Question :

Monsieur Arcand,

Le recruteur juridique Pierre Arcand
Le recruteur juridique Pierre Arcand
Je me questionne quant à l'avenir du télétravail dans la profession. J'ai huit ans d'expérience, tant en litige qu'en entreprise. Je suis très travaillante, mais je réalise que le "cadre" n'a jamais été fait pour moi.

J'accomplis beaucoup plus lorsque j'ai le choix de mes horaires. En effet, dans un tel contexte, mon objectif est d'être productive et d'accomplir le plus possible, et non d'étirer les heures pour satisfaire un boss, au détriment d'autres priorités dans ma vie.

J'aimerais être libre dans le choix de mes horaires et du lieu de travail et il devient de plus en plus clair pour moi que c'est ma priorité No 1. En rétrospective, de tous les milieux de travail que j'ai fait, du stage à un poste de haute direction, c'est l'élément qui revient. J'ai l'impression que l'indicateur de performance, même en entreprise, est l'heure d'entrée et l'heure de sortie, et il s'agit d'un irritant majeur pour moi.

Après réflexion, je me demande si je ne pourrais pas plutôt proposer mes services à titre de travailleur autonome à l'entreprise pour laquelle je travaille, et offrir des services similaires à d'autres compagnies. Je suis un peu mal à l'aise de soulever ce point. Avez-vous des suggestions?


Réponse :

Chère lectrice,

Je suis d’accord avec vous sur le fait que dans un monde idéal, le télétravail devrait être beaucoup plus populaire qu’il ne l’est présentement. Malheureusement nous ne vivons pas dans un monde idéal, bien que la situation s’améliore sur l’aspect flexibilité du travail. Vous dites être plus efficace et certainement plus heureuse lorsque vous avez une grande latitude au niveau de votre horaire de travail. Vous n’êtes pas la seule à avoir cette impression ou conviction.

Vous semblez oublier que, qui dit emploi dit : lien de subordination, rendre des comptes, mais aussi faire partie d’une équipe, collaborer avec ses collègues. Ce sont des concepts qui se prêtent moins à la réalité du télétravail. Est-ce qu’il ne pourrait pas y avoir un juste milieu permettant le télétravail une journée par semaine?

Évidement que oui, mais ce que vous demandez c’est une complète liberté sur votre agenda. Ce qui est, à mon avis, pratiquement impossible dans le cadre d’une relation employeur-employé à moins que l’industrie dans laquelle vous évoluez ne s’y prête spécifiquement, par exemple si vous étiez conseiller financier ou vendeur sur la route.

Vous mentionnez également : «J'ai l'impression que l'indicateur de performance, même en entreprise, est l'heure d'entrée et l'heure de sortie, et il s'agit d'un irritant majeur pour moi.» Je suis surpris de lire le passage « même en entreprise » car c’est précisément en entreprise qu’un avocat risque le plus d’avoir des contraintes en termes de gestion de son agenda.

En pratique privée, l’indicateur de performance est le nombre d’heures facturables par conséquent, on se fout un peu d’où et quand vous les faites.

C’est certain que lors de vos premières années de pratique, on vous demandera de vous rapporter fréquemment aux associés responsables mais au fil des ans, ceux-ci vous laisseront de plus en plus de marge de manœuvre, vos preuves étant faites. C’est donc en pratique privée que vous avez le plus chances de trouver votre bonheur professionnel.

Bonne nouvelle, c’est justement ce que vous songez à faire en proposant à votre employeur un statut de travailleur autonome. En effet un statut de travailleur autonome est en réalité une pratique privée. Que vous ayez un ou dix clients, que vous soyez payée à l’heure ou à contrat, à titre de travailleur autonome vos tâches et responsabilités seront celles d’un avocat pratiquant en solo. Alors vous êtes sur la bonne voie.

Vous êtes mal à l’aise de soulever ce point à votre employeur? Ce n’est pas surprenant car vous êtes sur le point de lui dire : je veux rompre mon lien d’emploi afin d’avoir une pleine latitude et peut-être même offrir mes services à vos compétiteurs. Par contre j’aimerais conserver mes revenus provenant de votre entreprise… Vous voyez un peu où je veux en venir...

Je respecte votre point de vue, d’autant plus que c’est le choix professionnel que j’ai toujours fait. Mon dernier patron date de 1998 et je m’en porte fort bien. D’un autre côté, aucun de mes clients n’est lié à moi et j’accepte le risque financier qui découle du fait d’être à mon compte, de choisir mes clients et mes mandats. Ai-je toute la latitude voulue en termes d’agenda? Oui, dans la mesure où je suis capable de livrer la marchandise et de rendre mes clients heureux.

Si vous désirez prioriser votre priorité numéro 1 (excusez la redondance), démissionnez, partez à votre compte et offrez vos services à votre employeur actuel comme aux autres. Par contre, n’exigez pas ce que vous n’offrez pas c'est-à-dire un lien privilégié, une relation à moyen ou long terme, un revenu garanti, une exclusivité. Il faut être conséquent avec vos choix.

Vous optez pour la liberté et tout le monde sait que la liberté et la sécurité ne sont que rarement compatibles. Il faut juste apprendre à vivre avec le risque associé à notre choix de vie. Si vous êtes capable de le faire, vous trouverez probablement le bonheur que vous recherchez.

Espérant que cette réponse vous sera utile, je vous souhaite une bonne semaine.