Me Pierre Arcand, vice-président des secteurs juridiques et financiers d’Arcand & Associés.
Me Pierre Arcand, vice-président des secteurs juridiques et financiers d’Arcand & Associés.
« Si t’es le Rocket de Laval, tu n'essaies pas de recruter Ilya Kovalchuk. »

C’est la métaphore qu’utilise Me Pierre Arcand, vice-président des secteurs juridiques et financiers d’Arcand & Associés, pour expliquer que les petits cabinets ne peuvent se permettre de convoiter les meilleurs candidats.

Selon le recruteur, ceux-ci préfèrent rejoindre les géants de l’industrie.

Pour les non-initiés, Ilya Kovalchuk est un joueur de hockey reconnu tandis que le Rocket de Laval est une équipe de hockey évoluant dans une ligue de second ordre.

Selon Me Arcand, les petits cabinets ne travaillent pas sur des dossiers assez importants pour attirer les premiers de classe lors de la course aux stages.

« Après trois ou quatre ans de pratique dans un grand cabinet, leurs chances augmentent, parce qu’il y en aura quelques-uns qui seront écoeurés de la vie du gros bureau. »

Alors, les chances des petits bureaux de repêcher les plus gros poissons ne se limitent qu’aux candidats désabusés des cabinets d’envergure?

Rester présents et authentiques

Me Caroline Boutin, conseillère en développement professionnel à l’Université de Sherbrooke.
Me Caroline Boutin, conseillère en développement professionnel à l’Université de Sherbrooke.
Pas forcément, s’il n’en tient qu’à Me Caroline Boutin, conseillère en développement professionnel à l’Université de Sherbrooke. À ses yeux, offrir un stage à un étudiant avant l’obtention de son baccalauréat est une bonne initiative pour augmenter ses chances d’acquérir ses services en vue de la course aux stages.

« Les petits cabinets doivent s’assurer d’être présents continuellement, et pas seulement en fonction de leurs besoins ponctuels », explique à Droit-inc la conseillère, qui incite les cabinets à participer aux journées carrières, aux simulations d’entrevue ainsi qu’aux divers ateliers offerts aux étudiants.

Néanmoins, la situation est plus corsée que jamais pour les petits cabinets qui souhaitent recruter des stagiaires. Me Boutin explique que lors de la dernière période de recrutement, il y avait davantage de postes à combler que de candidats disponibles.

Dans ce contexte, la conseillère estime que l’authenticité des cabinets les aidera à attirer des candidats.

« Les jeunes cherchent un employeur qui représentera leurs valeurs. Sachant cela, les cabinets doivent être conséquents avec leur site web et leurs activités lorsqu’ils bâtissent leurs offres de stage. »

Un exemple de qualité

Me Marc-Alexis Laroche, étudiant à l’Université de Sherbrooke.
Me Marc-Alexis Laroche, étudiant à l’Université de Sherbrooke.
Marc-Alexis Laroche, étudiant à l’Université de Sherbrooke, en est un exemple probant. Après des entrevues avec DLA Piper, Morency et Lavery, l’étudiant choisit Galileo, un petit cabinet montréalais se spécialisant en droit de l’immigration.

Il y complètera finalement son Barreau.

« L’ambiance était vraiment conviviale lors de mon entrevue. Aujourd’hui, les gens de Galileo sont plus que des collègues de travail : ce sont des amis. C’est vraiment une relation de continuité comme celle-là que je recherchais. »

Justement, Pierre Arcand estime que le contact humain est l’une des clefs pour les petits cabinets qui souhaitent conserver un bon taux de rétention de leurs jeunes avocats.

« Ton jeune, tu dois savoir ce qui se passe dans sa vie. Ce n’est pas en lui criant des ordres tous les lundis que tu le conserveras. Ce n'est plus comme ça que ça fonctionne. »

Galileo, fondé par quatre anciens de Norton Rose Fulbright, tente d’innover afin de s’adapter aux nouvelles réalités du marché, et par la bande, attirer les jeunes juristes.

