Mes Stéphanie Bernstein et Alexandra Lorange.
Mes Stéphanie Bernstein et Alexandra Lorange.
Suite aux recommandations du rapport final de la Commission vérité et réconciliation et grâce à l’obtention d’une subvention, un travail de fond a récemment été fait pour mieux accueillir les étudiants autochtones à l’UQAM.

Pour en savoir un peu plus, Droit-Inc a rencontré Alexandra Lorange, conseillère à l’accueil et à l’intégration des étudiants autochtones (un poste créé en mars 2018), et Me Stéphanie Bernstein, professeur au département des sciences juridiques où un projet pilote a été mis en place pour favoriser l’admission et l’intégration d’étudiants autochtones.

Quatre places sont réservées, en sus du contingent, pour des étudiants autochtones qui n’ont pas un parcours classique, avec un processus d’admission différent.

« On voit qu’une fois admis, ces étudiants réussissent très bien les programmes, sans avoir de passe-droit et sans qu’on leur rende la vie plus facile. C’est surtout un accompagnement, qui leur permet d’avoir un diplôme qui est le même que pour tous les autres et donne accès aux emplois les plus prestigieux, les mieux rémunérés » résume Mme Lorange.

En plus d’avoir déjà une base expérience pour l’admission au bac en droit, elle explique que l’UQAM ajouté une base pour les étudiants ayant une expérience au sein d’un conseil de bande ou auprès d’une organisation desservant une communauté autochtone.

« Afin de favoriser leur admission en reconnaissant leur expérience particulière de travail » poursuit Me Bernstein.

De nombreux défis

Alexandra Lorange est la personne ressource pour tous les étudiants autochtones de l’UQAM mais également pour les professeurs et les professionnels ayant des questions (elle donne même une formation sur les réalités autochtones). Elle souligne que les étudiants autochtones viennent d’horizons variés et font donc face à divers défis.

Ceux qui ont fait leur cégep à l’Institution Kiuna d’Odanak arrivent pour la première fois dans une grande ville, contrairement à ceux qui viennent des milieux urbains.

Certains sont une première génération d’universitaires et peuvent ressentir une grande pression à la réussite, due notamment au programme de financement du fédéral, qui couvre trois ans. Le défi est donc de compléter les cours en trois ans.

« En droit par exemple, il y a 98 crédits à compléter, donc il y a un travail du département pour encadrer les étudiants, pour qu’ils ne se sentent pas dépassés. Les étudiants veulent souvent retourner travailler dans leur communauté, ils ont soif d’aider, alors ils connaissent aussi les défis qui les attendent sur le plan professionnel » précise Alexandra Lorange.

Au départ chef d’orchestre spécialisée dans la musique de films, elle a dû se réorienter suite à un accident en 2009. Elle-même issue de la nation Attikamek par sa mère, elle a alors choisi le droit spécifiquement pour se consacrer au droit autochtone.

« Il y a aussi des défis culturels, de reconnaissance et d’identité. Les mesures mises en place à l’UQAM me touchent énormément car ça permet aux étudiants autochtones qui ont grandi en milieu urbain, comme moi, d’avoir droit à une identité propre et de partager leur culture », commente-t-elle.

Du soutien sous différentes formes

Me Bernstein souligne que le travail d’intégration passe par une meilleure connaissance.

« Il y a eu un appel aux facultés de droit pour favoriser l’intégration d’étudiants autochtones. Et il y a eu un appel aux juristes enseignants-chercheurs pour qu’ils se forment davantage sur les réalités, cultures et savoirs autochtones. Ça va dans les deux sens » explique-t-elle.

À l’image de la fête autochtone organisée en septembre, dont l’objectif était à la fois de faire découvrir à la communauté uqamienne la culture autochtone et de permettre aux étudiants autochtones de vivre leurs cultures au sein des murs de l’université.

En plus d’avoir une personne ressource en Mme Lorange, les étudiants ayant été admis sur une base particulière ont la possibilité d’avoir un mentorat par d’autres étudiants en droit. Par ailleurs, tous les étudiants autochtones ont accès à un local qui leur est dédié.

Ce local n’est accessible qu’aux étudiants autochtones, mais ils peuvent y inviter leurs tuteurs, leurs collègues de travaux d’équipe ou les psychologues.

Mme Lorange rappelle que toutes ces mesures s’inspirent de ce qui a été fait dans l’ouest du pays, et qui a fait ses preuves.

« C’est un environnement culturellement sécurisant. Le témoignage que j’entends souvent c’est que le local leur permet de prendre une pause de la société majoritaire, raconte Mme Lorange. En même temps, ils se mêlent aux autres étudiants et trouvent ça formidable ».