement signaler un manque de consultation », a déclaré l'avocat métis et historien Bruce McIvor, du cabinet d'avocat First Peoples Law Corporation.

« Qu'il s'agisse d'une obligation légale ou non, cela créera simplement plus de défis. Cela créera de mauvaises lois que les peuples autochtones devront contester au cas par cas et cela ne profitera à personne. »

Bruce McIvor a déclaré que la nomination de trois sénateurs autochtones ce mois-ci était une étape positive, mais qu'une plus grande représentation est nécessaire.
« Il existe quelques voix qui crient haut et fort, entourées de centaines de personnes », a-t-il ajouté.

« Ils nagent à contre-courant parce qu'il existe des systèmes en place qui ne reconnaissent pas la réalité des droits des peuples autochtones. »
À ce jour, le gouvernement Trudeau a nommé 45 personnes au Sénat et huit d'entre elles s'identifient comme Autochtones.

Selon Bruce McIvor, la décision à l'encontre de la Première Nation crie Mikisew pourrait amener davantage de groupes autochtones à se présenter devant les tribunaux pour contester une loi et qu'il devrait donc y avoir davantage de juges autochtones.

« Qu'est-ce que les Cris Mikisew ont vu lorsqu'ils étaient à la Cour suprême du Canada?, demande Bruce McIvor. Neuf juges non autochtones. C'est trop commun, et c'est un problème systémique. »

Représentants autochtones sur la colline du Parlement

Le Canada publie peu de statistiques sur le pouvoir judiciaire, mais des informations émanant du Commissariat à la magistrature fédérale, qui gère les nominations de juges aux cours supérieures du Canada, ont révélé qu'entre octobre 2016 et octobre 2017, près de 1000 personnes ont postulé pour être juges, dont 36 identifiées comme Autochtone. Sur les 74 candidats nommés, trois étaient autochtones.

D’autres données suggèrent que 2,4 % des juges de la Cour fédérale s'identifient comme Autochtone et qu’il n’existe pas de juges autochtones à la Cour suprême.
Selon la Bibliothèque parlementaire, 10,5 %, soit 11 des 105 sièges du Sénat, sont occupés par des personnes autochtones.

À la Chambre des communes, il y a 11 députés autochtones sur un total de 388 sièges, soit 3,25 %.

Selon le sondage le plus récent de Statistique Canada, il y avait 1 673 786 membres des Premières Nations, Inuits et Métis au Canada en 2016 - soit un peu moins de 5 % de la population totale du pays.

« Je pense qu'il y a définitivement plus de travail à faire en ce qui concerne la représentation des Autochtones au gouvernement du Canada », a déclaré la sénatrice récemment nommée et d'origine métisse, Patti LaBoucane-Benson.

Elle a d'ailleurs qualifié sa nomination de « grand honneur ».

« Je pense que les peuples autochtones doivent être encouragés et soutenus pour se présenter à des postes électifs », estime-t-elle.

Le député néo-démocrate d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Romeo Saganash, a déclaré quant à lui qu'il serait heureux d'entendre davantage de voix autochtones au Parlement, même si elles sont « de l'autre côté », soit au Sénat.

Romeo Saganash a fait les gros titres en critiquant la manière dont le gouvernement libéral a géré les consultations avec les peuples autochtones liées à l'expansion du pipeline Trans Mountain.

Il a indiqué que, en tant que membre de l'opposition, il se sentait parfois isolé en tant que député autochtone et qu'il était encore plus important qu'il s'exprime.

Il a ajouté qu'il était convaincu que la décision concernant les Cris Mikisew ne constituerait pas un obstacle pour les peuples autochtones.

Romeo Saganash a déclaré que des indicateurs tels que les élections de 2015, qui ont vu un nombre record de candidats autochtones, montrent que les peuples autochtones reconnaissent qu'ils peuvent apporter des changements dans la politique canadienne. Selon lui, la prochaine étape est de les voir remporter des élections.

« Nous faisons partie de ce système »

La sénatrice de la Saskatchewan, Lillian Dyck, membre la Première Nation Gordon, a déclaré que le nombre de représentants autochtones élus au Canada était au moins proportionnel.

« Les peuples autochtones étant une minorité, a-t-elle ajouté, le nombre de candidats et d'électeurs autochtones est plus petit ».

« Je suppose qu'un (candidat) autochtone se concentrera sur les questions autochtones », a-t-elle déclaré.

« Dans certaines régions du pays, les questions autochtones ne sont peut-être pas aussi importantes. Le fait est qu'il n'y a pas beaucoup de peuples autochtones au Canada (...) vous n'avez pas le nombre nécessaire pour obtenir des postes élus. »
Lillian Dyck a déclaré que la décision de la Cour suprême dans l'affaire concernant les Cris Mikisew lui indiquait clairement que plus il y avait de voix autochtones à Ottawa, mieux c'était.

« Nous faisons partie de ce système, que cela nous plaise ou non », rappelle-t-elle.