Me Lu Chan Khuong commence fort l'année 2019!
Me Lu Chan Khuong commence fort l'année 2019!
S’il y en a une qui ne chôme pas en ce mois de janvier, c’est bien Me Lu Chan Khuong! Son début d’année 2019? « Mouvementé mais motivant », avoue-t-elle.

À peine revenue de France, où elle est partie « se ressourcer », l’ex-bâtonnière qui ne dort que 4 heures par nuit travaille depuis le 10 janvier au sein de son propre bureau à Québec qu’elle a nommé de ses initiales : LCK, Avocats.

De plus, quelques journées par mois, elle conseillera ses clients dans son autre bureau, situé à Montréal.

L’ex-bâtonnière est partie « se ressourcer » en France.
L’ex-bâtonnière est partie « se ressourcer » en France.
Elle lance ainsi sa propre pratique d'indemnisation en assurance-automobile et en sécurité du travail … loin de son mari Marc Bellemare auprès de qui elle a exercé pendant près de 20 ans!

Malgré un emploi du temps chargé, une centaine de dossiers déjà sur la table et des appels à n’en plus finir, Me Khuong a trouvé le temps d’accorder une longue entrevue à Droit-inc.

Droit-inc : Ça fait longtemps que vous pensiez à lancer votre propre cabinet?

LCK : C’est une décision réfléchie. Je sentais que quelque chose manquait à ma vie. Et quelque chose me disait d’en faire plus pour autrui.

Que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens me confiaient qu’ils m’osaient pas appeler Bellemare Avocats parce que cela allait leur coûter trop cher.

Ma façon de pratiquer est différente, je pense que l’argent ne devrait pas être un frein, ce n’est pas pour rien que j’ai choisi d’être avocate, alors début décembre j’ai pris la décision de m’envoler de mes propres ailes!

Concrètement, comment allez-vous réduire la facture des clients?

Déjà, la première consultation est gratuite, je ne charge pas de frais. Les gens qui ont des accidents ont souvent des revenus en moins, tout devient difficile pour eux en raison des prêts contractés, des obligations, des frais. Et c’est un frein, même à une première consultation.

Ça fait 20 ans que je fais ce type de dossiers, alors je leur expliquerai d’emblée quels sont leurs droits et ce qui est possible de faire. Ensuite, on verra si l’on va de l’avant, en probono, en pourcentage, en mandats d’aide juridique, etc.

Pour Me Lu Chan Khuong,
Pour Me Lu Chan Khuong, "ce n’est pas une question d’argent".
Votre mari ne partageait pas ces valeurs?

Il y a Marc, Jean, et Bruno... (ndlr : tous trois des Bellemare). Je ne vais pas leur faire de concurrence, nous sommes complémentaires. Ce que je prône…(silence), c’est l’assistance, et je pense que vous pouvez le sentir : pour moi, ce n’est pas une question d’argent.

J'ai eu de beaux dossiers, j’ai appris avec le meilleur. Je souhaite maintenant faire ce qu’il faut pour aider les gens. Au bout de 20 ans, je peux envisager que nos chemins se séparent.

Est-ce que vous vous séparez en tant que couple?

Oui, effectivement. Marc a été mon mari, mon mentor, mon associé… C’est correct ainsi.

Vous allez divorcer?

Oui, c’est peut-être dans l’ordre des choses.

Comment vous appréhendez le fait de sortir de votre zone de confort?

Très positivement. Que je défende un cas, 8 cas ou 150 cas, ce qui m’importe c’est d’aider quelqu’un. Vous savez, j’ai tout fait dans ma vie, j’ai un bacc en finances, un MBA, je pourrais aller en affaires, lancer mon entreprise, mais je ne suis plus rendue là.

Je veux rassurer les clients, être à l’écoute. Les accidentés sont des gens qui se retrouvent mal pris et qui n’ont personne pour les écouter.

Ça va quand même être un manque à gagner…

Ça c’est sûr. Au niveau des honoraires, je vais gagner moins, mais pour moi, ce n’est pas une question d’argent. Je veux aider les gens. Aujourd’hui, tout ce que le gouvernement et les médias mettent de l’avant ce sont des domaines comme le droit criminel ou alors les gros dossiers mais les accidents ça touche tout le monde!

Je suis tannée d’entendre dire que la justice ce n’est que pour les riches. Ils ont raison par exemple! (Rires) Mais il faut qu’on pose un geste. Je ne me sens pas meilleure que les autres, et j’espère que d’autres avocats me suivront.

Vous partez avec votre clientèle?