Me Audrey-Anne Chouinard, associée fondatrice chez Galileo.
Me Audrey-Anne Chouinard, associée fondatrice chez Galileo.
« On a fondé un cabinet qui nous ressemble en se basant notre expérience dans les grands bureaux. C’est l’atmosphère qu’on a créée qui nous permet d’aller chercher de beaux talents » déclare Me Audrey-Anne Chouinard, associée fondatrice.

Le petit cabinet ne ménage pas les efforts pour plaire aux jeunes talents : petits déjeuners fournis, bureaux à aire ouverte, travail à la maison, aucun code vestimentaire…

L’idée derrière ces initiatives est de se dissocier de l’ambiance de travail retrouvée dans les grands cabinets, pour créer un rythme similaire à celui d’une entreprise en démarrage. Pour y arriver, on laisse de côté les relations hiérarchiques.

« Ici, on ne veut pas se battre pour les clients pour un dossier important ou pour monter jusqu’au rôle d’associé, explique Me Chouinard. Un avocat prometteur pourra quand même s’épanouir avec nous en s’impliquant dans le développement des affaires. »

David contre Goliath

Malgré tous ces petits avantages, rares sont les petits cabinets qui rivalisent en termes de salaires avec les grosses institutions, explique Me Arcand.

« Si le jeune avocat est là pour la rémunération, les grands cabinets offriront toujours plus. Tu dois avoir des clients d’envergure qui te permettront de lui offrir un taux horaire à la hauteur de ses attentes. »

Alors, qu’est-ce que les petits cabinets peuvent faire pour pallier à ce manque?

Galileo fournit des cellulaires, des avantages et régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER) à ses employés pour compenser.

« De toute manière, je pense que c’est un préjugé que tous les petits cabinets ne travaillent pas sur des dossiers intéressants et des clients importants. C’est dans nos valeurs de bien rémunérer nos employés », assure Me Chouinard.

Flexibilité et côté humain

Me Jérémie Comtois vient de choisir Bernier Fournier.
Me Jérémie Comtois vient de choisir Bernier Fournier.
La proximité avec le client est un autre avantage qui a mené Me Jérémie Comtois, stagiaire au sein de DLA Piper, à choisir Bernier Fournier, situé à Drummondville, pour poursuivre sa carrière.

« Je voulais obtenir d’importantes responsabilités et un lien direct avec mes clients dès le début de ma carrière. Oeuvrer dans une petite région me permet de travailler pour les gens de ma communauté », explique-t-il.

Me Daniel Wysocki, associé du cabinet ayant procédé à son embauche, assure qu’il n’y a pas d’arguments secrets pour plaire aux potentiels candidats.

Il souhaite que ceux-ci s’intéressent naturellement à la région de Drummondville puis au rythme de travail de son cabinet. Tout comme Galileo, sa technique est d’embaucher des étudiants en droit de l’Université de Sherbrooke dans le cadre de stage en mode coopératif.

Me Daniel Wysocki associé chez Bernier Fournier.
Me Daniel Wysocki associé chez Bernier Fournier.
« Ça nous permet de rencontrer les candidats. On leur fait toucher à tous les types de droit. On les amène même à la cour! On veut qu’ils comprennent qu’ils pourront faire de tout ici et que le climat de travail est vraiment agréable. »

Grosso modo, ce n’est pas en tentant d’imiter les géants de l’industrie que les petits cabinets peuvent s’en sortir, mais en utilisant leurs atouts, soit la flexibilité puis le côté humain important avec les collègues et les clients.

Offrir un stage aux étudiants lors de leurs études est certainement une bonne initiative.

« Ce que veulent les avocats, c’est que leur contribution signifie quelque chose, et ce, dès leurs débuts », conclut Me Boutin.