Mes Dominic Jaar, Thibaud Daoust et Guillaume Demers.
Mes Dominic Jaar, Thibaud Daoust et Guillaume Demers.
Réchauffement climatique, pollution, surconsommation, gaspillage… Les problématiques environnementales reviennent constamment dans l’actualité.

Avant les Fêtes, nombreux ont été les cabinets à envoyer de belles cartes de Noël cartonnées qui risquent de finir au recyclage (et peut-être même à la poubelle!) en quelques jours.

Qui plus est, qui dit «fin d’année fiscale» dit «facturation», cette période qui donne chaud aux imprimantes qui vomissent déjà chaque jour des centaines de pages de dossiers...

Les avocats font-ils l’autruche face à la cause environnementale? Si c’est le cas, pourquoi? Trois juristes se prononcent.

L’argent passe avant!

« Ça fait 20 ans que je me bats pour tout informatiser, mais peu de gens sont prêts à faire les sacrifices que ça implique », dit Me Dominic Jaar, consultant juridique chez KPMG à la section des enquêtes technologiques.

Me Dominic Jaar, consultant juridique chez KPMG à la section des enquêtes technologiques.
Me Dominic Jaar, consultant juridique chez KPMG à la section des enquêtes technologiques.
À son avis, la principale source de résistance des juristes à l’adoption de technologies plus écologiques est la recherche de profit au détriment de la protection de l’environnement, ce qu’il trouve déplorable.

« Le droit est pris dans un modèle d’affaires basé sur un taux horaire, explique-t-il. Si tout est informatisé et que les avocats n’ont plus à imprimer une tonne de papiers, ils auront moins d’heures à facturer à leurs clients! », lance-t-il avec désolation.

« Bref, c’est beaucoup plus rentable de ne pas être efficace que de l’être! »

Selon Me Jaar, les cabinets appréhendent aussi l’investissement monétaire initial associé à l’implantation de nouvelles technologies et à la formation du personnel, autres frais non facturables. Il croit que rares sont ceux qui soupçonnent les économies issues d’un virage vert à plus long terme, notamment au niveau des coûts d’achat et d’entretien du matériel d’impression et du classement des dossiers.

Le conseiller considère que la réalité des tribunaux constitue également un frein majeur aux visées environnementalistes.

« Pourquoi j’adopterais une pratique sans papier si ultimement, je vais devoir tout imprimer avant de me présenter en cour? »

Enfin, il souligne que les changements qui pourraient diminuer l’empreinte écologique des avocats impliquent certaines modifications à leur description de tâches, ce qui rime avec la possibilité de griefs, phénomène dont se méfient les associés.

Ultimement, Me Jaar assure dormir la conscience tranquille face à sa propre utilisation des technologies optimisant sa pratique en plus de la rendre écologique. Cela dit, il se montre plutôt pessimiste quant à l’avènement imminent d’un mouvement de masse chez ses confrères juristes.

Un problème qui part d’en haut

Me Thibaud Daoust pratique chez Daigneault Avocats en droit de l’environnement. Dans le cadre de son travail, l’écologie est une priorité. À l’approche des Fêtes, pas question d’envoyer des cartes de voeux imprimées : les clients et partenaires reçoivent une carte virtuelle.

Me Thibaud Daoust.
Me Thibaud Daoust.
Dans son cabinet, il note que les dossiers civiques sont en second plan. S’il n’est pas nécessaire d’imprimer un document, celui-ci est conservé uniquement en format numérique accessible en quelques clics sur le serveur sécurisé du bureau.

« J’ai à peine quelques papiers dans mon classeur! Tout est sur le serveur! » dit-il.

Pour ce jeune avocat, il est tout à fait naturel d’adopter une pratique technologique et écologique. D’ailleurs, il estime qu’elle ne comporte que des avantages, dont l’accès à ses dossiers à distance et un gain de temps important via l’utilisation de mots-clés pour retrouver rapidement certaines informations dans les mémoires d’appel.

« Question de principe ou de génération? Probablement un peu des deux! » lance-t-il après réflexion.

Tout comme Dominic Jaar, Me Daoust constate que la façon de faire de plusieurs tribunaux imposent aux juristes des gestes qui nuisent à l’environnement, dont l’impression de documents papier avant une audience. Bien que impuissant face à cette contrainte, il soulève un mot d’ordre dans son cabinet:

« Numériser tout document qui a dû être imprimé afin qu’il soit accessible sur le serveur par la suite. »

Selon lui, la problématique du gaspillage de papier dans l’univers juridique part d’en haut.

« Ce sont les hauts dirigeants, dont les juges coordonnateurs, qui doivent avoir la volonté de partir un virage vert. »

Informé de certaines initiatives écologiques récentes dans des cours de justice, il espère qu’elles prouveront leur efficacité pour être plus répandues.

Dans les règles de l’art

Me Guillaume Demers, avocat chez Lajoie Pearson.
Me Guillaume Demers, avocat chez Lajoie Pearson.
Enfin, Me Guillaume Demers, avocat chez Lajoie Pearson, constate les efforts déployés par son cabinet pour prioriser l’informatique et diminuer son empreinte écologique, notamment en évitant de faire imprimer des cartes de souhaits.

Cela dit, il soutient que l’utilisation de papier est quasi-universelle dans le monde du droit et qu’elle est nécessaire à une gestion de dossiers sûre et efficace, tant au bureau qu’à la cour. Il ajoute que les avocats sont contraints au respect des règles procédurales des tribunaux et aux règles de tenue de dossiers.

Bien qu’il reconnaisse que ses pairs sont conscients des problématiques environnementales, il croit que les améliorations nécessaires requièrent la sensibilisation des acteurs influents du système de justice. Considérant certaines réalités bien ancrées dans le monde du droit, il entrevoit une transition écologique longue et complexe...