Oui, environ une centaine de dossiers. Mes clients sont rassurés, je ne les abandonne pas. Les accidentés sont comme des enfants, ils ont été blessés, je les rassure : je suis là et je serai là! Je change de bureau mais pas de personnalité.

Mais ce soudain élan altruiste, d’où vient-il?

J’ai toujours donné de mon temps. À Laval, j’ai créé un fonds pour inciter les jeunes à aller en droit administratif. Il y a un marché pour aider les accidentés. Je répondais aux questions des jeunes, j’aidais les gens. J’aime être un mentor. Je vais maintenant le faire de façon plus officielle et structurée.

Je reçois beaucoup de lettres, de textes, en privé, qui me disent merci, je trouve ça gratifiant de se dire : j’ai aidé quelqu’un. Je veux faire une différence. Je «gagne» beaucoup plus comme ça. Et ça, ce n’est pas que depuis le 1er janvier! Concernant l’aide juridique, par exemple, je veux démystifier le fait que les avocats traitent moins bien ce type de dossiers par rapport à un autre client qui paye.

Vous dites vouloir faire une différence, et êtes très présente sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous vous voyiez comme une influenceuse?

Pour Me Lu Chan Khuong
Pour Me Lu Chan Khuong "en droit, il n’y a pas un seul modèle de réussite".
Oui, je le pense. Surtout pour les jeunes. Je suis marraine des Jeunes Gouverneurs des Grands Ballets Canadiens de Montréal cette saison. Je leur dis que dans la vie, il n’y a pas que le travail. Il faut agir en tant que citoyens.

Par ailleurs, en droit, il n’y a pas un seul modèle de réussite. Moi je dis aux jeunes : suivez votre coeur, suivez votre passion. On nous envoie comme message qu’il faut passer par la Course aux stages, être embauché en grand cabinet, puis finir par devenir juge. Il y a d’autres façons de faire. Je vois tant de jeunes endettés qui arrivent sur le marché et qui se plaignent de voir leurs amis en entreprise gagner beaucoup plus d’argent d’eux!

Vous parlez beaucoup d’argent depuis le début de notre entrevue. Vous pensez que les avocats sont obsédés par l’argent?

Bon nombre se lancent en droit pour la grosse vie, la grosse voiture, les voyages. Mais de plus en plus le font par conviction. La seule motivation financière ne mène de toute façon nulle part.

Aujourd’hui, à quoi ressemble votre définition de la réussite?

Être bien pour soi, dans son âme. Pas comment les gens vous perçoivent. Il faut faire ce qu’on a envie de faire, même si personne ne nous regarde : aller s’entraîner, ou bien manger et ne rien faire! L’important est que vous soyez heureux.

Dans notre profession, les avocats sont sous pression, il y en a qui craquent. On croit qu’il faut respecter le schéma de réussite traditionnel mais c’est faux.

Les jeans volés, Simons, la controverse de 2015, c’est derrière vous?

Ça fait longtemps que c’est derrière moi. Dans la vie, il faut se relever, se retrousser les manches et continuer à avancer. La résilience est l’une de mes forces. Je suis toujours en mouvement! L’immobilisme, c’est comme reculer.

En mai 2019, ce sera les élections au bâtonnat. Allez-vous vous représenter?

Je dois choisir mes batailles. Je ne peux pas me diviser. Je vais aider les gens à ma façon, dossier par dossier. J’aime croire qu’il y a une ouverture de la nouvelle ministre de la justice à modifier la loi sur la justice administrative. Elle est désuète.

La ministre Vallée ne voulait rien savoir, mais Sonia Lebel semble vouloir faire beaucoup pour les citoyens. Par exemple, ce n’est pas normal qu’on attende encore 36 mois pour se faire entendre pour la première fois au Tribunal administratif! En 36 mois, vous avez le temps de mourir 3 fois!

Que pensez-vous du mandat de Me Grondin?

Oh, j’ai décroché. Je pense qu’il a fait du bon travail, sauf sur un dossier : quand il a voulu faire invalider toutes les lois du Québec (ndlr : pour un enjeu linguistique). Maintenant je me concentre sur mes dossiers, mon bonheur, mes cartes, mes appels qui me disent merci.

Que peut-on vous souhaiter pour 2019?

D’être heureuse! (Rires) Que les gens comprennent que les avocats ne sont pas tous mauvais, qu’il y en a qui travaillent dans l’ombre, qui veulent les aider. Et, bien sûr, vous pouvez me souhaiter d’aider le plus de personnes possible!